Le royaume de Ga’hoole, de Kathryn Lasky

Le royaume de Ga'hoole, Kathryn Lasky

Le royaume de Ga’hoole, de Kathryn Lasky – roman pour jeunes adolescents – Fanette – BNWZ

Kathryn Lasky, avec sa série en 15 tomes, “le Royaume de Ga’hoole“, propose un roman pour enfant littéralement charmant : je veux dire par là qu’on se laisse avec un grand plaisir, prendre au charme de cette histoire délicieuse et mignonne comme tout, qui pourtant nous promène dans un univers différent du nôtre mais dans lequel les héros devront faire preuve de courage et de fidélité à travers mille épreuves.

C’est l’une des dernières lectures des enfants, et je me suis penchée dessus par désoeuvrement : je n’ai pas été déçue.
Dans ce très sympathique roman pour enfants, les héros sont des chouettes et autres rapaces nocturnes.

Mais, ce détail mis à part, il s’agit d’une épopée, pleine de drames, de rebondissements et d’espoir : alors que de terribles chouettes, mues par le désir de prendre le contrôle du royaume des chouettes, ont crée une organisation monstrueuse qui enlève les jeunes ooisillons pour les transformer en une armée d’oiseaux au cerveau lavé, dociles aux volontés de leur chef, deux adorables et courageux petits oiseaux réussissent à s’échapper pour entreprendre une véritable odyssée, à la recherche du royaume de Ga’hoole, dans lequel vit un ordre de chevaliers, de braves héros chouettes, dont le monde a besoin.
Si je devais décrire ce roman, je dirais qu’il est doux comme les plumes d’un oisillon, et tout aussi attendrissant. Par ailleurs, l’univers dans lequel les héros évoluent est agréablement végétal : arbres, forêts, désert, tout cela vu d’en haut, puisqu’on est dans un univers d’oiseaux.
Par ailleurs, on nage en pleine épopée :  les héros sont courageux, les traîtres punis, certains personnages sont ambigus, ce qui limite l’effet un peu infantilisant de la dialectique bon/méchant, l’histoire est rafraîchissante (est-ce le sentiment de voler dans les airs qui donne cette impression ?) et à mettre d’urgence entre toutes les mains d’enfants, surtout de 8 à 11 ans. Naturellement tous les adultes sensibles au merveilleux épique peuvent lire également cette épopée chaleureuse et revigorante. Sans compter que le film, réalisé par Zack Snyder (300 et Watchmen) est sorti (si je ne m’abuse). Donc, cet hiver, à noël, n´hésitez pas : Le royaume de Ga’hoole !

Le royaume de Ga’hoole, de Kathryn Lasky – roman pour jeunes adolescents – Fanette – BNWZ

Une soupe de poisson pour un jour de pluie

Ce dont personne ne se doute en arrivant sur ce blog, vu que je ne parle que de bouquins pour l’instant, c’est que je suis une obsédée de nourriture ; ça ne veut pas dire que je mange tant que ça. Ça veut dire que j’y pense tout le temps ; modérément ; ou pas.

Et cela fait des mois que je pense à une soupe de poisson. Ça m’a pris cet été ; mais c’était l’été. Imagine-t-on manger une soupe de poisson quand il fait 40 – 45 º ? Que non.

Alors, ce fut l’attente, dans la frustration.

Or, hier, le poissonnier du supermarché avait décidé de proposer des écrevisses. En outre, j’avais acheté des crevettes, dans l’objectif de faire une paella.

Ça poissonnait donc fortement dans le frigo.

En rentrant, tandis que je sautillais auprès du Chef en lui montrant mes emplettes et en énumérant la liste des plats qu’il aurait la joie de faire ce week end, je ne songeai tout d’abord pas à la soupe de poisson.

Non.

Et puis ça me revint. Surtout qu’on avait du bouillon de rab de fois antérieures. Et du cazon acheté dans ce but (mais entre le matin et le soir, je l’avais oublié).

Alors il a fait une soupe de poisson. Et comme il pleuvait aujourd’hui, on l’a mangé aujourd’hui. Il pleut comme vache qui pisse ; non, comme un troupeau de vache qui pisse après absorption d’un diurétique. Un temps à manger de la soupe.

Comment faire la soupe de poisson ?

Recette maison, hein.

On rassemble les restes de machin poissonneux, les carcasses d’écrevisses, de crevettes, les arrêtes, tout ça.

On lave et on rince.

Dans un gros fait-tout, on fait revenir un oignon et une carotte dans du beurre ou de l’huile.

Puis on ajoute les trucs poissonneux et du poisson pas trop cher (le cazon, en ce qui me concerne, mais vous pouvez mettre autre chose). On touille, on vraque, on fait revenir, ça fait frr, etc.

On ajoute du concentré de tomate, à feu vif, et ça doit devenir rouge foncé. On ne fait pas cramer…

On ajoute de l’eau jusqu’en haut du fait tout.

On y ajoute des légumes pour donner du goût : 1 ou 2 carottes, 1 ou 2 tomates, 1 ou 2 navets….

On fait cuire deux heures. Ou trois. On donne de petits coups de mixeur, juste pour mixer le gros.

On laisse refroidir.

On filtre.

On rajoute dans le jus filtré du pain et de la patate.

On refait chauffer. A ce stade, ça fait une soupe orangée.

Voilà.

C’est long, et assez chiant, car il faut décortiquer les bestioles avant. En fait, le but est d’utiliser intelligemment les carcasses de bestioles. Vous saisissez ? Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. C’est mieux de faire ça à deux, quel que soit l’autre… Ou alors, il faut une forte motivation. Si l’autre passe l’aspi dans la salon, par exemple ?

Mais bon, voilà. Comment passer un jour de pluie (j’ai lu, aussi).

Aranjuez (mon amour) I

Comment avons-nous atterri à Aranjuez ?

Par hasard, j’ai honte de le dire ; comme quoi, je sous estime encore la capacité de l’Espagne à m’enthousiasmer (ou ma capacité à me laisser charmer par l’Espagne). J’avais annoncé pourtant, avec agressivité, mon ferme désir de ne pas passer le week end avachi devant la télé ; les bienfaits conjugués, pour l’esprit et le corps, de la marche et de la culture ; l’homme pense avec ses pieds, avais-je répété, citant Alexandre Vialatte ; nous irions à Avila – pour faire culturel et, du même coup,  plaisir au Petit Garçon qui a visité la ville (avec sa profe de religion – oui, il a une profe de religion, et elle l’aime bien – et Avila est une ville à murallas, et j’ai un faible pour les murallas).

Las, au jour dit, la météo sur Avila s’avéra calamiteuse. Bon. Décidée à augmenter, coûte que coûte, le capital culturel de toute la famille, je google-mapais le sud de Madrid, sachant que Tolède, c’est fait (mais on y retournera).  Aranjuez, vis-je. Tout ce que je connaissais d’Aranjuez, c’était le concerto et la marque de guitare.

– On va à Aranjuez, annonçai-je fermement au trio masculin avachi dans les canapés.

Les jeunes, résignés, ne pipèrent mot ; le Chef s’intéressa : “Qu’est-ce qu’il y a, à Aranjuez ?

Moi : Je ne sais pas, mais c’est Aranjuez, il doit y avoir un truc.

– Tu peux regarder ?

Le Chef a besoin de se mettre un truc sous la dent. Hop, Google, Wikip, ah, palacio real, patrimonio nacional, sitios reales. De retour dans le salon :

– Il y a un Palais qui a l’air superbe.

– Mais, observa l’Ado, on a déjà fait celui de Madrid.

– Eh bien, rétorqua  le Chef, motivé, on fera celui de Aranjuez.

Je tentai d’encourager l’Ado :

– Le Guide vert dit que c’est bien.

L’Ado me jeta un regard torve.

– On est obligé ? vérifia le Petit Garçon.

– Oui, dit le Chef. On est obligé. On va aller visiter un horrible palais et ensuite on se baladera dans un horrible jardin plein d’arbres répugnants. Depuis le temps, tu devrais nous connaître.

– On est obligé, conclut l’Ado.

Et c’est ainsi, le coeur joyeux, que nous partîmes pour Aranjuez.

Aranjuez BNWZ

PS : La prochaine fois, je mets le concerto de guitare, mais là, je ne me crois pas capable de résister à cette vidéo de Richard Antony. Allez, on se laisse faire, c’est que du bonheur.

J’ai faim

la pourvoyeuse

J’ai faim. C’est un truc qui m’arrive régulièrement, mais pas systématiquement. Parfois, je fantasme sur des mets, et impossible de me débarrasser du fantasme. Là, je dis non (je n’ai pas le temps) mais j’ai faim quand même.

Tout à l’heure, je céderai. Comme disait Oscar Wilde, “Le seul moyen de se délivrer d’une tentation, c’est d’y céder.” J’attends un peu, cependant. C’est meilleur si on attend un peu.

J’ai d’autant plus faim que j’ai acheté des tonnes de trucs à manger ce matin, du coup je ne sais pas quoi choisir. C’est arrivée dans mon supermarché (AhorraMas, para ahorrar mas, comme dit mon fils) que j’ai découvert l’atroce réalité : il y avait des promos partout. Ça doit être parce que c’est le week end de la fête nationale. Si je ne me trompe pas, pendant que les syndicalistes français feront grève mardi, les Espagnols regarderont leur défilé du 14 juillet, lequel a lieu le 12 octobre.

En attendant, j’ai fait les courses. Ecrevisses, bacon, jambon blanc, cuisses de poulet, lapin, saumon fumé, cazon (je ne sais pas ce que c’est en français – un petit requin ?). On a de quoi manger pendant une semaine, d’après mes calculs. Paella samedi, poulet à l’américaine dimanche, lundi on part en visite touristique et on pique nique, mardi, soupe de poisson (le bouillon est déjà fait, jus de moules de reste, et je vais y pocher le cazon – enfin, le Chef s’en chargera), et toute une gamme d’apéritifs dinatoires potentiels, les écrevisses, des rillettes de lapin, un peu de saumon, des tomates rapées, des beignets de tomates à la menthe, et pour mercredi, jeudi et vendredi, il restera du jambon, bacon, rôti de porc cuit.

Je ne sais pas ce qui leur a pris de baisser les prix comme ça… Mais bon, ça m’arrange.

Du coup, je n’arrive pas à savoir si, là, maintenant, je dois me faire des oeufs au plat avec du bacon, ou bien du riz, du jambon, du fromage rapé et des tomates. Je sais, il est 10 heures du matin, et cela manque d’élégance, mais justement : ce n’est pas quand le Chef est là que je peux me régaler de trucs aussi basiques. Lorsqu’il officie, nous nous devons de garder un certain niveau gastronomique. Donc, c’est pendant la journée que je peux faire des plats basiques à la con dont la seule évocation le fait soupirer. J’ai réussi à lui caser du lablabi (à ma façon) parce que c’est culturel et parce qu’on trouve des bouillons arrosés de ce type en Espagne aussi, donc le lablabi et les bouillons peuvent passer pour un tentative de recherche anthropologico-culinaire…. Mais riz blanc, jambon, fromage tomates, no way, même en essayant de caser ça en tant qu’expérience littéraire (oui, attention, explication, concentration : c’est ma Madeleine de Proust à moi, avec les nouilles jambon et l’oeuf à la coque).

Nature morte de Chardin

Voilà, donc aujourd’hui j’ai un buffet campagnard dans la tête, c’est terrible… J’ai l’impression de tenter de rassembler mes pensées au milieu d’une nature morte de Chardin.

(ou pas : là, c’est Georg Flegel)

Si, lectrice lecteur, tu as assez de courage pour continuer, je t’explique après ce tableau en quoi les nouilles jambons peuvent être (ou du moins participer) de l’expérience littéraire.

Georg Flegel, Nature Morte au perroquet

Enfin, je n’explique rien, je laisse d’autres le faire mieux que moi :

Mais à l’instant même où la gorgée (…)  toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentire médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle? Que signifiait-elle? Où l’appréhender? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi. Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment, avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif. Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité. Mais comment?

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.