Montebourg balance, et ça fait mal

Comment Arnaud Montebourg réveille le PS.

Dressons le tableau de la situation pour mieux saisir.

Actuellement, au PS, on enregistre une légère baisse de régime, une sorte d’encroûtement. Il a été fascinant d’attendre que DSK se déclarât, mais face à son obstination à ne rien dire, on s’ennuie. Il a été très amusant d’observer François Hollande maigrissant à vue d’oeil – il faudrait arrêter, là, il fait peine – et de commenter sa montée dans les sondages, inversement propoportionnelle à sa perte de poids, mais une fois qu’on l’a dit, on en reste un peu là. Il a été très LOL de se demander si Ségolène remontera, ou pas, dans des sondages qui ne servent à rien, si ce n’est à faire parler les bavards – dont Fanette fait partie –  mais soyons franc : ça n’est pas sérieux.

En face, au moins, il se passe des trucs : MAM gaffe, et re-gaffe, dérape, dégringole, on la vire, Juppé arrive, le match Juppé-Fillon promet, ça permet de se drapper dans une dignité trouvée ça ou là, de s’indigner, d’expliquer, de défendre, bref, ça bouge.

Bref, on veut de l’action. Et au PS, ça ne bouge pas.

Mais voilà, donc, qu’Arnaud sauve la situation.

Avec un petit rapport croquignolet (en Pdf) sur une fédé socialiste, celle des Bouches-du-Rhône, par qui le scandale arrive ; il y en a bien eu une autre, celle de Frêche, mais une fois mort, on a vite jeté un voile pensif et déférent sur l’histrion, en se dépêchant de l’oublier. Alors que là, il s’agit de personnes qui sont bien vivantes, et qui réagissent, pour notre plus grand bonheur.

De quoi s’agit-il ?

Armaud Montebourg aurait remis en décembre à Martine Aubry un rapport critiquant la gestion de la Fédération PS des Bouches du Rhône. Il ne s’est rien passé. Il y a deux jours, le rapport a fuité. Le Point l’a rendu public. Montebourg jure ses grands dieux ne pas être à l’origine de la fuite. Mais alors, qui ?

Le rapport croustille délicieusement : une bonne odeur de scandale commence à se répandre. L’auteur ne mâche pas ses mots, c’est le moins que l’on puisse dire.

Un extrait, pour se faire une idée :

“Le Conseil général, machine à distribuer des postes d’élus ou d’employés, est utilisé comme instrument clientéliste, non pas aux fins de développer le parti, combattre la droite, faire  rayonner nos valeurs et notre idéal, mais tout au contraire à asseoir sans partage le pouvoir de  son président sur le parti, sur les autres collectivités locales, que ce soit l’agglomération marseillaise ou, jusques et y compris, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur.”

On en reveut ?

“Le contrôle sans limite de Jean-Noël Guérini sur le parti s’exerce par la mise en place systématique à la direction des sections marseillaises d’employés du Conseil général, substituant aux règles de pluralisme appartenant à la tradition du parti, celle d’un clientélisme féodal où la soumission et le culte du chef ont désormais cours : 13 des 18 secteurs marseillais sont directement contrôlés de cette façon.”

Bon. On saisit l’ambiance.

Certes, d’un point de vue purement technique, il eut été souhaitable d’adjoindre des preuves au document. Mais bon. Même en l’absence de preuves, et à conditions d’émettre toutes les réserves intellectuellement souhaitables, on peut gloser.

Emettons donc donc, solennellement, toutes les réserves souhaitables. Avec noblesse, retranchons-nous derrière la Justice, qui tranchera, et livrons nous à quelques observations.

Comment réagit la direction du PS ?

Tièdement.

Martine Aubry a tout d’abord commenté en ne réagissant pas.

François Lamy, bras droit de Martine a ensuite estimé que Montebourg “ferait mieux de faire campagne” pour les cantonales. Du reste, François Lamy dément qu’Arnaud ait remis son rapport en décembre. Personne n’en a entendu parler au PS. Le rapport n’a pas été reçu par Martine Aubry. Et tout d’un coup voilà que le rapport non rendu fuite. Suspens. Qui est le coupable ?

Ensuite, interrogée par le Point.fr, Martine Aubry n’utilise pas de pincettes : «Il n’y a rien dans ce rapport, pas un élément concret, précis, pas un fait», martèle-t-elle.

Les réactions : ça balance et ça s’offusque

L’argument fatal : Montebourg ferait le jeu de la droite.

Ce n’est pas de mauvaise guerre, car c’est lui qu’il le dit le premier, dans son rapport, et comme on sait, c’est celui qui le dit qu’y est.

Montebourg :

Chacun connaît l’entente notoire et quasi parfaite entre Jean-Claude Gaudin, le chef local de l’UMP, et Jean-Noël Guérini (….)comme s’il existait un partage des territoires entre le Conseil général et le Maire de Marseille.

Ambiance, toujours.

Du coup, forcément, Guérini contre attaque : La fédération PS des Bouches-du-Rhône soupçonne le député PS Arnaud Montebourg de “collusion avec la droite marseillaise” et se réserve le droit de demander son “exclusion” du PS si “la preuve est faite”, a déclaré aujourd’hui Jean-David Ciot, premier secrétaire fédéral, lit-on dans le Figaro. Qui jubile probablement.

Certains confirment, l’air de rien – on les soupçonne de jubiler itou

Comme Renaud Muselier, UMP : les intimidations et les menaces existent. Des intimidations ! des menaces ! Il ne manque que Delon et Belmondo.

Eva Joly et Laurence Vichnievsky y vont de leur commentaire, invitant le PS à faire le ménage. Doucereuses, non ?

Sinon, on a l’innocence bafouée, qui souffre, forcément

L’entourage de Jean-Noël Guérini est “en colère”. Sans surprise.

Mais le principal intéressé est frappé au coeur, on s’en doute : il en est malade : il a même porté plainte, mais porter plainte contre un socialiste, ça lui fait quelque chose. Subodorons que demain, la douleur fera place au dégoût, puis à la colère (lundi).

On en oublierait presque ceux qui font preuve de bon sens :

Comme Malek Boutih, aujourd’hui, qui, avec simplicité (si on la mesure à l’aune de la réaction de la direction du PS) réclame une commission d’enquête interne.

Dans ce post, qui considère que tout ce que dénonce Montebourg est de notoriété publique,  ce sont les commentaires qui sont intéressants : ils évoquent l’omerta locale sur le sujet.

Ici, le blogueur compare la situation avec celle de sa propre section, qui dénonça, en son temps, les pratiques de celle de l’Hérault : “Le suffrage universel n’est pas une lessiveuse destinée à blanchir les élus auteurs de délits éventuels.”

On sait très bien à qui profite la politique du tous pourri. D’où l’intérêt de balayer devant sa porte, et vivement. Pourquoi diable la reine Martine ne le fait-elle pas ?

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