Annie Girardot est morte

Annie Girardot est morte.

Et sans souffrir, paisiblement, d’après sa petite fille. Ce qui est une bonne nouvelle.

Elle avait 79 ans.

Je suis contente qu’elle n’aie pas souffert. On devrait tous mourir comme ça.

Pourtant, Annie Girardot était déjà ailleurs, hélas.

Pour une nécrologie, allez sur le Post (qu’il faut soutenir).

Une vidéo bouleversante (merci à Deborah).

 

Opération Un poney rose pour Manu ?

Elle est chouette, Manu, elle est chouette. On ne le dit pas assez. Perso, elle m’a fait rigoler la première fois avec un post sur – attends je le cherche, je fouille je vraque dans son blog : – sur les avantages d’avoir 50 ans, un post qui m’a fait voir le sujet sous un angle inédit, et me rend drôlement impatiente de me débarrasser de mes adorables enfants et de mon ours de Chef pour ENFIN avoir deux fois 25 ans (en attendant je prépare le terrain avec soin, c’est-à-dire que j’entretiens le réseau de copines, du boulot vu l’éloignement, et puis le mail c’est pas ça et toutes n’ont pas Skype, je dois insister).

Bref.

Et là, Manu, elle est triste, elle a passé une mauvaise semaine. Je la comprends : on a eu la même.

Elle se demande donc si ça ne vaudrait pas le coup de fumer du poney rose.

Du poney rose ! Du poney rose ! Mais diantre, c’est qu’elle a raison ! Le poney rose console de tout.

Aussi, chère Manu, voici ce que j’ai trouvé en poney rose. Cadeau. Just for you.

Classique :

Banal, mais charmant :

Féerique (mon préféré) :

People :

Ambiance :

Déconcertant :

Déconcertant , mais sans exclure une certaine cohérence interne :

Voilà, chère Manu, pour te remettre de ta semaine, de quoi fumer. Du coup, j’aborde moi-même la deuxième partie d’un pied plus joyeux.

Sarkoefficacité pour Boris Boillon, nouvel ambassadeur de France en Tunisie

A peine arrivé, il se fait détester !

Arrivé en fanfare pour Boris Boillon, le nouvel ambassadeur de France en Tunisie : il envoie promener une journaliste tunisienne qui l’interroge sur l’attitude de la France pendant la Révolution tunisienne…

Sarkostyle pour Sarkoboy

Le nouvel ambassadeur de France en Tunisie, Boris Boillon, tout juste arrivé, vient de faire la démonstration de son style. Sarkozy avait promis la rupture, en son temps, on ne sait pas trop où l’on en est, mais question ambassade, avec Boris Boillon, on est très loin de l’arabisant distingué, nostalgique d’Omar Khayyam et d’Oum Kalsoum, versant un pleur romantique dans une oasis sous la nuit étoilée. Perso, j’eusse bien vu en guise d’ambassadeur le fils spirituel d’André Dussolier (pour le charme et le look vieille France) et de Jean Rochefort (pour l’élégance et l’humour), avec un peu de Claude Rich (parce que c’est comme ça) pour colmater.

 

Eh bien, je me fusse plantée, mais confortable. Nan. Nan.Nan. Boris Boillon, c’est Jean Dujardin dans OSS117, avec l’humour de Jean-Claude Van Damme. Un style… personnel, que j’hésite à qualifier. Un peu de Sarko, quelque chose d’OSS 117, un zeste de Michael Vendetta, on peut admirer la musculature de Boris de Nice sur son profil Facebook (mais sans la planche), le suivre sur Twitter, l’écouter sur France 24 ou sur Mosaïque.

Voilà. Donc, c’est ce jeune monsieur tout en amabilité Ancien Régime qui débarqua hier en Tunisie. Et qui fit immédiatement une démonstration méthodologique de la nouvelle page qu’il compte ouvrir entre la France et la Tunisie : un autre style, une autre approche. Impressionnant et édifiant.

Boris le Bouillant n’aime pas répondre aux questions  qui lui déplaisent, et il ne fait pas semblant. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on n’est pas dans la pommade diplomatique… La preuve en vidéo, mais pour ceux dont la maîtrise de l’arabe n’est pas parfaite, voici la traduction des passages en arabe de la vidéo :

Boillon à table : “une prière pour les martyr de la révolution tunisienne, et nous ayons une pensée pour les familles des victimes et des martyrs.”

Boillon s’énerve et vut un “aked thika”, un contrat de confiance.

Journaliste : “comment se profile le futur des relations politiques entre la France et la Tunisie après la prise de position surprenante dès le début de la révolution, que ce soit de la part du président Sarkozy ou de la ministre des affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie?

Boillon :”La vérité est que la France souhaite commencer une nouvelle page avec la nouvelle Tunisie, c’est une nouvelle ère, et la France est confiante dans l’avenir de la Tunisie”

Journaliste :”s’agit-il de réparer les erreurs du président Sarkozy? surtout que vous êtes l’un de ses plus proches collaborateurs et que le président français vous affectionne particulièrement?”

Rires de Boillon : “merci”

Journaliste :”On avait reproché à l’ancien ambassadeur, Pierre Ménat, de n’avoir pas été attentif aux signaux de cette révolution, votre mission étant de réinstaurer la confiance entre la France et la Tunisie, comment appréhendez vous votre mission vu votre jeune âge et votre place particulière aux yeux du président français?”

Boillon :”Qu’entendez-vous par appréhensions? je ne comprends pas, c’est quoi ces préjugés? je ne mérite pas ça ! laissez-moi d’abord commencer mon travail !”

Journaliste :”Je parle d’appréhensions, pas de préjugés”

Boillon :”Appréhensions, mais vous m’insultez ! Comment pouvez-vous me dire ça? je suis le nouvel ambassadeur, je viens d’arriver, et je n’apprécie pas ces questions! ça c’est vraiment… mais qu’est ce que c’est que ça? vous devez me respecter ! ça veut dire quoi appréhensions? c’est quoi ça appréhensions? … terminé.”

Et Boillon se lève de table.

Si ça, ça n’est pas de la diplomatie nouvelle formule !

La vidéo.

Qu’est-ce que l’on préfère dans la vidéo ?  Les “Je veux, on veut, la France veut” ? Le “khalass “? Le petit geste agacé pour éloigner le micro ? le “N’essayez pas de me faire tomber sur des trucs débiles, franchement, franchement,  vous croyez que j’ai ce niveau là, vous croyez que je suis dans la petite phrase débile” ? Le ” je suis là pour exposer une philosophie” ? Ou bien le refus grossier de répondre à LA question, sur l’attitude de la France pendant la Révolution, centrale dans les relations tuniso-française ?

Difficile de se décider.

Je me permets de citer, en réponse à ce grand moment de diplomatie, un extrait d’une lettre ouverte rédigée par Wejdane Majeri sur Facebook. ( Image ici.)

Votre attitude pleine de mépris et d’arrogance, vous donne l’outrecuidance de parler ainsi à une journaliste tunisienne qui exprimait la question principale qui occupe le peuple tunisien quant à l’avenir de ses relations avec la France, a choqué plus d’une personne. Si c’est ainsi que se comporte le représentant de l’État français en Tunisie, nous craignons le pire pour l’avenir de nos échanges, monsieur. Mais pouvions nous attendre autre chose de la part d’un représentant dont le gouvernement n’a toujours pas présenté d’excuses claires pour avoir offensé la dignité d’un peuple ni n’a été blâmé pour entretenir des relations d’affaires avec un tyran ?

Cher monsieur, votre jeunesse n’est qu’apparente, vos actes semblent venir d’un monde si ancien, si vieux. Pensiez vous réellement pouvoir vous comporter comme ces soldats ardents et insultants de la période colonialiste ? Il semblerait que vos maîtres n’ont toujours pas compris quelle est la période historique qui s’ouvre en ce moment en Tunisie. Mais il est certain que les piètres performances de notre ancien ministre des affaires étrangères doivent y être pour quelque chose. Allez donc expliquer, cher monsieur, que nous ne sommes pas au début d’un nouveau colonialisme, non, nous sommes à l’aube de grands changements, et cette attitude française sera sévèrement punie à chaque fois qu’elle aura le malheur de réapparaitre, comprenez le bien.

Saurait-on mieux dire ?

Boris Boillon, n’oubliez pas : les Tunisiens n’ont maintenant plus peur de dire ce qu’ils pensent.

Allons un peu plus loin, maintenant…

Positivons et voyons les bons côtés : Boris Boillon est jeune et dynamique. Ah oui, il parle arabe ; enfin, il prononce les mots, mais s’il parle, il ne semble guère doué pour le dialogue.

D’où sort-il, ce Sarkoboy survitaminé ?

Il a été nommé le 26 janvier en conseil des Ministres, rompant avec la tradition, comme nous l’explique dans le Monde, un ancien ambassadeur de France : ordinairement, l’ambassadeur partant ou le chargé d’affaires s’il n’y a pas d’ambassadeur en place, propose au ministre des affaires étrangères du pays concerné le nom et le CV du diplomate pressenti par Paris comme successeur potentiel : c’est la demande d’agrément ; il arrive que le pays émette des réserves, et Paris peut alors suggérer un nouvel ambassadeur.

Un Boris le Bouillant martial, sur France 24, réfute l’argument, et affirme que sa nomination s’est faite dans les règles, démentant l’article qui compare sa nomination à celle d’un préfet. Quel est son background ?

Le CV du Sarkoboy

Bon diplomate selon un fin connaisseur du Ministère des Affaires Etrangères, le bouillant Boris Boillon a eu la chance, après un détachement probablement morne à Bruxelles, de se retrouverà Paris adjoint au conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, ce qui, en 2002, n’avait rien de particulièrement mirobolant. Sauf qu’à partir de 2007, le jeune homme suit le boss à l’Elysée et travaille à la cellule diplomatique ; déjà mieux ; encore mieux , il planche avec Claude Guéant sur le dossier des infirmières bulgares ; et le déclic, c’est la visite de Khadafi à Paris, gérée par James Boillon ; chargé du dossier, il courcircuite la hiérarchie du Quai d’Orsay et passe au dessus des directeurs Afrique du Nord – Moyen Orient, rapportant en direct à Claude Guéant et donc à Nicolas Sarkozy. Avouons que circuiter du diplomate de carrière assis sur ses certitudes doit avoir des aspects jubilatoires….

Pas de doute, Boris Boillon a un profil de ouinneur.

Du coup, à moins de 40 ans, le Bouillant Boris  décroche le poste d’ambassadeur de France en Irak, à charge pour lui de faire tomber dans l’escarcelle de la France un max de juteux contrats dans le cadre de la reconstruction dudit pays. Il faut lire l’article, qui rend merveilleusement hommage à la confiance en lui de ce jeune ambassadeur. BB ne reste pas longtemps en Irak, sarkostyle oblige, il ne tient bien entendu pas en place, et se retrouve muté en Tunisie, pour “ouvrir une nouvelle page ” dans les relations bilatérales.

J’avoue que je me réjouis de suivre les aventures de Boris de Bouillon en Tunisie. Sera-t-il, tel un nouveau Godefroy, le premier souverain chrétien de Tunisie ? Plus fort que MAM, plus fort que François Fillon…

(merci à M1Cafe pour la traduction arabe- français ! Vous pouvez aussi le retrouver sur son blog).

Plus de Boris Boillon ?

Edit du lendemain : Boris Boillon s’excuse sur twitter… et renvoie à sa page fan sur Facebook.

Les tribulations de Cindy Sander

Faut-il présenter Cindy Sander ? Cette starlette de la téléréalité, blonde, rose et ronde, dont la gloire médiatique provient de son élimination du casting de la Nouvelle Star, et qui a commis une chanson dont le titre vaut au moins autant que la mélodie, les paroles et le clip réunis : “Papillon de Lumière” (tout ça en 2008).

Ensuite, il y eut comme une éclipse du phénomène Cindy Sanders. Le problème, c’est qu’on est tout de même dans le second degré, avec Cindy Sanders. Elle est à la fois tellement kitsch et tellement sûre d’elle que l’on en reste pantois. Et, en même temps, puisque Céline Dion, pourquoi pas Cindy Sander ? (après tout).

En tout cas, depuis cet hiver, on parle à nouveau de CIndy Sander, preuve de sa combativité. Elle a perdu 17 kilos et a changé de coiffure. Depuis janvier, elle participe à une nouvelle émission de téléréalité, “les Anges de la téléréalité”, qui consiste à réunir des stars de la téléréalité pour leur permettre de devenir des stars aux Etats-Unis. Une sorte de pain perdu de la téléréalité, le recyclage de peoples téléréels.

Donc, Cindy est en piste pour devenir une star de la chanson aux USA. Pour ce faire, son producteur lui a proposé d’interpréter un titre écrit initialement pour Johnny, “Les mots d’amour”.

Visiblement, le lancement du produit (de ce côté-ci de l’Atlantique) consistait à axer la comm sur le concept : Cindy pique un titre à Johnny et l’enregistre dans le studio où Michael Jackson a enregistré we are the world.

Ce qui nous vaut des titres de mag people dans le genre : Cindy Sander : “J’ai piqué le single de Johnny !” – Cindy Sander … elle hérite d’une chanson destinée à Johnny Hallyday – Cindy Sander : elle a piqué une chanson à Johnny Hallyday – Cindy Sander sur les pas de Johnny Hallyday avec son nouveau single !

On voit l’idée.

Mais le plan comm est en deux étapes. Nous sommes maintenant à la seconde.

La deuxième étape du plan comm est la suivante : En fait, le single chanté par Cindy a été chanté déjà par un chanteur suisse, Nick le Juge[, sorte de Cindy Sander masculin, ainsi nommé parce qu’avant d’être chanteur, il était juge]. Et il n’aurait pas été écrit du tout pour Johnny.

Donc ça permet les développement suivants : Cindy Sander s’est fait arnaquer – Cindy Sander s’est-elle fait arnaquer ? – Cindy Sander accusée de plagiat – Cindy sander : non, je n’ai pas volé ce titre.
Question : comment cette sorte de people fait-elle pour se retrouver systématiquement dans des affaires aussi navrantes ? Ils planifient tout avant ? Ils sont entourés d’escrocs ? Ils sont complètement abrutis ?

(ne vous méprenez pas : je suis fascinée par Cindy, comme par Loana et Michaël Vendetta).

En bonus, une interview de Cindy… Elle ne veut plus être une petite fille sage, mais une femme. Elle ne compte pas sur le charme pour signer des contrat, car elle est une personne très simple. Elle s’est retrouvée mentalement et physiquement. Et si les Français critiquent la Nouvelle Cindy Sander, ils critiquent les pro qui l’ont conçue. Et qu’on ne lui parle plus de casting, ah non. Elle a joué le jeu, elle s’est servi des médias et ils se sont servi d’elle, elle est très maligne, plus qu’on ne le croit.

Aller ou ne pas aller voir Tron Legacy… ?

Contexte : un dimanche pluvieux et deux enfants à occuper. Vu sous cet angle, tout va bien, ils ont adoré. Moi, ça va, je suis un public de bonne volonté. Je n’attendais pas le chef d’oeuvre. Déception zéro.

 

Un film globalement inintéressant.

L’acteur principal n’a aucun charisme. il a l’air plutôt sympa, propre, mais on n’accroche vraiment pas. Il n’est même pas criticable, plutôt transparent.

Jeff Bridge est peu intéressant, quoique pas franchement mauvais.

Le scénario est mou. On saisit bien que le papa a dit aurevoir à son fiston, et n’est jamais revenu. Traumatisme probable. Du coup, le fils le cherche. Et il le trouve : il s’est transformé en programme d’ordinateur. Sauf qu’il y en a deux, un méchant programme vaguement dictatorial et le papa. Lequel a sombré dans la méditation New Age / Zen.

Le méchant programme est tellement dictatorial qu’il a exterminé des êtres bizarres, mi humains mi virtuels.  Oui oui exterminé. On a pas peur du point Godwin. Les gentils et les méchants se battent dans un vertige de lignes lumineuses. Devinez qui gagne ?
Quelques qualités :

La bande son (Daft Punk) est formidable, et pourtant, ça n’est pas ma tasse de thé. Du coup, le film ressemble à un clip trop long.

Deux personnages intéressants, pas un de plus, à signaler. Pas le fils, pas le père, pas le méchant. Castor, propriétaire d’une boîte de nuit, qui fait une trop brève apparition.  Son personnage est totalement insolite, on se prend à se demander ce que le film aurait pu être si le personnage avait été développé. Et Quorra, qui vient animer un peu l’histoire, mais à peine (les scénaristes ne se sont pas foulés pour elle).

Les effets visuels, de qualité, ne perdent de la valeur qu’en raison de la platitude du film. Si celui-ci avait été plus travaillé, les effets s’apprécieraient plus.
Conclusion :

Je ne sais pas. Je suis toujours contente de voir un film de SF, même raté… Alors ? Si vous avez deux enfants bon public à occuper, allez-y (fonctionne aussi avec trois enfants). Je ne m’avancerai pas au delà.

Nostalgie si, nostalgie no

Dans une vie antérieure, j’ai été prof. J’en avais tellement assez que j’ai décidé de raccrocher et j’en suis ravie.

Personne ne peut imaginer ce que c’est que d’être prof, en vrai (pas dans le fantasme).

Or, je me connais, et je savais qu’un jour j’allais oublier tous les mauvais côtés et ne me souvenir que de ces petits visages frais, joyeux et plein de vie et de la pêche qu’ils me donnaient (parfois).

Prévoyante, j’ai pris des photos de copies d’élèves.

Chaque fois que je me sens nostalgique, je les regarde.

Hier, j’ai parlé d’enseignement avec une amie et une bouffée de nostalgie terrible m’est revenue.

Alors, j’ai regardé les copies.

Ça a marché. La nostalgie a passé.

(mais les élèves sont quand même adorables – il faut juste ne jamais regarder leurs copies ni parler avec leurs parents).

Copie de 3ème.

Copie de 5ème.

Des crêpes et de la Chandeleur

Hier, c’était la Chandeleur. S’il y a bien quelque chose de fascinant, c’est de chercher à savoir d’où viennent les fêtes religieuses, sous leur tranquille apparence chrétienne. Ah, si j’étais à Paris, je pourrais passer mon temps à sainte Geneviève. Mais je n’y suis pas. Heureusement, on trouve quand même deux trois trucs sur internet.. pas toujours très digne de confiance, mais après tout, lançons-nous.

Ce post est dédié à Chouyo… qui comprendra, je pense, que je me suis bien amusée en farfouillant sur le net.

Cher lecteur, qu’est-ce que la Chandeleur ?

Comme nombre de fête chrétienne, c’est une fête païenne christianisée.

Il faut y voir le désir des premiers pères de l’Eglise de christianiser toutes les manifestations de religiosité populaire, souvent plus proches de la superstition que de la foi. A mettre en parallèle avec la façon dont les Romains absorbaient les religions des autres (ils sont tombés finalement sur une méta-religion qui a absorbé toutes les autres en les fondant en une seule). Ces fêtes christianisées ont toutes un sens, une origine : au delà de l’origine romaine, on peut remonter encore plus loin dans le temps. On christianise localement, en fonction de ce qui est fêté ici ou là : ce qui m’intéresse est la Chandeleur française.

La Chandeleur serait une fête en relation avec l’équinoxe de printemps : les deux équinoxes sont les deux jours de l’année durant lesquels le soleil est exactement au zénith à midi et durant lesquels les jours ont exactement la même durée que les nuits. On observera que l’équinoxe n’a pas lieu le 2 février, mais le 20 ou le 21 mars. Mais l’origine de la célébration est très ancienne, et cette date au début de mois de février s’expliquerait par l’ancienne date (ou plutôt période) de l’équinoxe astrologique. Il faut donc distinguer les festivités et coutumes liées à cette période, et le phénomène cosmique, qui se sont décalés l’un de l’autre, en l’absence d’un comput précis.

Le nom de la Chandeleur évoque les Chandelles : la chandeleur est la festa candelarum. Mais je n’ai pas su trouver si cette festa candelorum est romaine ou celtique.

La période de la fête : c’est une période de fin et de renouveau. L’hiver va sur sa fin, le printemps approche ; les jours ont recommencé à rallonger et les nuits sont plus courtes ; dans la sociéte agricole traditionnelle, les semailles se préparent.

Les festivités préchrétiennes : La fête celte d’Imbolc, fête de fertilité, au sortir de l’hiver, en l’honneur de la désse Brigit était célébrée le 1er février de notre calendrier, soit au début du mois d’anagantios selon le calendrier de Coligny. C’est une fête de purification à la fin de l’hiver, liée à un culte de la fécondité. Brigit était une Grande Déesse, une déesse mère, façon Cybèle ou Astarté, ce qui la rend potentiellement assimilable à la Vierge. Et donc, est-on surpris de noter que la Sainte Brigitte se célèbre le 1er février ? certes non. Cette Brigitte là est une sainte irlandaise, patronne de l’Irlande. Mais c’est une Brigitte, elle est celte, et les dates collent…

La Chandeleur ouvre l’ère des festivités liées au carnaval, dont le rythme est différents selon les régions ; or, le Carnaval provient directement de la fêtes des Lupercales, une des fêtes de la fin de l’année religieuse romaine (en février). Encore une fois, rituel lié aux fins/débuts d’années.

Autre tradition (pyrénéenne) de ce 2 février : l’ours. Le jour de l’équinoxe de Printemps, donc de la Chandeleur, l’ours sort de la caverne dans laquelle il a hiberné ; il regarde la lune : si elle est blanche, c’est que le printemps n’est pas là ; il retourne donc dans sa caverne. Si la lune est noire, l’ours sait que le printemps est là, il sort de sa grotte et file se libérer les instestins, ce qu’il n’a pas fait durent tout l’hiver ; et à ce moment-là, il pète ; dans l’air ainsi libéré, se trouvent les âmes des morts et le souffle du printemps ; et c’est ce souffle qui va féconder les terres. Vous pouvez lire là une version école maternelle (sans le pet) du conte.

Oui, je sais, l’ours, ça surprend, mais l’ours est un incontournable de la mythologie et des civilisations anciennes. Impossible d’en dire plus sans déborder. Je n’ai cité que la tradition pyrénénne mais le monde indo européen est plein d’ours. En effet, l’ours, en Europe médiévale, était le roi des animaux (et non pas le lion).

Cette légende est populaire rejoint un vieux dicton : Si le soleil parait le jour de la Chandeleur, l’ours sort de sa tanière, il fait deux ou trois sauts et rentre dans son antre pour ne plus en sortir pendant 40 jours. Et cette fête de l’ours pyrénéenne se déroule justement le 2 ou le 3 février.

Mais dans certaines régions, ce n’est pas l’ours qui est associé aux festivités à cette date, mais le loup (en Lorraine). Dans d’autre cas encore, il s’agit d’un homme sauvage, non civilisé.

Le 3 février est la Saint Blaise. Or, aux côtés de tout une tradition de Saint Blaise de Sébaste, guérisseur de maux de gorge, on trouve d’autres traditions qui associent Saint Blaise à l’ours ; au souffle (le pet – Blasen signifie souffler en allemand).

Blaise pourrait aussi ne pas être uniquement le Saint Arménien dont la légende est très connue ; mais un héros ou dieu celte,, ou un druide aux pouvoirs mystérieux, que la vilaine Eglise chrétienne aurait combattu avec détermination.

En conclusion, on a deux traditions qui se perdent dans la nuit des temps et dont seuls des contes ou légendes gardent une trace : une fête de la fertilité, concernant une divinité féminine, en fin d’hiver, qui se purifie à ce moment clef entre l’hiver et le printemps ; et une tradition qui veut qu’un personnage sauvage, ayant hiberné, sorte à cette date, libérant un souffle fertilisant, ou bien retourne s’enfermer pour 40 jours. Le rythme a son importance dans cette fête : elle a lieu 40 jours après un évènement ; et un autre évènement (le printemps ou Pâques) peut survenir 40 jours après.

Les festivités chrétiennes : comment christianiser ces traditions ?

C’est là qu’on s’éclate.

1. L’ours hiberne 40 jours, et sort au bout de 40 jours, d’accord ? Or, une femme (la Vierge) après avoir accouché (du Christ) recommence à avoir un cycle menstruel au bout de 40 jours (un des noms que l’on donne aux règles est les ourses). Ergo, cette fête, le 2 février, est la fête de la Présentation de Jésus au Temple, ou de la Purification de la Vierge. CQFD.

2. Après le coup des ours, des 40 jours et de la Vierge, c’est de la petite bière de faire remarquer que fêter la Vierge le jour de la fête d’une Grande déesse celte permet une christianisation d’une divinité féminine sans douleur et sans froisser les susceptiblités paiennes. Marie ou Brigit, va-t-on chipoter ?

3. Pour enfoncer le clou, on place la Saint Blaise le lendemain (3 février), vu que l’ours Blaise, que l’on associera, avec détermination, au dieu gaulois Belenos, qui représente le soleil, sort à ce moment là, voir si l’hiber s’arrête ou continue.

4. Des fois que ça ne soit pas clair, Sainte Véronique est fêtée le 4 février. Sainte Véronique est la patronne des lingères depuis qu’elle a tendu un linge au Christ pour y essuyer son visage ensanglanté. Mais les lingères n’ont-elles pas bien du mal à effacer du linge le sang des règles (les ourses) chaque mois ? Donc, après la purification et le retour de couche de la Vierge, qui c’est qui bosse ? C’est Sainte Véronique. Elle est aussi patronne des femmes qui ont leurs règles. Et des photographes, aussi (à cause du visage du Christ qui s’imprime sur son linge blanc).

5. Et sainte Agathe le 5 février ? Eh oui. On lui a coupé les seins, la pauvre, ce qui en fait la patronne des nourrices. Je t’explique le lien entre le lait qui nourrit le bébé, le souffle fertilisateur de l’ours ou du dieu qui sort de sa caverne et les processions à la déesse de la fertilité ?

Tout ça n’est pas si chrétien, ma bonne dame, et il y a eu du reste des études sur la relative christianisation de la France : s’agit-il de foi chrétienne ou de christianisation de pratiques plus anciennes ? Et d’aillerus qu’est-ce que la foi ? Et qu’est-ce que la religion ?

C’est pas là maintenant tout de suite que je vais répondre, je citerai juste, très vite, p. 49 de ce livre, un extrait qui dit que le curé se sert des dévotions mariales pour discipliner les fêtes à Sainte Agathe, Saint Blaise ou autres qu’il ressent comme les véritables ennemis de la foi catholique (dans ce qu’elles ont de fondamentalement a-chrétien – on retrouve dans la littérature fantastique cette idée que la voile chrétien masque parfois fort mal des phénomènes religieux plus anciens , de préférence effrayants, si l’on veut que le cinéma américain les adapte).

Les coutumes :

Il a été coutume, au moins en Vendée, de processionner dans les champs à la lueur de flambeau : remplaçons le flambeau par une bougie et on en arrive aux cierges consacrés le 2 février en Vendée, ou ailleurs. Consacrer un cierge, ça ne mange pas de pain.

La tradition des crêpes est plus récente. Certes, on associe la crêpe au soleil (Blaise – Belenos), et précisément, à partir de l’ancien équinoxe de printemps, les jours devenaient plus longs et le soleil se mettait à briller plus longtemps chaque jour dans le ciel. Ça semble donc cohérent. Mais pourquoi pas une galette ? Une tarte au citron ?

D’autant que si on va par là, la crêpe peut aussi bien être associée à la lune, surtout avec l’histoire de l’ours.

La crêpe est une coutume locale, qui s’est répandue ultérieurement dans toute la France, peut-être tardivement. Dans la mesure où elle est mentionnée dans la Vendée historique, revue de 1906, on sait qu’elle se pratiquait en Vendée à cette époque (mais pas ailleurs, puisqu’elle est évoquée comme coutune vendéenne).

Or, en plus de la procession aux chandelles et des cierges bénis, la coutume vendéenne voulait que que l’on fasse des crêpes ce jour là, sous peine de voir toute la future récolte de blé cariée. La première crêpe est lancée dans la cheminée pour les farfadets. Ensuite, chacun voit virer sa crêpe, et toute crêpe bien virée assure le bonheur jusqu’à la Chandeleur suivante.

Donner la première crêpe aux farfadets (divinités mineurs mais chtoniennes, n’ayons pas peur des mots)  se rapproche des sacrifices animaux ou végétaux pour les dieux grecs ou égyptiens : on donne une petite part aux dieux, aux puissances qui se partagent le monde avec les hommes, de façon à ce qu’elles aient, ces puissances, une part de la récolte et ne s’en prennent pas à la récolte de l’année à venir.

Cette coutume s’est progressivement étendue à la France entière, et je parierais volontiers que le zèle des maîtresses d’école maternelle pour animer l’année avec des festivités cycliques n’y est pas étranger (je ne blague pas).

Et où voulais-je en venir ?

A l’origine, il s’agissait juste de chercher d’où venaient les crêpes, suite à l’achat d’une machine à crêpes, vu que nous sommes des furieux des crêpes à la maison. Affirmons-le sans crainte : la machine à crêpes, c’est chouette. Ça fait une semaine qu’on mange des crêpes tous les jours. Convivial et autrement plus sympa que de passer une heure toute seule dans la cuisine à préparer les crêpes d’avance.

Note : la crêpe n’est pas espagnole. J’ai eu du mal à trouver ma crêpière. En revanche, je l’ai trouvé dans un magasin qui vient de se faire racheter par une enseigne française d’électro ménager, célèbre pour son service après vente. J’ai demandé au vendeur s’ils allaient aussi mettre en place un service après vente. Enthousiaste, il m’a répondu : “La vente ne s’arrête pas à la porte. Une fois que le client est parti, c’est là que la relation commence“.

En quittant le magasin, le Chef m’a murmuré : “Eh bien, ça sent la semaine de formation, hein ?”

Voilà où me mènent les crêpes.

BNWZ

Quelques ressources bilbiographiques :

La Vendée historique, 1906, p. 56, disponible via Gallica)

Claude Gaignelet, A plus haut sens.

Le monde du carnaval, Daniel Fabre, Annales, Economies, Sociétés, Civilisations, 1976.

Ressources web de qualités diverses (mais corroborées par les ouvrages ci dessus, plus ou moins):

Le Pétassou de Trèves.

Une histoire de l’Ours Martin-Blaise.

Saint Blaise et le pet de l’ours.

La Chandeleur.

Bleiz- Blaise.

Saint Blaise et le pet de l’ours (un autre).