Comment Marine Le Pen réussit à rassembler presque 20 % d’intentions de vote…

Vous reprendrez bien un peu de sondages ? Mais comment donc.

 

 

Le dernier en date a été réalisé par téléphone auprès d’à peu près 1000 personnes. Ce qui me semble un petit peu mieux que via internet, mais 1000 personnes… J’imagine la salle d’où ont été passés les appels, les petites cases téléphoniques et les étudiants (ou pas) dans leurs petites cases en train de poser les questions à des personnes contactées par téléphone et qui n’ont qu’une seule envie : raccrocher.

 

Quoiqu’il en soit, le seul truc qui m’intéresse, ce sont les intentions de votes de ces 1000 personnes, représentatives ou non. Qu’est-ce que nous dit ce sondage là ?

 

Tous les écarts s’atténuent : Hollande baisse, Sarkozy reste stable, Le Pen monte : ça nous fait donc un tiercé de plus en plus équilibré, avec Hollande 29 % d’intentions de votes, Sarkozy 26% et Le Pen 19 %.

 

19 % des 1000 personnes interrogées sont donc prêts à voter Marine Le Pen au premier tour, ce qui tout à la fois m’accable et ne me surprend pas. Pourquoi ?

 

Marine Le Pen a très habilement tourné son discours vers le social, et ne se cantonne pas à déplorer l’augmentation du nombre d’immigrés en France, pas plus qu’elle n’insiste trop lourdement sur le retour aux valeurs traditionnelles. Finie, l’image épouvantail d’un FN facho-pétainiste. Marine Le Pen parle aux français de ce qui les touche, et ça fonctionne. Du coup, elle peut récupérer des votes d’un peu partout.

 

Chez les ouvriers, par exemple. On peut être surpris que ceux-ci ne votent pas à gauche. Mais le vote ouvrier de gauche est un mythe. Dès la fin des années 1970, bien avant que la gauche n’accède au pouvoir, les ouvriers ont progressivement cessé de voter pour le PS. Il y a eu une évolution. Juste après la Seconde Guerre Mondiale, les ouvriers vivaient dans un monde où le Parti communiste, fort de sa participation à la Résistance, jouait un rôle prépondérant, dans le cadre de conflits sociaux majeurs, avec des enjeux économiques énormes, dans une France encore relativement industrielle. Au contraire, les ouvriers des années 1980-1990 ont toujours connu Jean-Marie Le Pen, avec la question de l’immigration au centre du débat public.

 

En outre, la crise économique est passée par là, avec les échecs successifs des partis modérés sur la question du chômage. Enfin, la part des ouvriers dans la population active est inférieure à celle des employés et les ouvriers travaillant dans le secteur tertiaire est supérieure à celle des ouvriers travaillant dans le secteur secondaire. “ La classe ouvrière est désormais disséminée dans les rouages de la société de services et non plus soudée au cœur du système industriel ” (E. Maurin, Sciences humaines n°136, mars 2003).

 

En 2007, 32% des ouvriers et 16% des employés (le vote populaire, donc) ont voté Nicolas Sarkozy au premier tour puis il a été majoritaire dans les deux électorats au second (52% et 55%). Or, aujourd’hui, la déception des ouvriers à l’égard de Nicolas Sarkozy est immense, les votes se répartiront donc entre Hollande (plus de 60%) et Marine Le Pen. Même chose ou à peu près pour les employés. Ce sont donc bien ces catégories “populaires” qui feront la différence.

 

Non pas pour des raisons identitaires, mais sociologiques : les ouvriers et les employés se classent eux-mêmes dans… “les classes moyennes”. Ils ne se considèrent pas comme défavorisés, ils attendent au contraire considération et compréhension de la part des hommes politiques : or, il est peu probable qu’ils la trouvent auprès d’une UMP qui donne l’impression d’être déconnectée de la réalité (par exemple, lorsque Christian Estrosi parle du Fouquet’s comme d’une brasserie populaire…. même s’il explique ensuite qu’il voulait dire “réputée” ou “célèbre” par ce mot et qu’il a été sorti de son contexte). Au fond, c’est encore et toujours le Fouquets, la Rolex et le bling bling qui pèse sur Nicolas Sarkozy, malgré tous les efforts indéniables qu’il a fait pour chasser cette image.

 

La considération et l’écoute, ces catégories les trouvent soit à gauche, de façon assez logique, soit à droite, puisque Marine Le Pen a l’habilité de leur parler leur vie quotidienne avec empathie…

 

Et voilà comme on se retrouve avec une Marine Le Pen a presque 20 % d’intentions de vote dans les sondages.

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