Chez moi, dit la petite fille

Ce matin, à Madrid, carrera de San Jeronimo – rue qui fait suite à la plaza de las Cortes et mène de la Plaza de Neptuno à Sol.

Je croise une double poussette dans laquelle deux enfants d’environ trois ans sont assis, exprimant une décontraction et un bien être qui donne envie d’être à leur place. Il me semblent un peu grands pour aller dans une poussette, mais autres lieux, autres moeurs.

La petite fille porte une robe blanche à discrètes fleurs bleues, dont la ceinture est un ruban bleu satiné, le même que celui qui est noué – noué, ce n’est pas un effet – dans ses cheveux. Aux pieds, ce sont des babies telles que j’en portais au même âge (et non des babies décorées et fun comme on fait en France), et des socquettes blanches, sans dentelles en haut. Je suis prête à parier qu’elles étaient en fil d’écosse.

Le petit garçon portait, quant à lui, des culottes courtes bleu marine et une chemise blanche, des chaussettes plus hautes que celles de la petite fille, et des chaussures bleu marine lacées.

Ils se tenaient la main et regardaient au loin d’un air rêveur.

Ils étaient tout droits sortis de ce poème de René de Obaldia, dans Innocentines :

Chez moi

Chez moi, dit la petite fille
On élève un éléphant.
Le dimanche son œil brille
Quand papa le peint en blanc

Chez moi, dit le petit garçon
On élève une tortue.
Elle chante des chansons
En latin et en laitue.

Chez moi, dit la petite fille
Notre vaisselle est en or.
Quand on mange des lentilles
On croit manger un trésor.

Chez moi, dit le petit garçon
Nous avons une soupière
Qui vient tout droit de Soissons
Quand Clovis était notaire.

Chez moi, dit la petite fille
Ma grand-mère a cent mille ans.
Elle joue encore aux billes
Tout en se curant les dents.

Chez moi, dit le petit garçon
Mon grand-père a une barbe
Pleine pleine de pinsons
Qui empeste la rhubarbe.

Chez moi, dit la petite fille
Il y a trois cheminées
Et lorsque le feu pétille
On a chaud de trois côtés.

Chez moi, dit le petit garçon
Passe un train tous les minuits.
Au réveil mon caleçon
Est tout barbouillé de suie.

Chez moi, dit la petite fille
Le pape vient se confesser.
Il boit de la camomille
Une fois qu’on l’a fessé.

Chez moi, dit le petit garçon
Vit un Empereur chinois.
Il dort sur un paillasson
Aussi bien qu’un Iroquois.

Iroquois ! dit la petite fille
Tu veux te moquer de moi !
Si je trouve mon aiguille
Je vais te piquer le doigt !

Ce que c’est d’être une fille !
Répond le petit garçon.
Tu es bête comme une anguille
Bête comme un saucisson.

C’est moi qu’ai pris la Bastille
Quand t’étais dans les oignons.
Mais à une telle quille
Je n’en dirai pas plus long !

René de Obaldia (Innocentines”)

Ce matin, à Madrid, carrera de San Jeronimo – rue qui fait suite à la plaza de las Cortes et mène de la Plaza de Neptuno à Sol.
Je croise une double poussette dans laquelle deux enfants d’environ trois ans sont assis, exprimant une décontraction et un bien être qui donne envie d’être à leur place. Il me semblent un peu grands pour aller dans une poussette, mais autres lieux, autres moeurs.
La petite fille porte une robe blanche à discrètes fleurs bleues, dont la ceinture est un ruban bleu satiné, le même que celui qu’elle a dans les cheveux – elle n’a dans les cheveux, je précise, ni chouchou ni barrette, mais un ruban, un vrai, noué. Aux pieds, ce sont des babies telles que j’en portais au même âge (et non des babies décorées et fun comme on fait en France), et des socquettes blanches, sans dentelles en haut. Je suis prête à parier qu’elles étaient en fil d’écosse.
Le petit garçon portait, quant à lui, des culottes courtes bleu marine et une chemise blanche, des chaussettes plus hautes que celles de la petite fille, et des chaussures bleu marine lacées.
Ils se tenaient la main et regardaient au loin d’un air rêveur.
En fait, je les ai vu et j’ai pensé, immédiatement, à ce poème de René de Obaldia, Innocentines :
Chez moi

Chez moi, dit la petite fille
On élève un éléphant.
Le dimanche son œil brille
Quand papa le peint en blanc

Chez moi, dit le petit garçon
On élève une tortue.
Elle chante des chansons
En latin et en laitue.

Chez moi, dit la petite fille
Notre vaisselle est en or.
Quand on mange des lentilles
On croit manger un trésor.

Chez moi, dit le petit garçon
Nous avons une soupière
Qui vient tout droit de Soissons
Quand Clovis était notaire.

Chez moi, dit la petite fille
Ma grand-mère a cent mille ans.
Elle joue encore aux billes
Tout en se curant les dents.

Chez moi, dit le petit garçon
Mon grand-père a une barbe
Pleine pleine de pinsons
Qui empeste la rhubarbe.

Chez moi, dit la petite fille
Il y a trois cheminées
Et lorsque le feu pétille
On a chaud de trois côtés.

Chez moi, dit le petit garçon
Passe un train tous les minuits.
Au réveil mon caleçon
Est tout barbouillé de suie.

Chez moi, dit la petite fille
Le pape vient se confesser.
Il boit de la camomille
Une fois qu’on l’a fessé.

Chez moi, dit le petit garçon
Vit un Empereur chinois.
Il dort sur un paillasson
Aussi bien qu’un Iroquois.

Iroquois ! dit la petite fille
Tu veux te moquer de moi !
Si je trouve mon aiguille
Je vais te piquer le doigt !

Ce que c’est d’être une fille !
Répond le petit garçon.
Tu es bête comme une anguille
Bête comme un saucisson.

C’est moi qu’ai pris la Bastille
Quand t’étais dans les oignons.
Mais à une telle quille
Je n’en dirai pas plus long !

René de Obaldia (Innocentines”)

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