A propos de design, de Le Corbusier et de Double Faute, de Lionel Shriver

Tabouret Le Corbusier

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La fondation Le Corbusier vient de confier à Cassina, la réédition de plusieurs meubles créés par lui dans les années 50, dont deux me scotchent littéralement sur place. Deux meubles du reste assez semblables, le tabouret Cabanon et le tabouret maison du Brésil.
Pourquoi sont-ils à ce point sidérants ? En raison de leur simplicité et de leur practicité. Bon, je veux bien aussi concéder qu’ils sont bien finis, ce qui est la moindre des choses, au prix où l’on peut se les procurer chez Cassina : 630 euros.
On peut les utiliser comme tabouret, comme tables basses, et très probablement aussi, en les positionnant de côté, comme bibliothèque. Et s’ils me sidèrent, c’est qu’il y a quelques années, après moults déménagements qui nous avaient obligé à nous séparer de nos meubles, abimés, trop encombrants, nous avions récupérés des caisses à vins pour nous en faire une bibliothèque : hélas, elles n’ont pas résisté non plus. Depuis, je cherche des caisses à vins pour m’en servir encore de la même façon, mais l’époque de la caisse de vins en bois est révolue : on livre le vin dans des paquets de cartons, impossible de récupérer autre chose dans les magasins.
Quoiqu’il en soit, ces caisses rectangulaires et visuellement limpides, même s’il convient de les appeler tabouret, sont merveilleuse : reposantes, zen, elles nous disent (quand on les regarde, pas quand on les achète) que la simplicité et la sobriété sont le premier degré de l’élégance.
Elles peuvent s’agencer et se composer comme on le désire, on peut les basculer sur le côtés, les utiliser comme de petites tables ou bien, renversées, les utiliser pour ranger des BD, des journaux, ou des jouets d’enfants.
Mais peut-être aussi que de tels meubles exigeraient trop de nous ? Qu’ils nous obligeraient à une constante créativité, que nous devrions, pour leur donner vie, faire constamment preuve d’imagination de dynamisme et du sens de la mise en scène de notre propre vie, comme on le fait sur Facebook, où nos statuts n’énumèrent que nos bonheurs, les uns après les autres ? Si je pose cette question, c’est que ces magnifiques meubles m’ont immédiatement fait penser à un roman lu récemment, Double Faute, de Lionel Shriver, roman qui fait l’analyse impitoyable, méticuleuse quoique parfois un peu monocorde, façon Desperate Housewiwes, de l’évolution de l’amour au sein d’un couple (mais que je recommande, car il est fort loin des mièvreries habituelles sur le sujet).

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Dans ce roman, les deux héros se rendent chez les parents d’Eric, l’un des membres du couple. Voici comment l’épouse d’Eric, Wlliy, décrit le salon, meublé par sa belle-mère qui dirige une galerie d’art :
“Les sièges duveteux étaient modulaires, (…). Des rectangles, des cônes, des pyramides et des cylindres dans des couleurs primaires, avec des bandes Velcro permettant de les assembler comme bon vous semblait, dans toutes les configurations possibles.”
Lors de cette première visite, les parents d’Eric sont en grande forme, parents heureux de quatre fils promis à des avenirs forcément brillants. Mais un an ou deux après, les fils brillants n’ont pas été à la hauteur des rêves des parents, de ce fait plutôt déprimés. Voici alors comment apparait le salon à Willy :
Les sièges modulaires s’étaient défaits tout seuls, les bande Velcro étant fatiguées. Il fallait reconstruire des cubes dont les couleurs d’origine avaient pâli. Ils n’amusaient plus personne et depuis la dernière visite de Willy, leur arrangement n’avait pas varié. En d’autres temps, les Oberdorf auraient parlé de remplacer ces gadgets d’avant-garde par de vrais meubles.
Et c’est en pensant à ce texte – qui me rappelle des moments similaires, quand des aspirants au design laissent un désordre populacier aliéner leurs ambitions – que je me pose la question : ces magnifiques tabourets Le Corbusier sont-ils des gadgets ou de vrais meubles ?

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2 thoughts on “A propos de design, de Le Corbusier et de Double Faute, de Lionel Shriver

  1. 630 euros… Laisse moi ravaler le budget que j’essaie de mettre dans une voiture d’occasion pour l’arrivée de la numéro 3. Au lieu de dire “ils n’amusaient plus personne”, l’auteur aurait dû écrire “ils n’abuseraient plus personne”. Enfin, cela seulement si on les considère comme gadgets…
    J’adore ta note.

  2. Pingback: Le Théorème de l'Escarpin

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