François Hollande a (presque) un QG de campagne

Ça y est ! Hier quasi SDF, en quête d’un QG de campagne qui ne soit pas trop luxueux, François Hollande a trouvé son bonheur :

“A partir du 1er décembre, l’équipe de François Hollande s’installera au 21, rue de l’Arcade dans le VIIIe arrondissement de Paris”, c’est Pierre Moscovici qui le dit.
Il précise que les locaux sont situés près de la Madeleine et surtout, qu’ils “seront temporaires et dédiés au candidat et à la direction de campagne”. D’ici là, le service de presse et les services généraux demeurent dans les locaux du Parti socialiste.

Mais ? dîtes-vous surpris. C’est que ça n’est pas fini. Au 1er janvier 2012, l’équipe s’installera dans le vrai local de campagne, mais pour l’instant, on ne sait pas du tout où il se situe. C’est secret. Plusieurs média, dit Libération, évoquent la place Vauban, derrière les Invalides.
“Nous ne sommes pas dans l’incertitude”, observe Moscovici, cité par le journaliste de Libé qui a du poser la question. “Nous avons trouvé, il ne reste que quelques détails administratifs à régler”. On ne saura rien de plus.

On récapitule : durant tout le mois de décembre, Hollande aura donc un local de campagne dans le 8ème, et des services de presse et généraux rue de Solférino.

Rappelons que François Hollande avait décidé de ne pas installer son siège de campagne au 103, rue de Grenelle, à Paris, dans le 7e arrondissement, l’un des plus chers et les plus chics de Paris, dans lequel le prix du mètre carré dépasse vite les 10 000 euros.
Le 21, rue de l’Arcade, dans le quartier de la Madeleine, est dans les prix envisagés par le PS, selon Moscovici.

Dégradation de la note française (ou pas)

1. Fillon est dans le déni : “Je peux vous dire que La Tribune raconte n’importe quoi”, lit-on dans le Figaro.
2. Baroin ne change rien : sur France TV, on apprend que “Nous ne travaillons pas sur un troisième plan” d’austérité” .
Et de toute façon, “nous avons de la marge pour faire face” à la récession.

(Note : Le Financial Times le place à la 15ème place sur 19 ministre des Finances européens, si, si).

3. Guéant s’occupe des fraudeurs sociaux immigrés, ça coûte cher aussi :

175 000 euros d’indus”  ont été récupéré dans le Val-de-Marne, avec un dispositif ”pilote” de coopération entre la police et la Caisse d’allocations familiales (CAF).

Certains bossent et convoquent la presse pour le faire savoir, pour situer les vrais problèmes de fond.

 

 

La junk food et les mannequins

Dans un article récent, Glamour, que je ne lis pas assez souvent, mais j’ai l’intention d’y remédier, signalait “qu’il est désormais sexy pour un mannequin d’afficher son amour pour la malbouffe, (alors que) dans la vraie vie, une fille enrobée sera toujours perçue comme incapable de maîtriser ses pulsions”.

Et ça, maitriser ses pulsions, dans notre société, c’est mal. Ça me fait penser à une conversation avec une amie psy sur l’anorexie. Elle m’expliquait que les filles ont une sensation de total control enivrante.

Mais ça n’est pas ce que je voulais noter.

Pourquoi ce lien, surprenant, entre une fille maigre, et des frites avec de la saucisse ? Parce qu’il fut un temps où l’on associait le mannequin à la feuille de salade et à la tranche de tomate.

Donc, à la maigreur. La trop grande maigreur.

Or, la maigreur, c’est mal, moralement.

Donc il s’agit d’être maigre, MAIS de prouver qu’on baffre.

Le mannequin taille 34-36 l’est naturellement.

Au risque, note le mag, de brouiller le message et de stresser les lectrices, qui ne vont pas réussir à demeurer squelettiques en ingérant des tonnes de frites mayo.

Alors ? Que faire ? On ne sait pas, mais, pragmatique, l’article renvoit à un livre et un site de régime.

Et moi, je vais faire des abdos, car j’ai le ventre mou.

Tuerie en Norvège : Breivik irresponsable

Un malheur n’arrive jamais seul.

Non seulement on va tous mourir de la crise économique, mais…

les psychiatres estiment que le tueur d’Oslo n’est pas responsable pénalement de ses actes.

Rappelons que Behring Breivik, qui reconnaît les faits, refuse en revanche de plaider coupable, estimant qu’il s’agissait d’un acte de guerre et que son geste était “atroce mais nécessaire”. Un acte de guerre contre quoi ? Contre l’“invasion musulmane” et le multiculturalisme en Europe.

Et derechef, les psychiatres le déclarent irresponsable.

Certaine femme politique blonde, ou son père borgne, pourrait en profiter pour effectuer son dérapage semestriel. “Quand on s’oppose à l’idéologie du système, on est déclaré irresponsable”. Etc, etc. Elle peut tenir des heures avec un sujet comme ça.

Je trouve ça aberrant, et insupportable, cette façon de déresponsabiliser les gens. Le type a préparé son coup, posté des vidéo, il y a réfléchi… Il ne s’agit pas d’un type qui remue des idées racistes et puis qui les met en action dans un moment de rage, et dont on peut admettre que le fantasme aurait pu rester à l’état de projet, d’idée fumeuse, sans un concours de circonstances, non : là, il a tout planifié.

Il n’est pas plus irresponsable que ces trois tueurs nazis qui ont été découvert en Allemagne.

Passe-moi le beurre

Pour se remettre de la crise (ou pour se préparer aux conséquences y afférentes), quoi de plus culturel que du beurre ?

C’est ce qu’a du se dire l’agence qui a pondu cette affiche du métro.

Est-ce que j’ai spécialement mauvais esprit ?

Source

 

Aujourd’hui, c’est Standard & Poor qui dégrade la France

Ils font ça par tour. Un coup l’un, un coup l’autre.

Toutes blessent, la dernière tue. Le tout est de savoir combien de temps on va tenir.

Enfin, en tout cas, on ne sera pas pris par surprise.

Donc, clame la Tribune :  “D’ici dix jours, le triple A français risque de se retrouver “sous perspective négative“.

Le chapo en rajoute : Selon plusieurs sources contactées par La Tribune, l’agence de notation Standard & Poor’s pourrait préparer la France à la perte de son “triple A”. Le gouvernement maintient ce mardi la prévision de croissance de la France pour 2012 à 1%.

Donc, il y a trois semaines, c’était déjà vrai, mais il fallait faire semblant de pas le dire, d’où la fuite. Fausse fuite. Fausse vraie fuite. Enfin on ne sait plus. On avait tous compris, mais comme on est quand même un rien attaché à la France, on a fait comme si on s’était trompé d’avoir compris.

Enfin moi, j’avais pas compris, pour moi la France c’est la plus forte (point).

Petite note au passage, la Tribune qui parle de perspective négative : pouffons. Eux aussi, à ce que j’ai cru comprendre, ils sont en perspective négative. Redressement judiciaire ou plan de sauvetage, ça sent le sapin.

Plus tôt ce matin, l’OCDE nous avait déjà dit des méchancetés, donnant ainsi l’occasion à h16 de parler du “stagiaire en charge de l’Economie et de ce qui nous reste de Finances, François Baroin, (qui) s’est retrouvé un peu tout désarçonné devant les chiffres que l’organisme a balancé comme un tapis de bombe sur sa communication pourtant huilée”.

Les bombes glissant sur une flaque d’huile devant un François Baroin tout décontenancé, j’avais bien aimé. N’empêche que l’OCDE, elle ne l’avait pas envoyé dire. Enfin. Tous des jaloux.

Et pour finir, c’est Xavier Bertrand qui prévient : les chiffres du chômage ne seront pas bons ce mois-ci.

Tout ceci est donc fort ennuyeux et nous nous posons la question : puisque la France est la plus forte et la meilleure, qu’est-ce qui peut expliquer ce naufrage ?

J’ai pas attendu Sarko et sa bande de pied nickelés pour connaître la réponse, ma grande mère le sait et me le dit tous les jours (enfin toutes les semaines) : c’est les socialisses.

- Mais mamie, ils ne dirigent plus depuis 2002.

Mamie, en fait, fait secrètement partie de l’équipe de campagne de Sarko : elle a la réponse. Et tu ne la lui fais pas.

- Mais avec tout le mal qu’ils ont fait avant ! vibrillonne-t-elle indignée.

Elle n’a pas du tout besoin de l’intervention d’un quelconque membre du gouvernement pour le lui expliquer, elle le sait. Et ses mains se crispent d’indignation.

Ouais. Heureusement qu’elle m’achète avec les petits gâteaux de chez Paucelier. Sinon, je lui aurais un peu dit ma façon de voir, à cette vieille réac.

Bref.

En tout cas, si c’est les socialistes, c’est pas les 35 heures. Pourtant, les 35 heures, elles ont eu bon dos. Mais là, non. C’est plus elles. Nicolas l’a noté.

Alors qui ? Qui ? QUI ? HEIN ? On n’en peut plus. Vite un coupable, un responsable, une loi, une prison, quelque chose, enfin !

Mais non, rien, que pouic. Nicolas (Sarkozy) se cache, élude, s’affaire, en province. Il y en a qui ont du boulot. (comme dit Gérard Lanvin, invité à la Tévé française, admirable d’analyse politique, cité par Seb Musset : “Le mec il est sur le terrain depuis une année pour essayer de sortir du chapeau la meilleure solution avec un tas de gens, comme lui, qui sont responsables de notre vie en fait (…) Et de l’autre côté vous avez des adversaires qui le font passer pour un mec qui fait rien ” (on dirait ma grand mère, bien que le style diffère). Donc, et je remercie Gérard d’avoir attiré notre attention là dessus, Sarko bosse – à Montauban, qu’on ne devrait jamais quitter.

Et du coup la communication, à  Paris capitale, est assurée par l’équipe sarkozyenne. Dont Bachelot, par exemple, qu’on percevait mal, du temps de Dati, mais qui gagne à être connue (en alternance avec Nadine Morano). Dans le Figaro, elle est tout en rose et elle dit, je cite au hasard :  “Des personnes, qui ne font pas partie des cercles de militants et sympathisants UMP, me disent à propos de Nicolas Sarkozy: «Heureusement qu’on l’a !» Ce mouvement n’a pas encore porté tous ses fruits.” En tout cas, heureusement que Sarko l’a. Des comme ça, on a cassé le moule.

Je re-cite, juste pour le plaisir : “C’est une erreur de penser qu’une bonne politique se fait uniquement avec de l’argent. Moi qui suis en responsabilité, je peux vous dire qu’on peut faire des économies. Dieu merci, nous avons des marges de manœuvre importantes !”

Je vous dis, deux comme ça, y a pas. Je l’aime.

Enfin, avec tout ça, on ne tient pas notre coupable.

Ah si ! C’est la crise.

Dieu merci, nous avons des marges de maneuvres importantes.

cette fois, Moody’s menace de dégrader toute l’Europe !

C’est ce qu’a estimé l’agence de notation Moody’s, en ce lundi matin.

“La poursuite de la dégradation rapide de la crise du crédit bancaire et souverain de la zone euro menace le niveau de toutes les notes souveraines européennes”, prévient-elle. “En l’absence de mesures politiques pour stabiliser les conditions de marché à court terme, ou bien si ces conditions se stabilisent pour toute autre raison, le risque crédit va continuer à s’accroître”.

“Alors que la zone euro dans son ensemble dispose de solides atouts économiques et financiers, les faiblesses institutionnelles continuent à empêcher la résolution de la crise et pèsent sur la notation”.

L’agence indique qu’elle estime toujours que la zone euro sera préservée sans autre défaillance que celle de la Grèce, mais avertit que même ce “scénario ‘positif’  est porteur de conséquences très négatives pour les notes” des Etats européens.

Aucun pays, même parmi ceux jugés les plus solides, comme  les Pays-Bas, l’Autriche, la Finlande, voire l’Allemagne, n’est à l’abri de voir sa note abaissée. “Alors que la zone euro dans son ensemble possède une force économique et  financière énorme, la faiblesse de ses institution continue d’entraver la  résolution de la crise et de peser sur les notes” attribuées à la dette de ses  pays membres”, prévient l’agence.

Voilà. Ça, ça veut dire que la menace d’une catastrophe plane, indéfectiblement, sur la France et sur le reste de l’Europe. Ça commence à devenir stressant, surtout qu’on ne peut RIEN faire, sauf prendre des mesures technocratiques auxquelles on ne comprend rien.

La résolution de problème nous échappe totalement.

Et pourtant l’agence Moody’s, ou ses soeurs, nous tourne autour avec ses airs de vautours enragés. Ça va mal, répète-t-elle, ça très mal, ça va de plus en plus mal…

La guerre des nerfs.

L’ombre de la dette qui s’étend sur l’Europe (pensez à un générique de film catastrophe) s’étend, s’étend, ne cesse de s’étendre.

Et nous on ATTEND que ça pète. La dette va exploser tout d’un coup, dans un nuage de cendres, de sang et d’os broyés.

Et ça n’explose PAS.

Plus on attend, moins ça explose, plus on stresse.

Ça me fait penser au film de Matthieu Kassovitz, l’historie du mec qui tombe d’un immeuble de 50 étages.

L’important, c’est pas la chute. C’est l’atterrissage.

A force de chuter comme ça, l’atterrissage, plus j’y pense, plus j’ai peur.

Moody’s est en train de nous détruire, à petit feu.

Pourquoi les écologistes sont-ils toujours cons ?

Yannick Jadot, le porte-parole d’Eva Joly, a annoncé hier qu’il démissionnait de sa fonction.

Apparemment, cette décision date de lundi soir, lors d’un dîner dans un restaurant du 6e arrondissement. Yannick Jadot préconisait un audit citoyen sur la politique nucléaire, ce qui était, selon ses termes, « un bon moyen de sortir par le haut de l’accord controversé avec le PS ». « Mais Eva Joly a préféré attaquer Hollande et le PS. Dès lors, Yannick s’est senti désavoué. »

Il y a en effet plus ou moins deux écoles dans le parti Europe Écologie-Les Verts : ceux qui applaudissement à deux mains la ligne politique radicale d’Eva Joly et ceux qui songent à plus de pragmatisme.

Car le parler-vrai, c’est très beau, mais la petite cuisine politicienne, pour cra-cra qu’elle soit, a de bonnes raisons d’être: il y va de la survie du parti. On ne vit pas que de convictions. On vit aussi d’accords politiques pas ragoutants où l’on doit mettre son mouchoir sur ses convictions et se faire moquer par les journalistes.

Or, EELV est au bord de la banqueroute ; pour sauver le parti et assurer la campagne d’Eva Joly, l’accord électoral avec le PS est incontournable, pour se garantir un nombre de voix important et un groupe parlementaire.
En effet, une part essentielle des recettes de tout parti provient de l’Etat qui verse à peu près 1,70 euro pour chaque voix obtenue lors des élections législatives (pour chaque parti ayant récoltés au moins 1% dessuffrages exprimés dans au moins 50 circonscriptions). Et, avec un groupe parlementaire de 15 députés minimum, les revenus du partis sont plus importants. Pour Eva Sas, la trésorière d’EELV, l’autonomie financière a un coût : il faut au moins 1,5 million de voix aux législatives de 2012, via un résultat d’environ 6% des votes.

On voit donc dès lors tout l’intérêt pour EELV d’obtenir cet accord avec le PS, en vue du financement et donc de la survie du parti.

C’est là où l’on voit revenir les basses petites tractations politiciennes, si malsonnantes à l’oreille des combattants aux convictions pures. EELV peut-il espérer, en suivant son programme à la lettre, obtenir les résultats espérés aux élections, et, partant, les financements ? Carrément risqué.

D’ailleurs le rétropédalage d’hier, mercredi, indique que les têtes pensantes d’EELV se sont tous réunies pour expliquer à Eva Joly comment les choses se passent dans le vrai monde.

Après la réunion de ce bureau exécutif extraordinaire, Eva Joly est apparue « souriante et soulagée ». La direction du parti, avec entre autres Cécile Duflot, l’eurodéputé José Bové, le sénateur Jean-Vincent Placé et les députés Noël Mamère et François de Rugy, et même Daniel Cohn-Bendit par téléphone, « ont clairement réaffirmé à Eva Joly que le mouvement était derrière elle », et « ça lui a fait plaisir ».

Comme c’est charmant. Par ailleurs, Cécile Duflot a annoncé que dorénavant il y a aurait « un lien plus étroit dans la préparation de l’équipe de campagne d’Eva ». Naturellement, il n’y a aucun problème de fond, les « quiproquos liés à ses réponses surinterprétées ou mal exprimées » (ça, c’est Pascal Durand, le porte parole du parti qui le dit) ne portent que sur la forme (ça, c’est Cécile Duflot qui le dit).

Tout ça ne fait pas très sérieux. Comment Eva Joly, candidate à la présidentielle, est-elle aussi ignare sur le fonctionnement de la vie politique ? En tant que candidate à la fonction suprême, peut-elle mettre les pieds dans le plat comme si les enjeux ne la dépassaient pas ? certes, certains militants ne manqueront pas d’apprécier son absence de langue de bois – mais alors, il seront déçus par le nécessaire rétropédalage de mercredi. Et le parti doit-il se saborder lui -même parce que la politique, ça n’est pas très propre ?

Bref, on espère dorénavant un peu moins de clownerie et d’idéaux et un peu plus de pragmatisme et d’efficacité. Ça n’est pas le tout d’avoir des convictions, il faut se donner les moyens de les défendre. Et ça n’est pas la passion écologiste qui m’anime quand je dis cela, mais le goût du débat politique, dans lequel chacun doit jouer un rôle – un vrai.

Avalanche de démenti : Areva ne licenciera pas

Comment ça, Areva va supprimer des postes ?

Qui l’a dit, d’abord ?

Citant des “sources proches du dossier”, l’Agence France Presse rapportait lundi soir qu’Areva prévoyait de supprimer entre 2.700 et 2.900 emplois dans le cadre d’un “plan stratégique” d’austérité.
Et 1.000 à 1.200 de ces postes seraient supprimés en France. L’AFP cite un document interne à l’entreprise. Ça semble donc sérieux.

Les réductions d’effectifs dans l’Hexagone visent les “fonctions support” (services juridique, financier, communication, ressources humaines, etc). Il s’agirait de “départs en retraites et de démissions” mais Areva souhaite tout de même “mettre en place un plan de départs volontaires”, ce qui n’est pas anodin.

Alors ?

Alors, aussi sec, Eric Besson dément. “Aucune suppression d’emploi n’est prévue en France chez Areva. La filière nucléaire et l’ensemble de ses salariés et sous-traitants est entièrement mobilisée pour maintenir le leadership de la France dans le domaine de l’énergie nucléaire”, dit le ministre de l’Industrie. Areva est détenu à 87% par l’Etat. Il sait ce qu’il dit.

Après Eric Besson, c’est Areva elle-même qui se défend de tout projets de licenciements. On cite (la langue de bois d’entreprise m’enchante) : “Areva dément catégoriquement les informations citées ce soir par l’Agence France Presse sur les suppressions d’emplois en France”. On notera bien qu’il s’agit d’un démenti catégorique, attention.

Lundi soir, c’est Baroin qui dément à son tour :

«Le ministre se félicite qu’Areva ait démenti les informations citées sur les suppressions d’emplois en France, mais il souhaite réaffirmer que l’objectif d’amélioration de la rentabilité fixé à Areva par l’Etat actionnaire, déterminant pour maintenir la capacité d’investissement à long terme du groupe et garantir son développement, ne sera pas poursuivi au détriment de l’emploi en France». La langue de bois, c’est moins joli que la poésie, mais si vous lisez ça à votre enfant ce soir, vous allez voir comme il va s’endormir…

«François Baroin tient à ce qu’Areva, au même titre que toutes les entreprises publiques, soit mobilisée sur le maintien de l’emploi en France. Celui-ci ne doit être en aucun cas une variable d’ajustement».

Mais enfin, à toutes fins utiles, François Baroin recevra mardi le PDG d’Areva Luc Oursel pour “évoquer la situation de l’emploi” au sein du groupe.

Mais enfin, après tous ces démentis, on se sent rassuré pour Areva en France.

L’Allemagne sous le choc

Comment des terroristes nazis ont-ils pu échapper à la police pendant 13 ans ?

Tout commence mardi dernier : Beate Zschäpe, une militante néonazie, se rend à la police. Huit jours auparavant, avec deux complices, elle participait à un hold-up dans une caisse d’épargne d’Eisenach, une ville de l’est de l’Allemagne. Les trois malfaiteurs avaient alors pris la fuite, en vélo. Retrouvés par la police, les deux hommes, Uwe Mundlos et Uwe Böhnhardt, 34 et 38 ans, se sont tiré une balle dans la tête dans leur camping-car préalablement incendié. Puis Beate Zschäpe fait exploser leur QG à Zwickau, à 180 km d’Eisenach, avant de se rendre. Un complice a également été arrêté à Hanovre.

Dans les décombres de la maison de ces trois inquiétants personnages, les policiers découvrent alors une collection d’armes, dont le pistolet utilisé de 2000 à 2006 pour l’exécution de huits vendeurs de kebab turcs et d’un commerçant grec à Nuremberg, Munich, Rostock, Hambourg, Kassel et Dortmund.

L’affaire prend une autre tournure.

A l’époque, ces crimes en série (commis en plein jour et sans témoin) n’avaient pas été élucidés et la police les avait attribué à des règlements de comptes dans le milieu. Pourtant, 130 enquêteurs avaient entendu près de 11 000 suspects, sans résultats. Mais le trio de néo-nazis de Zwickau : Beate Zschäpe, Uwe Mundlos et Uwe Böhnhardt, connus des services de police pour une affaire de bombe artisanales, n’avait jamais été interrogé.

Le trio vivait sans se faire particulièrement remarquer, malgré leurs fréquents voyages. On a retrouvé chez eux des documents qui confirment que ces meurtres d’étrangers abattus au Ceska sont des actes racistes délibérément commis, comme un film de 15 minutes enregistré sur un DVD, prêt à être envoyé à des organisations culturelles islamiques et aux médias.

Mais cette affaire sordide prend une tournure politique inquiétante : comment le trio néo-nazi a-t-il pu, durant treize ans, ne jamais attirer l’attention de la police ? Selon des informations révélées par plusieurs journaux samedi, un atelier de fabrication de bombes artisanales avait été découvert en 1998 dans un garage loué par Beate à Iéna en Allemagne de l’est, mais le trio avait ensuite disparu de la circulation. Pour la presse allemande, le groupe aurait pu avoir été utilisé par la police comme informateur. De ce fait, aurait-il bénéficié d’appuis  politiques en échange d’informations?

Le groupuscule néonazi, également accusé de quatorze hold-up et vols à main armée au cours des treize dernières années, pourrait aussi être impliqué dans deux attentats à la bombe, à Cologne en 2004 contre la communauté turque, et à Düsseldorf en 2000 dans un quartier juif. Les rebondissements de l’enquête font alors resurgir le spectre d’une « Fraction Armée brune » terroriste.

La presse et le monde politique allemand sont donc montés au créneau.

Thomas Oppermann, chef du groupe parlementaire social-démocrate (SPD, donc l’opposition), veut aujourd’hui «savoir ce que les autorités savaient et comment de tels actes peuvent être empêchés à l’avenir» en convoquant une réunion extraordinaire de la commission de contrôle des services secrets du Bundestag (chambre basse du Parlement).

Idem du côté du président de la commission parlementaire chargé de la politique intérieure, Wolfgang Bosbach, membre de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel. Lui aussi veut comprendre comment il est possible que le trio ait pu vivre pendant une dizaine d’années dans la clandestinité sans être inquiété.

La presse souligne le taux d’élucidation des crimes -97,6%-, extraordinairement élevé en Allemagne : “Comment, dans un pays où tout est sous surveillance, peut-on entrer dans un magasin, photographier son propriétaire, l’abattre, le photographier à nouveau, suivre son cercueil même, sans être repéré?” Le problème, c’est que les services de sécurité allemands veillent avec un soin tout particulier à la menace islamiste ; d’autre part, la police reste vigilante envers l’extrémisme de gauche, “intelligent et dangereux”, et de sinistre mémoire dans l’histoire récente de l’Allemagne. Tout au contraire, les terroristes d’extrême-droite font l’objet d’un suivi moindre, parce que, “stupides et inoffensifs”, ils appartiennent plutôt à un passé auquel l’Allemagne croit avoir définitivement tourné le dos.

Mais le choc provoqué par les évènements des derniers jours a servi de prise de conscience. Le gouvernement a annoncé mercredi la création d’un fichier centralisé sur les néonazis jugés dangereux. Le ministre de l’Intérieur, Hans-Peter Friedrich, souhaite centraliser et croiser un maximum d’informations sur cette criminalité, dont ces évènements montrent qu’elle a, à tort, été sous-estimée outre-Rhin.