Affaire DSK, jour 1 : les réactions

Une gauche assommée, une droite pas mécontente, le gouvernement qui ne commente pas, c’est, à peu près, le bilan de la journée après l’annonce, dès le matin, de l’arrestation puis l’inculpation de Dominique Strauss-Kahn, pour tentative de viol et agression sexuelle sur une femme de chambre du Sofitel de New York.

Seules deux voix, pour l’instant, rompent l’état de choc du monde politique et estiment qu’il s’agit d’un complot ou d’un piège.

Pour Christine Boutin, c’est «un piège» tendu à DSK. «C’est une véritable bombe politique pour la politique intérieure, mais aussi sur le plan international. Il peut y avoir beaucoup d’origines à ce piège. Ça peut venir du FMI, ça peut venir de la droite française, ça peut venir de la gauche française. Mais si c’est le cas, jouer avec l’image de la France comme cela n’est pas acceptable».

Pour la strauss-kahnienne Michelle Sabban, vice-présidente du Conseil régional d’Ile-de-France, c’est tout simplement “un complot international”. “C’est le FMI qu’on a voulu décapiter et pas tant le candidat à la primaire socialiste. C’est l’homme le plus puissant après Obama”. Pour elle, “c’est une nouvelle forme d’attentat politique”.

Les autres personnalités politiques de gauche qui se sont exprimées sont plus ou moins abasourdies :

Le député PS de Paris Jean-Marie Le Guen, strauss-kahnien notoire, estime que «cette affaire ne ressemble en rien à DSK et suggère de “se garder de toute conclusion avant que Dominique Strauss-Kahn ne se soit exprimé”. Autre strauss-kahnien, Jean-Christophe Cambadélis, sur son blog, ne veut ni ne peut «tirer de conclusions hâtives» de cette affaire.

Même son de cloche chez les socialistes dans leur ensemble : Martine Aubry : «Les nouvelles qui nous parviennent de New York depuis cette nuit sonnent à l’évidence comme un coup de tonnerre. J’en appelle à chacun à attendre la réalité des faits et à respecter la présomption d’innocence, à tous à garder la décence nécessaire».

François Hollande : «Je pense d’abord à lui, Dominique Strauss-Kahn, à ses proches, à ses amis socialistes qui apprennent cet événement sans le comprendre mais en le mesurant, et puis aussi aux Français qui en se levant ce matin entendent à la radio cette information».

Pour Ségolène Royal, c’est «une nouvelle bouleversante à propos de laquelle tout reste à vérifier». «DSK a droit comme tout citoyen à la présomption d’innocence tant que les faits ne sont pas prouvés. Ma pensée en cet instant va à sa famille, à ses proches et aussi à l’homme qui traverse cette épreuve».

Jean-Luc Mélenchon, «consterné»,  appelle «à la retenue» et à ne «pas juger avant de savoir».

Le gouvernement français a invité à «une extraordinaire prudence» par la voix de François Baroin. «La position du gouvernement français respecte deux principes simples : celui d’une procédure judiciaire en cours sous l’autorité de la justice américaine (…) et puis le respect de la présomption d’innocence».

Mais hors du gouvernement, les mots sont plus durs :

Pour Bernard Debré, député UMP de Paris, DSK est un «homme peu recommandable» : «C’est humilier la France que d’avoir un homme qui soit comme lui, qui se vautre dans le sexe et ça se sait depuis fort longtemps. Il est totalement déconsidéré, déjà il se vautrait dans le bling-bling, on l’avait vu dans les journaux, maintenant il se vautre dans le sexe, c’est inacceptable. Bien sûr il y a la présomption d’innocence, mais bon quand même, vous croyez que la police serait venue le chercher dans l’avion d’Air France, un homme comme lui ? Je trouve cela misérable et humiliant pour notre pays.

Pour Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, «décidément, l’ex-futur candidat socialiste à la présidence défraie la chronique. Réelle ou fausse, cette nouvelle affaire privée concernant le directeur du FMI le met hors course avant même les élections primaires du Parti socialiste et surtout discrédite la France au plan international».

Au centre, des points de vue plus soft :

Dominique Paillé, du Parti radical,  se dit surpris : «C’est pour moi totalement hallucinant. Si cela était avéré, ça serait un moment historique, mais dans le sens négatif du terme, pour la vie politique française parce que ça voudrait dire que des candidats potentiels à la magistrature suprême ne pourraient en aucune circonstance tenir leurs pulsions. Vous imaginez bien les dégâts que cela pourrait provoquer. Il est tout à fait envisageable qu’il puisse être tombé sur une peau de banane qu’on lui aurait mise sous la chaussure. S’il est tombé sur cette peau de banane c’est qu’on savait qu’il avait une vulnérabilité. Et quand on s’apprête à être candidat à la candidature à la présidence de la République française, on se met à l’abri de telles vulnérabilités».

Le président du Nouveau Centre, Hervé Morin, se refuse à participer «à la curée» et rappelle que le patron du FMI bénéficie «de la présomption d’innocence».

Pour François Bayrou, cette inculpation est quelque chose «de confondant, navrant et infiniment troublant». «Si les faits sont vérifiés, ce sont des comportements dégradants à l’égard de cette jeune femme et des femmes en général et j’imagine que beaucoup d’entre elles en seront blessées».

Evidemment, à l’extrême-droite, on enfonce le clou : pour Marine Le Pen, DSK est «définitivement discrédité comme candidat à la plus haute fonction de l’Etat. Les faits qui sont reprochés à Dominique Strauss-Kahn, s’ils sont avérés, sont d’une très grande gravité. D’autant qu’il n’est pas impossible que des paroles se libèrent. Tout Paris, le Paris journalistique, le Paris politique, bruissent depuis des mois des rapports légèrement pathologiques que M. Strauss-Kahn semble entretenir à l’égard des femmes. J’en ai moi même été un peu victime dans un duel avec lui où il avait été extrêmement déplacé dans ses propos».

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2 thoughts on “Affaire DSK, jour 1 : les réactions

  1. Ce qui me frappe le plus dans cette histoire c’est que l’on manifeste en France que très peu de compassion pour la victime. J’ai entendu quelques réactions dans ce sens aujourd’hui seulement et elles restent rares. De même que DSK a droit à la présomption d’innocence, la femme de chambre a droit à la présomption de victime.

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