Alain Lambert, synthèse de sa rencontre avec 5 blogueurs

Excellente initiative que celle de David Doucet : 5 blogueurs ont rencontré le sénateur UMP Alain Lambert. En plus d’être membre de la commission financière du Sénat, Alain Lambert a un blog, dont le sérieux le dispute à l’austérité (comme il convient à un ancien Ministre du Budget), mais surtout : il twitte ; avec esprit ; voire, humour. Sur twitter, nous avons, et avec quelle stupéfaction incrédule, découvert que le front austère et les cheveux blanc d’un Sénateur UMP de 64 ans amateur de FIPU pouvait cacher un goût de la galéjade sur lequel on n’eut pas forcément parié.Et c’est ainsi que, heureuse et fière, j’envoyai voler en éclat mes préjugés. Enfin, certains.

De surcroît, Alain Lambert me rappelle mon grand père. Qui était comptable. Enfin, directeur financier, très recettes-dépenses. Nostalgie.

Enfin, l’homme politique est souvent pusillanime devant les réseaux sociaux. Peur du peuple ? Du dialogue ? Les rapports des hommes politiques et des réseaux sociaux mériteraient une véritable étude. On pourrait croire – je le pourrais… – que l’homme politique est par essence soucieux d’échange, et le fait qu’il soit public permet une amplification de l’échange (invitation plus large à débattre + possibilité de propagande politique, type Obama). Or, en France tout au moins, il n’en est rien. La crispation du politique face aux réseaux sociaux est perceptible, même si pas forcément générale. Déplorons-la. Soutenons l’homme politique 2.0. Les choses changeront-elles ?

5 blogueurs, donc. 2 de gauche, 2 de droite et 1 média : David Doucet, initiateur de la rencontre ; Authueil ; Enikao ; Seb. Musset ; Vogelsong.

Alain Lambert et twitter :

Alain Lambert, sénateur, 64 ans et geek, est  authentiquement intéressé et utilisateur de Twitter.  « Le sujet numérique est très mal connu par la droite et le nombre de parlementaires qui se sont penchés sur le sujet est très, très faible. », dit-il, déplorant que la volonté des hommes et femmes politiques à légiférer sur le sujet “internet” soit inversement proportionnelle à l’usage qu’ils en font. Twitter et les blogs lui permettent de“donner son point de vue” et d’“aller où la presse ne va pas aller
Son fils lui a ouvert un blog en 2005 ; Alain Lambert a trouvé là un moyen d’expression intéressant ; pour lui, twitter est addictif. Il évoque avec ironie les faux profils de sénateurs. Il ne s’intéresse pas à tel ou tel blogueur, mais  vient au contenu par les thèmes, ce qui confirme bien l’usage qu’il fait des réseaux sociaux : s’enrichir d’opinions divergentes,  engager le dialogue, entrer en contact avec des populations et des tranches d’âges qu’il a moins l’occasion de côtoyer dans son quotidien, pour la sensibiliser à certains sujets. En outre, selon lui, Twitter « anticipe bien souvent ce que la société va produire comme comportement, comme réaction” , donc est « un formidable observatoire de l’opinion publique… » Et puisqu’on est dans l’instant et la décontraction avec Twitter, on peut se permettre quelques piques et un peu d’humour en 140 caractères (dit-il).
Selon David Doucet, twitter et le net lui permettent d’exister au sein d’une majorité qui l’étouffe ; sa production sur twitter est hétérogène car c’est dans (son) caractère. “Il faut savoir être sérieux sans se prendre au sérieux et c’est ce que j’essaie d’être dans mon domaine de compétences, à savoir les finances publiques. “
Authueil constate les limites de la chose : Alain Lambert, tout charmant qu’il soit ( c’est moi qui le trouve charmant, Authueil ne se serait pas permis), s’interdit, au fond, autre chose qu’une “aimable conversation”. Il a des contacts qui ne sont précisément que des contacts, et, après l’échange virtuel, les différences de statut et de position reviennent au grand galop (une remarque qui sonne presque tristounette, surprenante – pour moi – de la part d’un blogueur de droite, comme quoi on a des a priori curieux – préjugés, etc).

Alain Lambert,  anti sarkozyste ?

Authueil souligne la prudence de politique avisé d’Alain Lambert, porte-drapeau de la droite contrariante d’obédience libérale (Seb Musset),  à qui il est difficile de faire prendre des positions aussi tranchées et audacieuses que certains de ses tweets. Depuis maintenant plus d’un an, rappelle David Doucet, il a choisi de ne plus réciter « le catéchisme présidentiel » des robots UMP en plein déni de réalité, le soir de la victoire socialiste aux régionales de mars 2010 (Seb Musset), critique la politique économique du gouvernement et son manque de rigueur budgétaire et pointe du doigt  « l’esprit de cour » qui règne à l’Elysée.
Malheureusement, note David Doucet, il dénonce les méthodes du sarkozysme mais pas ses idées qu’il « espère voir triompher en 2012 », il  espère “naïvement ” une rencontre au sommet entre trois anciens premiers ministres : J.P Raffarin, A.Juppé et D. De Villepin, pour  un renouvellement à droite en vue des prochaines présidentielles, sans pourtant aller jusqu’à s’engager davantage dans ce combat surtout lorsque l’on constate le déséquilibre des forces en présence…
Vogelsong discerne cependant chez ce Sarkozyste précoce une ressemblance entre les deux hommes : indéniable capacité d’adaptation, libéral avec le vent libéral, interventionniste (même un peu) quand rien ne va plus. Quand plus rien ne va, on cherche le vent : A . Lambert se tourne vers le net, un microcosme, une bulle encore créative et ouverte.

Finances : Alain Lambert très recettes dépenses, façon comptable

(Seb Musset) “Les finances publiques ont besoin d’équilibre pour assurer la solidarité inter-générationnelle.”
Insiste sur le fait que la France n’a pas eu de budget équilibré depuis 35 ans : pédagogique.
(Vogelsong) “une génération ne peut pas générer de la dette à l’infini sauf à considérer que la dette peut s’éteindre”. Pensée gestionnaire, pragmatique, poussant au second plan le débat sur les valeurs. Société, et décisions collectives : colonne de bilan comptable. Inéluctable, cartésien,  fataliste. On peut néanmoins lui accorder une formule qui fait mouche : “Si la croissance était corrélée avec les niveaux de dépenses publiques, nous serions champions du monde de la croissance”. À méditer.

Libéral, mais.

Libéral : (David Doucet) « cette tendance est sous-représentée en France avec une dizaine de parlementaires tout au plus… »
Constat de la globalisation tombée du ciel, qu’il faut bien réguler puisqu’elle est là. : (Vogelsong) “La mondialisation s’est faite seule. On ne l’a pas organisée, c’est un fait. Elle doit être corrigée dans ses excès. Mais on n’a pas le choix”
Commentaire de Vogelsong :  c’est devant le fait accompli que les “libéraux” se réfèrent à une transformation inéluctable (avec) appel au secteur public, seul garant fiable quand l’édifice de l’économie globalisée arrive au collapsus. Après la tempête la posture “libérale” est difficile à tenir. S’en tenir à son dogme “carré” équivaut à accélérer vers le mur. A. Lambert tient la posture, mais en pragmatique semble arrondir le discours.
Seb Musset : A.L : “Il est souhaitable pour les libéraux (il nous précise qu’ils sont très peu en France et pas au pouvoir) que l’Etat n’intervienne pas dans le secteur concurrentiel. En revanche, la crise bancaire a montré qu’il n’y a pas d’étanchéité entre l’économie privée et le secteur public puisque les Etats sont venus aider des banques alors qu’ils étaient dans une situation plus critique. Sauf qu’ils étaient réputés pouvoir lever un impôt, ce que les banques ne peuvent pas.”

Sur l’Europe et l’euro

Seb Musset le sent mal à l’aise dans la double contrainte : globalisation ET repli sur soi.

A. L : « – La monnaie commune nous a déjà bien protégés. Dans le passé ça se réglait par de l’inflation ou de la dévaluation. Aujourd’hui, faire de l’inflation ou de la dévaluation nécessiterait l’accord d’un nombre considérable de pays donc, je ne sais pas comment répondre à votre question. Je pense c’est une crise de régime qui surviendra dans tel ou tel pays qui probablement changera la donne. La Grèce était un trop petit pays à l’échelle de l’euro pour que cela pose un réel problème politique. … Si c’est la France qui avait dévissé elle posait un problème systémique aux autres pays. […] La vraie question est : est-ce que l’euro tiendra ou pas ? »

Sur les coûts dans l’éducation nationale (regroupement ou fermetures de classe en milieu rural, augmentation du nombre des élèves par classe…)

(Seb Musset) : La question a été twittée par le privilégié, blogueur enseignant, à propos de la fuite  d’un rapport “confidentiel” de Luc Chatel aux recteurs sur les pistes envisagées pour réduire façon “total discount” les coûts dans l’Education Nationale.
Pirouette n°17 – j’aurais dit 23, mais ne chipotons pas sur la pirouette : “le problème ce n’est pas le nombre de profs devant les élèves, mais le nombre de profs qui ne sont pas devant les élèves” .
Mais surtout, Alain Lambert confirme que ce rapport n’a pas fuité par hasard.

Alain Lambert et l’avenir :

Bien qu’ avec coquetterie, élégante et politique, il ait adopté la posture vieux sage qui n’attend plus rien du pouvoir, David Doucet note qu’il a brigué la présidence de la Cour des comptes, et relancé son club politique. Mais le détachement a plus d’élégance, on est d’accord. Ultime pirouette  : « l’addiction à la politique c’est comme l’addiction à Twitter, il faut rester libre. La moindre des choses quand on se dit libéral, c’est de savoir rester libre de soi-même… ».

Un manque :

Cher blogueur politique, je sais que tu es un blogueur politique, et que seul l’Esprit t’anime, mais quand on va déjeuner dans le Palais que Marie de Médicis a construit au début du XVIIème siècle quand elle a assumé la régence à la mort d’Henri IV, comment fait-on pour ne pas regarder  autour de soi avec exaltation, en sentant le vent de l’histoire lui tourner autour ? Le blogueur politique vit dans un monde d’idées, hélas, et ne porte attention ni au cadre(murs, sol, plafond), ni aux assiettes, ni aux couverts, ni aux plats qui lui ont été servis. Même pas un petit commentaire ? Et les serveurs, ils sont fonctionnaires, contractuels, ce sont des extras ? Et le vin – il y a une cave spécial Sénat, ou pas ? Je grille de curiosité. Je ne saurais pas. Affreux.

Conclusion :

Espérons que d’autres politiques s’accoutumeront, avec le brio d’Alain Lambert, aux tweets, et que d’autres rencontres de ce genre suivront.

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3 thoughts on “Alain Lambert, synthèse de sa rencontre avec 5 blogueurs

  1. Très bon résumé de la rencontre. On sent l’envie folle d’y avoir été conviée, d’avoir vécu cet instant politique si improbable.

    (tu as même réussi à froisser Vogelsong ;))
    Merci à tous les 7.

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