Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Saint Nicolas

Aujourd’hui, c’est culturel. Ce post se penchera sur l’histoire de Saint Nicolas.

Qui est Saint Nicolas ?

Il s’agit de Nicolas de Myre, ou Nicolas de Bari. Il a vécu dans la partie orientale de l’Empire Romain, actuelle Turquie, entre 250 et 270, et fut évêque de Myre, comme son oncle, les charges ecclésiastiques étant généralement transmissibles, à cette époque.

Comment un homme ayant vécu au IIIème siècle après JC dans l’Empire romain d’orient a pu devenir le Saint Patron de la Lorraine, un saint célébré en Europe de l’Est et le héros d’une chanson pour enfants française ?

Nicolas a bien sûr été enterré à Myre, puisqu’il en était évêque, mais ses ossements furent volés en 1087 par des marchands italiens qui les emportèrent à Bari en Italie. Le vol de reliques était une activité lucrative au Moyen-Âge, sainte époque durant laquelle on ne faisait pas clairement le distingo entre marchands et voleurs (je dis ça, je dis rien). Pourquoi volait-on les reliques ? Parce qu’on leur reconnaissait des usages variés mais pratiques : elles guérissaient, exhaussaient les voeux et pouvaient faire l’objet de pélérinage, l’équivalent médiéval du festival culturel de notre époque : une source de juteux revenus financiers (ça n’est du reste pas fini : Lourdes est l’une des premières villes de France par sa capacité d’accueil hotelier).

Il faut savoir que le transfert des reliques portait souvent le nom de “translation de reliques”,  euphémisme courtois destiné à préserver les susceptibilités religieuses. Hou que c’est mal. Presque comme de piquer l’Obélisque aux Egyptiens. Par ailleurs, Myre venait d’être conquise par les Turcs : il était donc urgentissime d’enlever les reliques d’un saint chrétien à la mainmise turque seljoukide en plus d’être musulmane (des chrétiens grecs attachés aux reliques, pas question de s’en soucier : pensez, d’affreux schismatiques).

Oui, mais là, la relique est à Bari en Italie, me direz-vous. Rien à voir avec la Lorraine.

D’accord. Mais attendez, j’ai pas fini. C’est qu’un bout de relique du saint (l’index, crois-je savoir) a été transporté de Bari en Lorraine, à la fin du XIème siècle, on en est sûr, rapportée par un chevalier lorrain de passage à Bari. Donc, le culte de Saint Nicolas s’est développé en Lorraine en même temps qu’à Bari.

Et pourquoi les cadeaux et les pièces en chocolats ?

Une des nombreuses légendes de Saint Nicolas raconte qu’il donna une dot, donc de l’argent, pour marier une jeune fille pauvre qui n’eut pas trouvé de mari sans l’aide de Nicolas. Cette légende est à l’origine du concept de “cadeaux” faits par le saint, concept progressivement et habilement exploité ultérieurement, mais je n’irai pas plus loin aujourd’hui….

Et la légende des petits enfants qui s’en allaient glaner aux champs, elle vient de Myre ou de Bari ?

On ne sait pas trop. Mais l’histoire de la légende des petits enfants est très intéressante.
Ce miracle est raconté très succintement (sans aucun détails type saloir) par le trouvère Wace ; puis dans un petit recueil de mystères (vie de saints avec miracles) du XIIIème siècle, de l’abbaye Saint Benoit sur Loire , ensuite la légende est évoquée dans un sermon attribué à Saint Bonaventure (XIIIème siècle aussi) et enfin par un vitrail à Bourges.

Toutes ces occurences sont du XIIIème siècle au plus tard et elles dégagent très globalement le récit suivant : dans un lieu non précisé, trois étudiants (escholiers au Moyen Age, puis écoliers, donc enfants) en route pour Athènes (ou voyageant sans plus de précision) sont assassinés, pour leur argent, (et, dans le sermon de Bonaventure, mis au saloir ensuite) par l’aubergiste chez qui ils ont passé la nuit ; Nicolas survient chez l’aubergiste la nuit suivante et exige de celui-ci de la “chair fraîche” ; celui-ci se repentit devant la clairvoyance du saint, qui par ailleurs, ressuscite les trois étudiants.

Il s’agit donc probablement d’une légende orientale, à laquelle des détails anecdotiques occidentaux se sont surajoutés. Cette légende, remise au goût du jour dans ” Les Chansons et Légendes du Valois“, publiées en 1854, par Gérard de Nerval, romantique préoccupé par l’origine des traditions (comme les frères Grimm, patients collecteurs de légendes) a connu depuis lors un vif succès populaire, et est à l’origine de la chanson que nous connaissons.

Mais ce qui est intéressant, c’est le glissement de sens  opéré au XIXème siècle, ou bien au XVIIIème.

Dans les textes du XIIIème siècle, les “enfants” sont des étudiants. Or, pendant l’Antiquité ou au Moyen Age, les étudiants faisaient généralement partie de groupes sociaux favorisés ; pour avoir les moyens de faire des études, il était recommandé de ne pas être fils de paysan pauvre ; il existe un très grand nombre d’exception à cette règle, bien entendu ; mais ça n’en est pas moins une vérité générale. Donc, les étudiants sont intéressants dans la légende parce qu’ils sont voyageurs, mais c’est tout.

Dans la chanson recueillie par Nerval, il ne s’agit plus d’étudiants mais d’enfants (donc des êtres plus fragiles) partis glaner aux champs. Or, le fait qu’ils soient partis glaner les situe dans une catégorie bien particulière de la population : le droit de glanage (ramassage des épis de blé tombé sur le sol durant la moisson) concerne avant tout les pauvres : veuves, pauvres, orphelins, handicapés. Comme le droit de vaine pâture, c’est un usage coûtumier qui laisse aux plus pauvres d’un groupe un peu de la richesse des autres membres du groupe. Evidemment, ce droit a varié au fil des lieux et des temps, mais c’est l’idée.

La chanson du XIXème siècle intensifie donc l’effet dramatique : dans la légende initiale, l’aubergiste était mu par la cupidité, un sentiment facile à comprendre ; dans la chanson, le boucher est mu par des sentiments plus obscurs : il s’attaque à des enfants pauvres et sans défense – quel intérêt peuvent-ils avoir pour lui ? (on tremble en y pensant) Le boucher se rapproche du personnage de l’Ogre ou du roi des Aulnes de Goethe (qui s’en prennent aussi aux enfants) et la Légende acquiert donc un caractère particulièrement horrible, voire, pour peu qu’on suive l’actu, malsain.

Voilà, c’est la fin de notre post spécial Culture et traditions.

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