Mohamed a toujours mal, vous savez, madame.

Mohamed. C’était un “terrible”, mais un terrible d’école française à l’étranger où les enfants sont faciles (surtout les locaux, parce qu’ils sont là par choix). Il était né avec de terribles malformations à la hanche et une jambe plus courte que l’autre, et, je ne sais dans quel contexte exact, avait subi nombre d’opérations très lourdes, bébé et enfant. On m’avait dit qu’inopérable en France (les médecins ne voulaient pas), il avait été opéré en Russie, mais il doit y avoir une part de déformation : peut-être était-ce que question de moyens financiers, ou bien le médecin tunisien avait des liens avec un médecin russe, je n’en sais rien.

Malgré ce qu’on aurait appelé en France son handicap, il vivait et se battait pour être un enfant normal – en fait, moi qui suis très ditraite, j’ai mis du temps à remarquer cette malformation, qui le faisait courir en crabe, mais qui ne l’empêchait pas de jouer au foot avec passion et d’y exceller (avec rage).

Parfois, en classe, il devenait gris, sous l’effet de la douleur. Je lui demandais s’il allait bien et s’il voulait sortir – il répondait non, invariablement, et me pressait, avec agacement, de continuer mon cours. Il souffrait, mais cela n’avait pas à empiéter sur le cours ordinaire de la classe. Il se contentait d’avoir mal, au fond de la classe, le regard dans le vide, le corps crispé sur sa chaise pas du tout adaptée à ce qu’il avait, tandis que je parlais en cherchant ma concentration, troublée par ce qui se passait devant moi : l’effort d’une volonté de 12 ans pour dominer une contingence, sans attendre ungeste ou un regard des autres.

– Cest normal, madame, me disaient ses camarades, c’est Mohammed. Il a toujours mal, vous savez.

Au bout d’un certain temps, son visage reprenait une couleur normale, la lumière revenait dans ses yeux et il était à nouveau avec nous.

Prenons garde au vocabulaire : Mohamed voulait et ETAIT un enfant comme les autres, dominant, par la force de sa volonté, ce que nous appellerions une “pathologie” douloureuse dont ni lui, ni son père, ni ses amis ne voulaient aprler aprce que c’était son problème.

Il était intelligent et brillant, mais brouillon et parfois très, très (TRES) dissipé. En ce qui me concerne, j’ai généralement beaucoup de succès avec les élèves dissipés, soit parce qu’ils sont intelligents et que je suis toujours impressionnée par l’intelligence, soit parce que ce sont des emmerdeurs et que j’adore les emmerdeurs (à condition qu’ils me laissent faire mon boulot). Ça ne dégénère donc jamais avec eux, je blague, les calme, tout se passe bien. Mohamed n’était pas un emmerdeur, juste un agité trop rigolard, et un associé du leader de la classe, sans pitié avec ceux qui ne faisaient pas partie du groupe.

Bref, il y a 15 minutes, je prends un livre et cette lettre en tombe, écrite par Mohamed.

Bon, alors le “pratiquement tout le monde a de bonnes notes” – la classe, une cinquième, était excellente – l’autre cinquième aussi du reste (il s’agissait d’une seule classe, dédoublée à l’entrée en sixième)…. Je vous rassure, des parents allaient se plaindre que j’étais une brute dans ma notation dans d’autres classes (nan mais oh je ne suis pas gentille, moi).

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“nosostros al sol”

Hier soir, Puerta del Sol, soudain, grosse émotion, applaudissements…

Que se passe-t-il ?

C’est que deux “indignés” ont grimpé là haut, sur le toit de l’immeuble Tio Pepe…

Nosotros al sol

Et ils déploient une banderolle…

La foule crie, applaudit, photographie….

L’ambiance est tranquille et bon enfant.

Aujord’hui, samedi 21 mai 2011, veille élective, les indignés ont gagné, s’il n’y a pas de trouble, la police les laissera sur place….

L’Espagne fait-elle sa révolution arabe ?

La commission électorale espagnole s’est prononcé jeudi soir, vers minuit (nous sommes bien en Espagne), après 8 heures de délibération et un vote : les manifestations et campements sur les places publiques qui se déroulent en ce moment dans plus de 70 villes espagnoles, dont Madrid, seront interdites samedi et dimanche, veille et jour d’élections. Mais certains manifestants, à Sol (Madrid), par exemple, ont annoncé leur intention de ne pas respecter l’interdiction.
Le mouvement de protestation sociale, commencé dimanche, dans l’indifférence médiatique la plus totale, tant les médias locaux sont accoutumés à la faible politisation des Espagnols, ne faiblit pas. Il a été initié par Democracia real Ya (démocratie réelle maintenant), et a jeté dans les rues des villes espagnoles des jeunes et des moins jeunes, lassés, furieux, indignés, rameutés via les réseaux sociaux et blogs mais aussi par des réunions IRL.

Ils se dissent lassés de la politiques et des politiciens, du chômage, écoeurés d’être la génération la mieux formés d’Espagne et de se retrouver confrontés à un chômage dramatique (43% des moins de 25 ans sont au chômage, imagine-t-on cela ?).
Des manifestations du même type ont essaimé dans une dizaine, puis une cinquantaine de ville, et maintenant c’est près de 70 villes qui sont touchées : Barcelone, Valence, Bilbao, Vigo, Grenade mais aussi Saint-Jacques de Compostelle et aux Baléares.
Après la grande manifestation de dimanche 15 mai, des jeunes ont poursuivi l’action en “campant” pacifiquement sur les places principales d’un certain nombre de villes.
Les autorités, cependant, n’ont guère apprécié. Le “camping” a été interdit.
A Madrid, les campeurs de la Puerta del Sol ont été évacués manu militari mardi matin.
Qu’à cela ne tienne : ils sont revenus dès le soir. Et pas seuls : sont venus également de nombreux sympathisants. Cette fois la police ne les a pas délogé. A mains levées, ils ont voté et décidé de rester camper sur place une nouvelle nuit.
Une nouvelle nuit, et puis une autre. Et ainsi de suite dans toute l’Espagne.

Résultat : quelques 70 villes ont du faire face à des campements imprévus, mêlant manifestants anti système, jeunes chômeurs désireux, au contraire, de renter dans le système, et sympathisants. Les Municipalités ont pris des décisions contradictoires, interdisant les manifestations ici, les autorisant là…
C’est pourquoi la commission électorale centrale a du trancher et interdisant purement et simplement les rassemblement “de nature à troubler le vote”.
Aujourd’hui, vendredi, les “campeurs” ne sont pas encore dans l’illégalité, mais demain, samedi, ils le seront.
Cependant, les campeurs de la Puerta del Sol affirment que personne n’est venu leur dire de quitter les lieux, et qu’en outre, ils ne comptent pas influer sur le vote de dimanche. Au contraire, ils se refusent à créer un parti politique et veulent simplement plus de justice sociale et et politique. Ils comptent sur une mobilisation encore plus massive dans le courant de l’après midi de ce vendredi.
Il faut noter que la zone du campement est soigneusement et régulièrement nettoyée et que de très nombreux panneaux avertissent qu’il est interdit de boire de l’alcool sur la zone du campement, pour que celui-ci ne se transforme pas en tripot.

La situation est maintenant entre les mains du Ministre de l’Intérieur, Alfredo Pérez Rubalcaba : pour l’instant, il se refuse à expliquer aux journalistes comment la police fera respecter, demain samedi, la décision de la commission électorale. Mais il n’en a pas moins interrompu sa campagne électorale pour se rendre au Ministère de l’Intérieur….

Affaire DSK, jour 1 : les réactions

Une gauche assommée, une droite pas mécontente, le gouvernement qui ne commente pas, c’est, à peu près, le bilan de la journée après l’annonce, dès le matin, de l’arrestation puis l’inculpation de Dominique Strauss-Kahn, pour tentative de viol et agression sexuelle sur une femme de chambre du Sofitel de New York.

Seules deux voix, pour l’instant, rompent l’état de choc du monde politique et estiment qu’il s’agit d’un complot ou d’un piège.

Pour Christine Boutin, c’est «un piège» tendu à DSK. «C’est une véritable bombe politique pour la politique intérieure, mais aussi sur le plan international. Il peut y avoir beaucoup d’origines à ce piège. Ça peut venir du FMI, ça peut venir de la droite française, ça peut venir de la gauche française. Mais si c’est le cas, jouer avec l’image de la France comme cela n’est pas acceptable».

Pour la strauss-kahnienne Michelle Sabban, vice-présidente du Conseil régional d’Ile-de-France, c’est tout simplement “un complot international”. “C’est le FMI qu’on a voulu décapiter et pas tant le candidat à la primaire socialiste. C’est l’homme le plus puissant après Obama”. Pour elle, “c’est une nouvelle forme d’attentat politique”.

Les autres personnalités politiques de gauche qui se sont exprimées sont plus ou moins abasourdies :

Le député PS de Paris Jean-Marie Le Guen, strauss-kahnien notoire, estime que «cette affaire ne ressemble en rien à DSK et suggère de “se garder de toute conclusion avant que Dominique Strauss-Kahn ne se soit exprimé”. Autre strauss-kahnien, Jean-Christophe Cambadélis, sur son blog, ne veut ni ne peut «tirer de conclusions hâtives» de cette affaire.

Même son de cloche chez les socialistes dans leur ensemble : Martine Aubry : «Les nouvelles qui nous parviennent de New York depuis cette nuit sonnent à l’évidence comme un coup de tonnerre. J’en appelle à chacun à attendre la réalité des faits et à respecter la présomption d’innocence, à tous à garder la décence nécessaire».

François Hollande : «Je pense d’abord à lui, Dominique Strauss-Kahn, à ses proches, à ses amis socialistes qui apprennent cet événement sans le comprendre mais en le mesurant, et puis aussi aux Français qui en se levant ce matin entendent à la radio cette information».

Pour Ségolène Royal, c’est «une nouvelle bouleversante à propos de laquelle tout reste à vérifier». «DSK a droit comme tout citoyen à la présomption d’innocence tant que les faits ne sont pas prouvés. Ma pensée en cet instant va à sa famille, à ses proches et aussi à l’homme qui traverse cette épreuve».

Jean-Luc Mélenchon, «consterné»,  appelle «à la retenue» et à ne «pas juger avant de savoir».

Le gouvernement français a invité à «une extraordinaire prudence» par la voix de François Baroin. «La position du gouvernement français respecte deux principes simples : celui d’une procédure judiciaire en cours sous l’autorité de la justice américaine (…) et puis le respect de la présomption d’innocence».

Mais hors du gouvernement, les mots sont plus durs :

Pour Bernard Debré, député UMP de Paris, DSK est un «homme peu recommandable» : «C’est humilier la France que d’avoir un homme qui soit comme lui, qui se vautre dans le sexe et ça se sait depuis fort longtemps. Il est totalement déconsidéré, déjà il se vautrait dans le bling-bling, on l’avait vu dans les journaux, maintenant il se vautre dans le sexe, c’est inacceptable. Bien sûr il y a la présomption d’innocence, mais bon quand même, vous croyez que la police serait venue le chercher dans l’avion d’Air France, un homme comme lui ? Je trouve cela misérable et humiliant pour notre pays.

Pour Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, «décidément, l’ex-futur candidat socialiste à la présidence défraie la chronique. Réelle ou fausse, cette nouvelle affaire privée concernant le directeur du FMI le met hors course avant même les élections primaires du Parti socialiste et surtout discrédite la France au plan international».

Au centre, des points de vue plus soft :

Dominique Paillé, du Parti radical,  se dit surpris : «C’est pour moi totalement hallucinant. Si cela était avéré, ça serait un moment historique, mais dans le sens négatif du terme, pour la vie politique française parce que ça voudrait dire que des candidats potentiels à la magistrature suprême ne pourraient en aucune circonstance tenir leurs pulsions. Vous imaginez bien les dégâts que cela pourrait provoquer. Il est tout à fait envisageable qu’il puisse être tombé sur une peau de banane qu’on lui aurait mise sous la chaussure. S’il est tombé sur cette peau de banane c’est qu’on savait qu’il avait une vulnérabilité. Et quand on s’apprête à être candidat à la candidature à la présidence de la République française, on se met à l’abri de telles vulnérabilités».

Le président du Nouveau Centre, Hervé Morin, se refuse à participer «à la curée» et rappelle que le patron du FMI bénéficie «de la présomption d’innocence».

Pour François Bayrou, cette inculpation est quelque chose «de confondant, navrant et infiniment troublant». «Si les faits sont vérifiés, ce sont des comportements dégradants à l’égard de cette jeune femme et des femmes en général et j’imagine que beaucoup d’entre elles en seront blessées».

Evidemment, à l’extrême-droite, on enfonce le clou : pour Marine Le Pen, DSK est «définitivement discrédité comme candidat à la plus haute fonction de l’Etat. Les faits qui sont reprochés à Dominique Strauss-Kahn, s’ils sont avérés, sont d’une très grande gravité. D’autant qu’il n’est pas impossible que des paroles se libèrent. Tout Paris, le Paris journalistique, le Paris politique, bruissent depuis des mois des rapports légèrement pathologiques que M. Strauss-Kahn semble entretenir à l’égard des femmes. J’en ai moi même été un peu victime dans un duel avec lui où il avait été extrêmement déplacé dans ses propos».

Le Parti Radical quittera-t-il, ce week end, le giron protecteur de l’UMP ?

Ce week end, lors du 111ème Congrès du Parti Radical, ce sera l’instant de vérité pour ce dernier et du même coup, pour la Confédération centriste : soit le plus vieux parti de France rentre dans la Confédération des Centres, nouvelle formation réunissant les Radicaux et les centristes de la majorité, soit il demeure à l’UMP.

A l’UMP, on a bien sûr tout mis en œuvre pour éviter la sécession : Jean-François Copé, patron de l’UMP, et Nicolas Sarkozy se sont fréquemment entretenus avec plusieurs députés proches de Jean-Louis Borloo, pour les convaincre de pas quitter le parti.

Ça n’a pas du être très difficile : à part Yves Jego, Jean-Louis Borloo et Rama Yade, ils sont peu nombreux au Parti radical à vouloir réellement rompre avec l’UMP. On les comprend : ils ont besoin du soutien financier de l’UMP pour leur campagne, et d’alliances politiques en vue des législatives de juin 2012.

Hervé Morin a déjà balisé le terrain : après reconnu prudemment jeudi “que certains députés du Parti radical souhaitent avoir du temps” avant de quitter l’UMP, il a ajouté que les statuts de la Confédération des centres permettaient cette double allégeance : comme c’est commode.

Cependant Hervé Morin tient à être clair : la remarquable plasticité de ces statuts n’a pas pour but de préserver une illusoire Confédération des Centres. Absolument pas : “La question, c’est pas des questions de cuisine, de boutique. Ce que nous essayons de faire avec Jean-Louis Borloo, c’est de créer une dynamique pour être une alternative au sein de la majorité. Nous voulons en quelque sorte reconstruire cette famille politique du centre et du centre droit”.

Reconstruire la famille du centre et du centre droit doit n’implique donc pas, selon lui, que le Parti Radical ait l’obligation de se séparer du grand frère de droite.

Le député radical Jean Leonetti est bien d’accord avec lui : “une majorité de parlementaires radicaux ne souhaitaient pas quitter le groupe parlementaire UMP et l’étiquette sous laquelle ils ont été élus. On a eu des discussions pour faire converger nos points de vue et il se dessine un consensus sur le fait d’honorer le contrat qui nous lie à l’UMP jusqu’en 2012”. Pas de cuisine électorale, là encore : mais une question d’honneur.

Quant au numéro deux du Parti radical, Laurent Hénart, il estime que le congrès de ce week-end serait l’occasion de “donner le préavis” de départ de l’UMP pour 2012.

Tout ceci est bien ennuyeux pour la Confédération des Centres, dont les contours nébuleux semblent déjà se dissiper.

Jean Arthuis, président de l’Alliance centriste, a parfaitement senti le vent tourner et ne cherche pas à entretenir l’illusion : au Conseil national du Nouveau centre samedi dernier, où on l’attendait pour un discours, en compagnie de tout le Gotha centriste, Jean-Marie Bockel (Gauche moderne), Hervé de Charrette (Convention démocrate), Jean-Louis Borloo et Hervé Morin, il n’est pas venu. Pour raison personnelles. Et il ne viendra pas dimanche non plus, lors du congrès du Parti radical : il a du boulot dans son département.

Et quand le Point l’interroge : “Je suis favorable à un rassemblement de tous les centristes, mais à trois conditions : l’indépendance politique, être résolument au centre et enfin ne jeter aucune exclusive”, dit-il . De Jean-Louis Borloo, il attend “des actes” et doute qu’il aille “jusqu’au bout”.

On souhaite bien du courage aux promoteurs de la Confédération centriste.