The authentic spanish experiment (ou pas)

(Ou peut-être : the authentic madrileño experiment.)

Le cocido madrileño.

Ma chère Flannie, ceci est un post en lieu et place du mail que je voulais t’écrire sur le sujet… (je me suis dit que la rédaction du mail me rendrait paresseuse à l’idée de rédiger le post….).

Bon, comme tu le sais, je suis obsédée par l’alimentation…

Or, depuis que je suis ici, l’un de mes fantasmes culinaires, c’est le cocido. On trouve dans les supermarchés espagnols des barquettes mélangées os viande, et des barquettes de légumes spéciales cocido. La logique culinaire est bien différente de la logique française : certains mélanges de légumes sont destinés à la “puré”, d’autres au cocido. En ce qui me concerne, je les trouve quasiment interchangeables, et ce qui m’intéresse est de comprendre le plat qui se cache derrière. Après, une fois qu’on le sait, on peut toujours mélanger tout, et n’importe quoi, ça n’est pas si grave.

Bref, avec l’aide du Chef, je me suis lancée dans le cocido. On a d’abord étudié la question sur internet ; le souci avec ce genre de plat, c’est que c’est comme le couscous : il y a une recette par maman, ou par grand mère, et la règle est : celui de ma mère était (forcément) meilleur. Même sans aucune intention de proposer mon cocido à une Espagnole, encore moins à un Espagnol, je me sentais tout de même terrifiée par la perspective de sauter à pied joint dans la culture gastronomique madrilène.

L’étude du sujet m’a permis au passage de découvrir l’article cocido madrileño sur Wikipedia, très bon article. Il évoque le lien entre le cocido et un plat sefardi, de mon côté, je trouve que le cocido entretient de fortes relations avec le couscous. Bon, évidemment, on met nettement plus de porc dans le cocido… d’un autre côté, on me dira que le pot au feu, le cocido, tout ça c’est un peu pareil…

Une remarque : l’ingrédient phare du cocido est le pois chiche ; or, il faut faire très attention à leur qualité : le pois chiche ne supporte pas la médiocrité : un pois chiche médiocre est presque écoeurant. Dernièrement, en balade à Chinchon, nous avons acheté du pois chiche local, absolument délicieux. Je compte tester prochainement les pois chiche vendus en mignons petits sachets de tissus dans les supermarchés ; mais je m’attends à une déception et à revenir au pois chiche de Chinchon, ce qui me permettra de me promener à nouveau dans la ville, charmante.

Comment faire sans pois chiche de Chinchon ? Je crois qu’il faut vraiment tenter de trouver de bons pois chiche, chez un marchand de légumes, peut-être. Lorsqu’on le fait tremper, le bon pois chiche se gorge d’eau, contrairement au mauvais, qui reste à moitié sec d’un air faché.

Après avoir longuement réfléchi et étudié les différentes recettes, voilà ce que j’ai fait :

Les ingrédients :

400 gr de pois chiche que l’on a fait tremper la veille, 100 gr de gîte de boeuf, une cuisse de poulet, 250 g de lard fumé, 1 morcilla (un boudin particulier), 1 chorizo, 1 morceau de gras de porc (ou de la pancetta, si on préfère), 1 os de veau, 1 petit morceau d’os de jamon fumé (ou du lard salé), 1 demi chou, 1 oignon, 3 carottes, 1 navet, 6 pommes de terre, des vermicelles pour la soupe.

La cuisson :

Une lecture attentive des recettes m’a permis de discerner la version traditionnelle, même si elle tend à se simplifier ; ça me semble mieux de commencer par le tradi, qui ne mélange pas tous les ingrédients du cocido dans la même marmite, lors de la cuisson, sachant que, traditionnellement, ils sont servis séparément. Il faut commencer la cuisson plusieurs heures avant le repas :  le cocido n’est pas un plat très difficile, mais c’est long.

D’abord, mettre du sel, les os, le lard fumé et le gras de porc dans la plus grande marmite que l’on ait, bien remplie d’eau, et faire bouillir. Au premier bouillon, baisser le feu de moitié, ajouter les pois chiche, et faire cuire deux à trois heures, en écumant de temps à autre.

Une heure après, ajouter l’oignon,   la cuisse de poulet et le morceau de boeuf.

Si on doit rajouter de l’eau dans la marmite, il faut qu’elle soit chaude, pour ne pas rompre la cuisson des pois chiche. Le mieux est de faire cuire à feu moyen, constamment.

D’un autre côté (toujours une heure après), prendre des louches du bouillon dans lequel cuisent les ingrédients précédents et remplir à moitié une casserole. Compléter avec de l’eau. Mettre dans cette casserole : la morcilla (en France, on peut ne pas en mettre, car cette sorte de boudin ne se trouve pas), le chorizo et les autres légumes : chou, navet, carottes coupées en gros tronçons.

On laisse encore cuire une heure, à feu moyen.

Intermède : A ce stade, et cela fait partie du plat et de l’expérience, une odeur de cocido emplit la maison. C’est l’un des objectifs recherchés. Cela crée l’ambiance. Et aiguise l’appétit.

Autre chose : la cuisson dure longtemps, mais elle ne requière pas une participation constante, à moins que vous n’ayez envie de tenir la main de votre casserole pendant trois heures. En ce qui me concerne, pendant que le cocido cuisait, je m’en suis allée écrire un petit coup sur Tribulations et tergiversations et j’ai twitté un chouia. mais on peut aller lire, si on préfère.

Tandis que l’odeur emplissait la maison, le Chef venait regarder en disant : Alors ? C’est ce que tu voulais ?

Et l’Ado : C’est quoi ? Ça a l’air bizarre. Il y a un truc blanc qui flotte.

Et le Petit Garçon : Est-ce qu’on va le manger comme au comedor ?

Moi : comment ils le mangent au comedor ?

Petit Garçon : D’abord ils servent le bouillon avec les vermicelles, puis ils servent les pois chiche, les patates les légumes et la viande. Certains élèves versent leur bouillon dans l’assiette et mangent tout ensemble mais la plupart mangent séparément le bouillon avec les vermicelles, et le reste.

Petit Garçon est très au fait des moeurs alimentaires locales.

Finalisation et service :

Avec le Chef, on a débattu : soit on pouvait servir ça n’importe comment, soit on essayait la méthode espagnole classique. On a opté pour la méthode classique, forcément (comme quoi on parle beaucoup pour ne rien dire, surtout moi).

J’ai donc une nouvelle fois prélevé du bouillon dans ma marmite (celle avec les os et les viande, attention, pas celle avec le chorizo), pour le mettre dans une troisième casserole sur le côté, et j’ai versé des fideos, des vermicelles, dedans. 20 minutes de cuisson.

On a servi ça dans des assiettes très creuses, des assiettes à couscous, en fait.

La cocido se sert traditionnellement en trois services (tres vuelcos), que l’on peut réduire à deux si on est pressé :

Premier service :

Le bouillon avec les vermicelles.

Deuxième service  :

A l’aide d’une écumoire, on prélève les pois chiches, d’une part, et les légumes et chorizo-morcilla, d’autre part. On sert ça ensemble.

Troisième service :

A l’aide d’une écumoire, on prélève les viandes et les os, qui se sont défait et que l’on peut couper en petits morceaux pour les manger : le morceau de boeuf, la cuisse de poulet, le lard fumé, l’os de veau, le gras ou la pancetta, l’ose de jambom serrano ou le petit salé. On place tout ça dans un plat de service.

Concrètement, on a servi les deuxième et troisième plat en même temps.

Résultat : C’est excellent. Les os de jambon, la morcilla et le chorizo donnent un petit goût aux légumes ou aux pois chiche, qui est bien spécifique. La viande est tendre et goûteuse. Chacun peut sélectionner ce qu’il préfère dans les ingrédients : par exemple, je mange surtout les légumes et les pois chiche, l’Ado peut se rabattre (sans enthousiasme particulier : il n’aime que la viande rouge saignante) sur les patates et le lard, etc.

Deuxième effet kiss cool : il reste plein de bouillon. Or, on peut ensuite garder séparément ces bouillons ou les mélanger et ça peut constituer un autre repas. Quand je dis “ça peut”, en fait, ça doit : le cocido est un plat assez riche, on ne va pas forcément, avec nos vies sédentaires, s’en manger un par jour… Le lendemain soir, il est judicieux de réaliser la soupe suivante, toute bête : le bouillon, dans lequel on fait tremper du pain sec de la semaine. Si on choisit le bouillon dans lequel a cuit le chorizo, il aura un petit goût particulier, si on choisit l’autre, il sera plus doux.

On émiette le pain sec dans le bol, on verse une petit cuillère d’huile d’olive dessus (une petite, hein ; ou pas, si l’on craint le gras) et puis on verse le bouillon chaud par dessus.

Sinon, on peut aussi faire cuire des légumes dans ce reste de bouillon et faire une soupe.

Tu vois, Flannie, ce qui m’intéresse dans ce plat, en plus de son goût et de son caractère espagnol, c’est qu’il fait, en quelque sorte, long feu : on cuisine une fois (c’est long, même si on ne reste pas forcément devant le fourneau tout le temps), mais on peut manger au moins deux fois dessus, en y apportant à chaque fois un petit plus qui le modifie.

On peut même manger trois fois si on se débrouille bien : il reste facilement des légumes, un peu en vrac, que l’on peut servir un soir, en reste, avec une tranche de jambon, ou un peu de fromage…

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L’iJam, cadeau de Noël viral venu d’Espagne

L’agence publicitaire espagnole Shackleton était loin d’imaginer que sa campagne pour Noël 2008 allait avoir un tel retentissement et se retrouver sur You Tube avant qu’elle ait eu le temps de dire ouf, avec plus de 150 000 vues. Et pourquoi ? Avant de l’expliquer, petit rappel.

L’Espagne, on ne le sait pas toujours, est le pays du jambon. C’est le deuxième producteur de porc d’Europe, après l’Allemagne et avant la France. Le jambon espagnol est une folie, un délice et une institution : il faut le voir pour le croire. Et attention, ça ne rigole pas le jambon espagnol, il y a des catégories : le serrano, la plus basse catégorie, issu de la cuisse du porc blanc (banal), le Jamon Iberico, au dessus, issu de la cuisse du porc ibérique, lequel a la cuisse noire (d’où son autre nom “jamon de pata negra”), et se subdivise lui-même en trois catégories : le jamón ibérico de cebo, de porcs nourris de légumes et de céréales ; le  jamón ibérico de recebo, porcs nourris  de glands et de  complément (légumes, céréales) et enfin, la Rolls Royce du jambon, le Jamón ibérico de bellota ( bellota = gland ») , de porcs nourris à 100 % de glands et autres pâturages naturels.

Et que se passe-t-il à Noël ? Ça jambonne furieusement partout. Les entreprises offrent des cestas, de paniers de Noël, avec du jambon ou d’autres charcuteries dedans, du lomo (filet de porc), du saucisson, etc. Elles offrent aussi des jambons à leurs partenaires commerciaux ou financiers. Le chocolat, le champagne, le cava s’inclinent tous, en Espagne, devant la supériorité gastronomique du jamon ibérico. Et avec raison.
Bref, le Jamon est une INSTITUTION en Espagne. Et ne venez pas me parler de Jambon de Parme ou autres joyeusetés. Je n’ai peut-être pas une aussi vaste expérience du jambon italien, mais je refuse de croire qu’il puisse être aussi bon que le jambon espagnol. De même les jambon de pays français peuvent être excellent, surtout consommés en montagne, avec la petite salade qui va bien, mais le Jamon Ibérico espagnol est un délice incommensurable.
Bref.

Donc, voici la campagne de pub de la sociéte Shackelton pour Noël 2008. Cette vidéo n’est, à la base, rien d’autre qu’une opération de promotion de la société Shackelton elle-même. Dans cette vidéo, qui s’est répandue comme une trainée de poudre sur You tube il y a deux ans, le concept de iJam est présenté comme une vidéo présentant un nouveau produit Apple : iJam, fusion de deux concepts, i, comme I et Jam comme Jamon…
“Nous ne nous attendions pas du tout à cela”, affirmait Alfonso Marián, directeur creatif  de Shackleton et l’un des créateurs du iJam, dans les mois qui ont suivi. ” Ça a été une surprise totale. On ne peut pas créer une campagne uniquement dans l’objectif qu’elle soit virale. Ce sont les bonnes campagnes qui deviennent virales”. Shackelton a réalisé d’autres campagnes, mais aucune n’a rencontré le succès de iJam.

Peut-être est-ce la liberté de la création pure qui a permis cette campagne et son succès : en effet, cette campagne n’avait pas besoin de complaire à tel ou tel client, les créatifs ont donc eu une marge de maneuvre totale. L’idée leur est venue en songeant que pour Noël, les meilleurs cadeaux possibles étaient un jambon (nous sommes en Espagne) ou un iPhone ( on est au XXIème siècle) – d’où l’idée de mélanger les deux concepts, tout en rendant un hommage à Apple.

Voici la vidéo, en version longue, en espagnol sous titré en anglais. Vous pouvez trouver ici la version courte (espagnol sous titré en anglais).

Pour les hispanophones, la suite : la vidéo de deux utilisateurs mécontents qui tentent de rapporter leur produit à l’Apple Store de San Francisco. La cause de leur mécontentement ? En réalité, l’iJam n’est pas un jambon, mais une paleta (une palette de porc). Cette deuxième vidéo est le fait de l’agence Wikreate.

 

De ma fenêtre : brouillard

Voilà le spectacle qui m’a accueilli au réveil :

 

 

Nous avons eu un vivifiant froid sec et ensoleillé  jusqu’à samedi dernier, puis un exécrable douceur humide le reste du temps, jusqu’à hier, pas trop froid, soleil, pas trop humide.

Et ce matin, voilà.

 

La météo me fait de plus en plus d’effet. En l’occurrence, cette météo -là me donne envie de rester chez moi, et pourtant, il faut que j’aille au Prado ce soir. Enfin, il faut…

Leviathan, de Scott Westerfeld

 

Vous l’ignoriez peut-être : en 1914, une Guerre Mondiale a eu lieu, mettant aux prises des adversaires redoutables : les darwinistes (Anglais, Français), généticiens créateurs de monstres issus d’animaux modifiés et de l’autre, les clankers (Allemands, Autrichiens), mécaniciens hors pair, fabricants de robots.
Parfaitement. Et dans Leviathan, de Scott Westerfeld, vous pourrez suivre les aventures militaro-amoureuse de l’héritier de l’empire austro hongrois, le prince Aleksander, dont les parents ont été assassinés (à Sarajevo) et d’une jeune fille, pilote de I’Air Service, l’armée de l’air britannique.
Je vous révèle le début : le prince Aleksander, dont la vie est menacée depuis l’assassinat de ses parents, fuit en Suisse à bord d’un robot bipède blindé. Pendant ce temps là, la jeune Écossaise Deryn Sharp, orpheline et pilote, déguisée en garçon, fait partie de l’équipage du Léviathan, une baleine géante gonflée à l’hydrogène, qui transporte un chargement biologique, classé secret défense. Ils font route vers l’Empire ottoman, mais les Allemands les attaquent et le Léviathan s’écrase dans les Alpes, en Suisse, tout près de l’endroit où se cache Aleksander. Evidemment, ils vont se rencontrer….
On pense à Jules Verne en lisant ce roman, mais en mieux ; on pense aussi à des mangas japonais et, curieusement, à Little Nemo in Slumberland, en plus belliqueux et moins onirique. Scott Westerfeld mêle habilement l’histoire et la SF, dans une cascade de rebondissements dans ce roman pour ado, brillamment illustré par Keith Thompson. Si vous avez un cadeau à faire pour Noël à un ado amateur de SF, offrez-lui Léviathan.

Celébration, la ville parfaite, connaît son premier meurtre

Durant le week end de Thanksgiving, Celebration, la ville idéale créée par les Studios Disney (qui ne l’administrent plus depuis 2004 ) s’est réveillée dans la stupeur : eh oui, un meurtre, un vrai, avait bel et bien été commis.

C’est tout bonnement le premier meurtre commis dans cette ville depuis sa création en 1994 . Il y a quelques années, un résident a dit en plaisantant à un journaliste que Celebration se sentait comme les autres villes quand un vélo y  était volé. Maintenant, elle doit se sentir encore plus comme les autres villes.

Celebration ressemble à un décor de cinéma évoquant un village de Nouvelle-Angleterre, même si certains lui trouvent un faux air de Truman Show. 94% de Blancs, 5% d’Asiatiques et de Noirs, et bien entendu pas de pauvres : la sélection se fait tout naturellement, par le prix des maisons, 400.000 dollars en moyenne. Pourtant, la ville a subi les effets de la Grande Récession  : des maisons y sont maintenant disponibles pour moins de 300.000 $, et des condos à 120.000 dollars.

Et donc, dans cette petite ville où tout le monde se connaît et surveille un peu tout le monde, les voisins se sont émus de ne pas avoir croisé Matteo Giovanditto, 58 ans, durant plusieurs jours. Après que  sa disparition ait été signalée à la police, un voisin s’est rendu chez lui et l’a trouvé mort ; les enquêteurs n’ont pas révélé dans quel état il avait été découvert.

Son assassin a été arrêté le 6 décembre suivant : il s’agit d’un sans-abri, qui connaissait la victime, David-Israël Zenon Murillo. Selon les enquêteurs, Murillo a vu Giovanditto tenter de mettre quelque chose dans son verre, il s’est mis en colère et, tout naturellement, si je puis dire, il a battu Giovanditto à mort avec une hache.
“C’est un homme malade», a déclaré Murillo aux journalistes devant le bureau du shérif du comté d’Osceola. “Il est malade et il est mauvais, et je pense qu’il a eu ce qu’il méritait.”

Là, je crois qu’on tient un bon sujet pour un film, à condition de faire attention au réalisateur. Tout y est : la ville idéale, angoissante, trop belle pour être vraie, le riche citoyen de cette ville idéale, et le méchant SDF.

Contexte : une ville américaine de carte postale, avec place publique, gazons verdoyants, ciel bleus, voisins gentils, maire charmant, comme dans les vieux Disney.
En second rôle : une fliquesse enceinte (oui, je sais, c’est Fargo : eh bien tant pis), une galerie de voisins tous plus frappadingues et inquiétants les uns que les autres à force d’être comme il faut ;  la clef de l’énigme étant détenue par une petite fille de huit ans élevée par une mère névrosée mais qui sort de chez elle la nuit et a tout vu par la fenêtre.
Elle sait qu’en fait, G. a pour hobby l’assassinat de sans abri. M. , amant de la dernière victime de G, a mené son enquête et a retrouvé la trace de G. Mais, alors qu’il allait le faire chanter, M. s’est avisé que G. allait le tuer, et a pris les devants.

Une possibilité. Sinon, on peut faire plus trash avec plus de retournements de situation.
Non seulement G. a pour hobby l’assassinat de sans abri, mais il les torture/viole/découpe/dépèce (ou il leur fait tout ça).  En plus quelques images nous laissent deviner qu’il raconte tout ça en code sur des forums Internet  – car Internet c’est le mal – à des amis animés des mêmes pulsions meurtrières à travers le pays. Donc il a torturé/violé/découpé/dépecé/ l’amant (ou ex-amant) de M. qui a mené son enquête,  a retrouvé G, l’a fait chanter, puis, paniqué, l’a tué en voyant qu’il allait l’empoisonner.

La petite fille de 8 ans a vu M. battre G. et elle a fini par se confier à la fliquesse enceinte.
Les flics arrêtent M.

MAIS un copain de G. se rend chez lui pour recupérer du matos qui pourrait mettre la police sur la piste de leur réseau de fous meurtriers intégrés socialement. Il discute avec les enquêteurs sans éveiller particulièrement leurs soupçons et se fait remarquer par la petite fille qui l’a déjà croisé dans la rue avec G, et l’ex amant de M.
Craignant d’être reconnu, il fomente de tuer la petite fille (et de la torturer/violer/découper/dépecer pour pas gâcher ). La fliquesse enceinte (je crois que c’est la même que dans Fargo, elle a été promue) suit le fil de son enquête et de ses réflexions, les indices s’accumulent et tout d’un coup elle a un flash et comprend que l’ami de G.est un horrible meurtrier, elle sort de chez elle nuitamment, se rend chez la petite fille, l’ami de G. a déjà ligoté ses parents et enlevé la petite fille, elle le poursuit, le retrouve, haletante traque, il la blesse, sauvera-t-elle l’enfant ? Oui ? Non ? Elle est blessée, elle saigne, elle ne bouge plus, la petite fille non plus, le méchant non plus, seraient-ils tous morts ? on est complètement stressés, mais eh, oh, c’est un film américain, ils se retrouvent tous en pleurant à l’hôpital, la fliquesse enceinte, son mari, la petite fille, les parents, ils s’étreignent et personne n’est mort, sauf le méchant.
Et le sans abri va être libéré sous caution et trouver, en attendant le procès, un boulot de marchand de glace ambulant sur une charrete rose avec une cloche pour appeler les passants dans la ville idéale.

Non, c’est pas vrai, hein, je ne sais pas si ça s’est passé comme ça, mais franchement, ça fait penser à ça, non ?

Sources : wdbo

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Saint Nicolas

Aujourd’hui, c’est culturel. Ce post se penchera sur l’histoire de Saint Nicolas.

Qui est Saint Nicolas ?

Il s’agit de Nicolas de Myre, ou Nicolas de Bari. Il a vécu dans la partie orientale de l’Empire Romain, actuelle Turquie, entre 250 et 270, et fut évêque de Myre, comme son oncle, les charges ecclésiastiques étant généralement transmissibles, à cette époque.

Comment un homme ayant vécu au IIIème siècle après JC dans l’Empire romain d’orient a pu devenir le Saint Patron de la Lorraine, un saint célébré en Europe de l’Est et le héros d’une chanson pour enfants française ?

Nicolas a bien sûr été enterré à Myre, puisqu’il en était évêque, mais ses ossements furent volés en 1087 par des marchands italiens qui les emportèrent à Bari en Italie. Le vol de reliques était une activité lucrative au Moyen-Âge, sainte époque durant laquelle on ne faisait pas clairement le distingo entre marchands et voleurs (je dis ça, je dis rien). Pourquoi volait-on les reliques ? Parce qu’on leur reconnaissait des usages variés mais pratiques : elles guérissaient, exhaussaient les voeux et pouvaient faire l’objet de pélérinage, l’équivalent médiéval du festival culturel de notre époque : une source de juteux revenus financiers (ça n’est du reste pas fini : Lourdes est l’une des premières villes de France par sa capacité d’accueil hotelier).

Il faut savoir que le transfert des reliques portait souvent le nom de “translation de reliques”,  euphémisme courtois destiné à préserver les susceptibilités religieuses. Hou que c’est mal. Presque comme de piquer l’Obélisque aux Egyptiens. Par ailleurs, Myre venait d’être conquise par les Turcs : il était donc urgentissime d’enlever les reliques d’un saint chrétien à la mainmise turque seljoukide en plus d’être musulmane (des chrétiens grecs attachés aux reliques, pas question de s’en soucier : pensez, d’affreux schismatiques).

Oui, mais là, la relique est à Bari en Italie, me direz-vous. Rien à voir avec la Lorraine.

D’accord. Mais attendez, j’ai pas fini. C’est qu’un bout de relique du saint (l’index, crois-je savoir) a été transporté de Bari en Lorraine, à la fin du XIème siècle, on en est sûr, rapportée par un chevalier lorrain de passage à Bari. Donc, le culte de Saint Nicolas s’est développé en Lorraine en même temps qu’à Bari.

Et pourquoi les cadeaux et les pièces en chocolats ?

Une des nombreuses légendes de Saint Nicolas raconte qu’il donna une dot, donc de l’argent, pour marier une jeune fille pauvre qui n’eut pas trouvé de mari sans l’aide de Nicolas. Cette légende est à l’origine du concept de “cadeaux” faits par le saint, concept progressivement et habilement exploité ultérieurement, mais je n’irai pas plus loin aujourd’hui….

Et la légende des petits enfants qui s’en allaient glaner aux champs, elle vient de Myre ou de Bari ?

On ne sait pas trop. Mais l’histoire de la légende des petits enfants est très intéressante.
Ce miracle est raconté très succintement (sans aucun détails type saloir) par le trouvère Wace ; puis dans un petit recueil de mystères (vie de saints avec miracles) du XIIIème siècle, de l’abbaye Saint Benoit sur Loire , ensuite la légende est évoquée dans un sermon attribué à Saint Bonaventure (XIIIème siècle aussi) et enfin par un vitrail à Bourges.

Toutes ces occurences sont du XIIIème siècle au plus tard et elles dégagent très globalement le récit suivant : dans un lieu non précisé, trois étudiants (escholiers au Moyen Age, puis écoliers, donc enfants) en route pour Athènes (ou voyageant sans plus de précision) sont assassinés, pour leur argent, (et, dans le sermon de Bonaventure, mis au saloir ensuite) par l’aubergiste chez qui ils ont passé la nuit ; Nicolas survient chez l’aubergiste la nuit suivante et exige de celui-ci de la “chair fraîche” ; celui-ci se repentit devant la clairvoyance du saint, qui par ailleurs, ressuscite les trois étudiants.

Il s’agit donc probablement d’une légende orientale, à laquelle des détails anecdotiques occidentaux se sont surajoutés. Cette légende, remise au goût du jour dans ” Les Chansons et Légendes du Valois“, publiées en 1854, par Gérard de Nerval, romantique préoccupé par l’origine des traditions (comme les frères Grimm, patients collecteurs de légendes) a connu depuis lors un vif succès populaire, et est à l’origine de la chanson que nous connaissons.

Mais ce qui est intéressant, c’est le glissement de sens  opéré au XIXème siècle, ou bien au XVIIIème.

Dans les textes du XIIIème siècle, les “enfants” sont des étudiants. Or, pendant l’Antiquité ou au Moyen Age, les étudiants faisaient généralement partie de groupes sociaux favorisés ; pour avoir les moyens de faire des études, il était recommandé de ne pas être fils de paysan pauvre ; il existe un très grand nombre d’exception à cette règle, bien entendu ; mais ça n’en est pas moins une vérité générale. Donc, les étudiants sont intéressants dans la légende parce qu’ils sont voyageurs, mais c’est tout.

Dans la chanson recueillie par Nerval, il ne s’agit plus d’étudiants mais d’enfants (donc des êtres plus fragiles) partis glaner aux champs. Or, le fait qu’ils soient partis glaner les situe dans une catégorie bien particulière de la population : le droit de glanage (ramassage des épis de blé tombé sur le sol durant la moisson) concerne avant tout les pauvres : veuves, pauvres, orphelins, handicapés. Comme le droit de vaine pâture, c’est un usage coûtumier qui laisse aux plus pauvres d’un groupe un peu de la richesse des autres membres du groupe. Evidemment, ce droit a varié au fil des lieux et des temps, mais c’est l’idée.

La chanson du XIXème siècle intensifie donc l’effet dramatique : dans la légende initiale, l’aubergiste était mu par la cupidité, un sentiment facile à comprendre ; dans la chanson, le boucher est mu par des sentiments plus obscurs : il s’attaque à des enfants pauvres et sans défense – quel intérêt peuvent-ils avoir pour lui ? (on tremble en y pensant) Le boucher se rapproche du personnage de l’Ogre ou du roi des Aulnes de Goethe (qui s’en prennent aussi aux enfants) et la Légende acquiert donc un caractère particulièrement horrible, voire, pour peu qu’on suive l’actu, malsain.

Voilà, c’est la fin de notre post spécial Culture et traditions.

A propos de design, de Le Corbusier et de Double Faute, de Lionel Shriver

Tabouret Le Corbusier

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La fondation Le Corbusier vient de confier à Cassina, la réédition de plusieurs meubles créés par lui dans les années 50, dont deux me scotchent littéralement sur place. Deux meubles du reste assez semblables, le tabouret Cabanon et le tabouret maison du Brésil.
Pourquoi sont-ils à ce point sidérants ? En raison de leur simplicité et de leur practicité. Bon, je veux bien aussi concéder qu’ils sont bien finis, ce qui est la moindre des choses, au prix où l’on peut se les procurer chez Cassina : 630 euros.
On peut les utiliser comme tabouret, comme tables basses, et très probablement aussi, en les positionnant de côté, comme bibliothèque. Et s’ils me sidèrent, c’est qu’il y a quelques années, après moults déménagements qui nous avaient obligé à nous séparer de nos meubles, abimés, trop encombrants, nous avions récupérés des caisses à vins pour nous en faire une bibliothèque : hélas, elles n’ont pas résisté non plus. Depuis, je cherche des caisses à vins pour m’en servir encore de la même façon, mais l’époque de la caisse de vins en bois est révolue : on livre le vin dans des paquets de cartons, impossible de récupérer autre chose dans les magasins.
Quoiqu’il en soit, ces caisses rectangulaires et visuellement limpides, même s’il convient de les appeler tabouret, sont merveilleuse : reposantes, zen, elles nous disent (quand on les regarde, pas quand on les achète) que la simplicité et la sobriété sont le premier degré de l’élégance.
Elles peuvent s’agencer et se composer comme on le désire, on peut les basculer sur le côtés, les utiliser comme de petites tables ou bien, renversées, les utiliser pour ranger des BD, des journaux, ou des jouets d’enfants.
Mais peut-être aussi que de tels meubles exigeraient trop de nous ? Qu’ils nous obligeraient à une constante créativité, que nous devrions, pour leur donner vie, faire constamment preuve d’imagination de dynamisme et du sens de la mise en scène de notre propre vie, comme on le fait sur Facebook, où nos statuts n’énumèrent que nos bonheurs, les uns après les autres ? Si je pose cette question, c’est que ces magnifiques meubles m’ont immédiatement fait penser à un roman lu récemment, Double Faute, de Lionel Shriver, roman qui fait l’analyse impitoyable, méticuleuse quoique parfois un peu monocorde, façon Desperate Housewiwes, de l’évolution de l’amour au sein d’un couple (mais que je recommande, car il est fort loin des mièvreries habituelles sur le sujet).

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Dans ce roman, les deux héros se rendent chez les parents d’Eric, l’un des membres du couple. Voici comment l’épouse d’Eric, Wlliy, décrit le salon, meublé par sa belle-mère qui dirige une galerie d’art :
“Les sièges duveteux étaient modulaires, (…). Des rectangles, des cônes, des pyramides et des cylindres dans des couleurs primaires, avec des bandes Velcro permettant de les assembler comme bon vous semblait, dans toutes les configurations possibles.”
Lors de cette première visite, les parents d’Eric sont en grande forme, parents heureux de quatre fils promis à des avenirs forcément brillants. Mais un an ou deux après, les fils brillants n’ont pas été à la hauteur des rêves des parents, de ce fait plutôt déprimés. Voici alors comment apparait le salon à Willy :
Les sièges modulaires s’étaient défaits tout seuls, les bande Velcro étant fatiguées. Il fallait reconstruire des cubes dont les couleurs d’origine avaient pâli. Ils n’amusaient plus personne et depuis la dernière visite de Willy, leur arrangement n’avait pas varié. En d’autres temps, les Oberdorf auraient parlé de remplacer ces gadgets d’avant-garde par de vrais meubles.
Et c’est en pensant à ce texte – qui me rappelle des moments similaires, quand des aspirants au design laissent un désordre populacier aliéner leurs ambitions – que je me pose la question : ces magnifiques tabourets Le Corbusier sont-ils des gadgets ou de vrais meubles ?

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