Pourquoi Cheval sur Oiseau multiplié par Rossini sur Solsido est égal à 3.14

No comment.

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Les tribulations de Cindy Sander

Faut-il présenter Cindy Sander ? Cette starlette de la téléréalité, blonde, rose et ronde, dont la gloire médiatique provient de son élimination du casting de la Nouvelle Star, et qui a commis une chanson dont le titre vaut au moins autant que la mélodie, les paroles et le clip réunis : “Papillon de Lumière” (tout ça en 2008).

Ensuite, il y eut comme une éclipse du phénomène Cindy Sanders. Le problème, c’est qu’on est tout de même dans le second degré, avec Cindy Sanders. Elle est à la fois tellement kitsch et tellement sûre d’elle que l’on en reste pantois. Et, en même temps, puisque Céline Dion, pourquoi pas Cindy Sander ? (après tout).

En tout cas, depuis cet hiver, on parle à nouveau de CIndy Sander, preuve de sa combativité. Elle a perdu 17 kilos et a changé de coiffure. Depuis janvier, elle participe à une nouvelle émission de téléréalité, “les Anges de la téléréalité”, qui consiste à réunir des stars de la téléréalité pour leur permettre de devenir des stars aux Etats-Unis. Une sorte de pain perdu de la téléréalité, le recyclage de peoples téléréels.

Donc, Cindy est en piste pour devenir une star de la chanson aux USA. Pour ce faire, son producteur lui a proposé d’interpréter un titre écrit initialement pour Johnny, “Les mots d’amour”.

Visiblement, le lancement du produit (de ce côté-ci de l’Atlantique) consistait à axer la comm sur le concept : Cindy pique un titre à Johnny et l’enregistre dans le studio où Michael Jackson a enregistré we are the world.

Ce qui nous vaut des titres de mag people dans le genre : Cindy Sander : “J’ai piqué le single de Johnny !” – Cindy Sander … elle hérite d’une chanson destinée à Johnny Hallyday – Cindy Sander : elle a piqué une chanson à Johnny Hallyday – Cindy Sander sur les pas de Johnny Hallyday avec son nouveau single !

On voit l’idée.

Mais le plan comm est en deux étapes. Nous sommes maintenant à la seconde.

La deuxième étape du plan comm est la suivante : En fait, le single chanté par Cindy a été chanté déjà par un chanteur suisse, Nick le Juge[, sorte de Cindy Sander masculin, ainsi nommé parce qu’avant d’être chanteur, il était juge]. Et il n’aurait pas été écrit du tout pour Johnny.

Donc ça permet les développement suivants : Cindy Sander s’est fait arnaquer – Cindy Sander s’est-elle fait arnaquer ? – Cindy Sander accusée de plagiat – Cindy sander : non, je n’ai pas volé ce titre.
Question : comment cette sorte de people fait-elle pour se retrouver systématiquement dans des affaires aussi navrantes ? Ils planifient tout avant ? Ils sont entourés d’escrocs ? Ils sont complètement abrutis ?

(ne vous méprenez pas : je suis fascinée par Cindy, comme par Loana et Michaël Vendetta).

En bonus, une interview de Cindy… Elle ne veut plus être une petite fille sage, mais une femme. Elle ne compte pas sur le charme pour signer des contrat, car elle est une personne très simple. Elle s’est retrouvée mentalement et physiquement. Et si les Français critiquent la Nouvelle Cindy Sander, ils critiquent les pro qui l’ont conçue. Et qu’on ne lui parle plus de casting, ah non. Elle a joué le jeu, elle s’est servi des médias et ils se sont servi d’elle, elle est très maligne, plus qu’on ne le croit.

Aller ou ne pas aller voir Tron Legacy… ?

Contexte : un dimanche pluvieux et deux enfants à occuper. Vu sous cet angle, tout va bien, ils ont adoré. Moi, ça va, je suis un public de bonne volonté. Je n’attendais pas le chef d’oeuvre. Déception zéro.

 

Un film globalement inintéressant.

L’acteur principal n’a aucun charisme. il a l’air plutôt sympa, propre, mais on n’accroche vraiment pas. Il n’est même pas criticable, plutôt transparent.

Jeff Bridge est peu intéressant, quoique pas franchement mauvais.

Le scénario est mou. On saisit bien que le papa a dit aurevoir à son fiston, et n’est jamais revenu. Traumatisme probable. Du coup, le fils le cherche. Et il le trouve : il s’est transformé en programme d’ordinateur. Sauf qu’il y en a deux, un méchant programme vaguement dictatorial et le papa. Lequel a sombré dans la méditation New Age / Zen.

Le méchant programme est tellement dictatorial qu’il a exterminé des êtres bizarres, mi humains mi virtuels.  Oui oui exterminé. On a pas peur du point Godwin. Les gentils et les méchants se battent dans un vertige de lignes lumineuses. Devinez qui gagne ?
Quelques qualités :

La bande son (Daft Punk) est formidable, et pourtant, ça n’est pas ma tasse de thé. Du coup, le film ressemble à un clip trop long.

Deux personnages intéressants, pas un de plus, à signaler. Pas le fils, pas le père, pas le méchant. Castor, propriétaire d’une boîte de nuit, qui fait une trop brève apparition.  Son personnage est totalement insolite, on se prend à se demander ce que le film aurait pu être si le personnage avait été développé. Et Quorra, qui vient animer un peu l’histoire, mais à peine (les scénaristes ne se sont pas foulés pour elle).

Les effets visuels, de qualité, ne perdent de la valeur qu’en raison de la platitude du film. Si celui-ci avait été plus travaillé, les effets s’apprécieraient plus.
Conclusion :

Je ne sais pas. Je suis toujours contente de voir un film de SF, même raté… Alors ? Si vous avez deux enfants bon public à occuper, allez-y (fonctionne aussi avec trois enfants). Je ne m’avancerai pas au delà.

Des crêpes et de la Chandeleur

Hier, c’était la Chandeleur. S’il y a bien quelque chose de fascinant, c’est de chercher à savoir d’où viennent les fêtes religieuses, sous leur tranquille apparence chrétienne. Ah, si j’étais à Paris, je pourrais passer mon temps à sainte Geneviève. Mais je n’y suis pas. Heureusement, on trouve quand même deux trois trucs sur internet.. pas toujours très digne de confiance, mais après tout, lançons-nous.

Ce post est dédié à Chouyo… qui comprendra, je pense, que je me suis bien amusée en farfouillant sur le net.

Cher lecteur, qu’est-ce que la Chandeleur ?

Comme nombre de fête chrétienne, c’est une fête païenne christianisée.

Il faut y voir le désir des premiers pères de l’Eglise de christianiser toutes les manifestations de religiosité populaire, souvent plus proches de la superstition que de la foi. A mettre en parallèle avec la façon dont les Romains absorbaient les religions des autres (ils sont tombés finalement sur une méta-religion qui a absorbé toutes les autres en les fondant en une seule). Ces fêtes christianisées ont toutes un sens, une origine : au delà de l’origine romaine, on peut remonter encore plus loin dans le temps. On christianise localement, en fonction de ce qui est fêté ici ou là : ce qui m’intéresse est la Chandeleur française.

La Chandeleur serait une fête en relation avec l’équinoxe de printemps : les deux équinoxes sont les deux jours de l’année durant lesquels le soleil est exactement au zénith à midi et durant lesquels les jours ont exactement la même durée que les nuits. On observera que l’équinoxe n’a pas lieu le 2 février, mais le 20 ou le 21 mars. Mais l’origine de la célébration est très ancienne, et cette date au début de mois de février s’expliquerait par l’ancienne date (ou plutôt période) de l’équinoxe astrologique. Il faut donc distinguer les festivités et coutumes liées à cette période, et le phénomène cosmique, qui se sont décalés l’un de l’autre, en l’absence d’un comput précis.

Le nom de la Chandeleur évoque les Chandelles : la chandeleur est la festa candelarum. Mais je n’ai pas su trouver si cette festa candelorum est romaine ou celtique.

La période de la fête : c’est une période de fin et de renouveau. L’hiver va sur sa fin, le printemps approche ; les jours ont recommencé à rallonger et les nuits sont plus courtes ; dans la sociéte agricole traditionnelle, les semailles se préparent.

Les festivités préchrétiennes : La fête celte d’Imbolc, fête de fertilité, au sortir de l’hiver, en l’honneur de la désse Brigit était célébrée le 1er février de notre calendrier, soit au début du mois d’anagantios selon le calendrier de Coligny. C’est une fête de purification à la fin de l’hiver, liée à un culte de la fécondité. Brigit était une Grande Déesse, une déesse mère, façon Cybèle ou Astarté, ce qui la rend potentiellement assimilable à la Vierge. Et donc, est-on surpris de noter que la Sainte Brigitte se célèbre le 1er février ? certes non. Cette Brigitte là est une sainte irlandaise, patronne de l’Irlande. Mais c’est une Brigitte, elle est celte, et les dates collent…

La Chandeleur ouvre l’ère des festivités liées au carnaval, dont le rythme est différents selon les régions ; or, le Carnaval provient directement de la fêtes des Lupercales, une des fêtes de la fin de l’année religieuse romaine (en février). Encore une fois, rituel lié aux fins/débuts d’années.

Autre tradition (pyrénéenne) de ce 2 février : l’ours. Le jour de l’équinoxe de Printemps, donc de la Chandeleur, l’ours sort de la caverne dans laquelle il a hiberné ; il regarde la lune : si elle est blanche, c’est que le printemps n’est pas là ; il retourne donc dans sa caverne. Si la lune est noire, l’ours sait que le printemps est là, il sort de sa grotte et file se libérer les instestins, ce qu’il n’a pas fait durent tout l’hiver ; et à ce moment-là, il pète ; dans l’air ainsi libéré, se trouvent les âmes des morts et le souffle du printemps ; et c’est ce souffle qui va féconder les terres. Vous pouvez lire là une version école maternelle (sans le pet) du conte.

Oui, je sais, l’ours, ça surprend, mais l’ours est un incontournable de la mythologie et des civilisations anciennes. Impossible d’en dire plus sans déborder. Je n’ai cité que la tradition pyrénénne mais le monde indo européen est plein d’ours. En effet, l’ours, en Europe médiévale, était le roi des animaux (et non pas le lion).

Cette légende est populaire rejoint un vieux dicton : Si le soleil parait le jour de la Chandeleur, l’ours sort de sa tanière, il fait deux ou trois sauts et rentre dans son antre pour ne plus en sortir pendant 40 jours. Et cette fête de l’ours pyrénéenne se déroule justement le 2 ou le 3 février.

Mais dans certaines régions, ce n’est pas l’ours qui est associé aux festivités à cette date, mais le loup (en Lorraine). Dans d’autre cas encore, il s’agit d’un homme sauvage, non civilisé.

Le 3 février est la Saint Blaise. Or, aux côtés de tout une tradition de Saint Blaise de Sébaste, guérisseur de maux de gorge, on trouve d’autres traditions qui associent Saint Blaise à l’ours ; au souffle (le pet – Blasen signifie souffler en allemand).

Blaise pourrait aussi ne pas être uniquement le Saint Arménien dont la légende est très connue ; mais un héros ou dieu celte,, ou un druide aux pouvoirs mystérieux, que la vilaine Eglise chrétienne aurait combattu avec détermination.

En conclusion, on a deux traditions qui se perdent dans la nuit des temps et dont seuls des contes ou légendes gardent une trace : une fête de la fertilité, concernant une divinité féminine, en fin d’hiver, qui se purifie à ce moment clef entre l’hiver et le printemps ; et une tradition qui veut qu’un personnage sauvage, ayant hiberné, sorte à cette date, libérant un souffle fertilisant, ou bien retourne s’enfermer pour 40 jours. Le rythme a son importance dans cette fête : elle a lieu 40 jours après un évènement ; et un autre évènement (le printemps ou Pâques) peut survenir 40 jours après.

Les festivités chrétiennes : comment christianiser ces traditions ?

C’est là qu’on s’éclate.

1. L’ours hiberne 40 jours, et sort au bout de 40 jours, d’accord ? Or, une femme (la Vierge) après avoir accouché (du Christ) recommence à avoir un cycle menstruel au bout de 40 jours (un des noms que l’on donne aux règles est les ourses). Ergo, cette fête, le 2 février, est la fête de la Présentation de Jésus au Temple, ou de la Purification de la Vierge. CQFD.

2. Après le coup des ours, des 40 jours et de la Vierge, c’est de la petite bière de faire remarquer que fêter la Vierge le jour de la fête d’une Grande déesse celte permet une christianisation d’une divinité féminine sans douleur et sans froisser les susceptiblités paiennes. Marie ou Brigit, va-t-on chipoter ?

3. Pour enfoncer le clou, on place la Saint Blaise le lendemain (3 février), vu que l’ours Blaise, que l’on associera, avec détermination, au dieu gaulois Belenos, qui représente le soleil, sort à ce moment là, voir si l’hiber s’arrête ou continue.

4. Des fois que ça ne soit pas clair, Sainte Véronique est fêtée le 4 février. Sainte Véronique est la patronne des lingères depuis qu’elle a tendu un linge au Christ pour y essuyer son visage ensanglanté. Mais les lingères n’ont-elles pas bien du mal à effacer du linge le sang des règles (les ourses) chaque mois ? Donc, après la purification et le retour de couche de la Vierge, qui c’est qui bosse ? C’est Sainte Véronique. Elle est aussi patronne des femmes qui ont leurs règles. Et des photographes, aussi (à cause du visage du Christ qui s’imprime sur son linge blanc).

5. Et sainte Agathe le 5 février ? Eh oui. On lui a coupé les seins, la pauvre, ce qui en fait la patronne des nourrices. Je t’explique le lien entre le lait qui nourrit le bébé, le souffle fertilisateur de l’ours ou du dieu qui sort de sa caverne et les processions à la déesse de la fertilité ?

Tout ça n’est pas si chrétien, ma bonne dame, et il y a eu du reste des études sur la relative christianisation de la France : s’agit-il de foi chrétienne ou de christianisation de pratiques plus anciennes ? Et d’aillerus qu’est-ce que la foi ? Et qu’est-ce que la religion ?

C’est pas là maintenant tout de suite que je vais répondre, je citerai juste, très vite, p. 49 de ce livre, un extrait qui dit que le curé se sert des dévotions mariales pour discipliner les fêtes à Sainte Agathe, Saint Blaise ou autres qu’il ressent comme les véritables ennemis de la foi catholique (dans ce qu’elles ont de fondamentalement a-chrétien – on retrouve dans la littérature fantastique cette idée que la voile chrétien masque parfois fort mal des phénomènes religieux plus anciens , de préférence effrayants, si l’on veut que le cinéma américain les adapte).

Les coutumes :

Il a été coutume, au moins en Vendée, de processionner dans les champs à la lueur de flambeau : remplaçons le flambeau par une bougie et on en arrive aux cierges consacrés le 2 février en Vendée, ou ailleurs. Consacrer un cierge, ça ne mange pas de pain.

La tradition des crêpes est plus récente. Certes, on associe la crêpe au soleil (Blaise – Belenos), et précisément, à partir de l’ancien équinoxe de printemps, les jours devenaient plus longs et le soleil se mettait à briller plus longtemps chaque jour dans le ciel. Ça semble donc cohérent. Mais pourquoi pas une galette ? Une tarte au citron ?

D’autant que si on va par là, la crêpe peut aussi bien être associée à la lune, surtout avec l’histoire de l’ours.

La crêpe est une coutume locale, qui s’est répandue ultérieurement dans toute la France, peut-être tardivement. Dans la mesure où elle est mentionnée dans la Vendée historique, revue de 1906, on sait qu’elle se pratiquait en Vendée à cette époque (mais pas ailleurs, puisqu’elle est évoquée comme coutune vendéenne).

Or, en plus de la procession aux chandelles et des cierges bénis, la coutume vendéenne voulait que que l’on fasse des crêpes ce jour là, sous peine de voir toute la future récolte de blé cariée. La première crêpe est lancée dans la cheminée pour les farfadets. Ensuite, chacun voit virer sa crêpe, et toute crêpe bien virée assure le bonheur jusqu’à la Chandeleur suivante.

Donner la première crêpe aux farfadets (divinités mineurs mais chtoniennes, n’ayons pas peur des mots)  se rapproche des sacrifices animaux ou végétaux pour les dieux grecs ou égyptiens : on donne une petite part aux dieux, aux puissances qui se partagent le monde avec les hommes, de façon à ce qu’elles aient, ces puissances, une part de la récolte et ne s’en prennent pas à la récolte de l’année à venir.

Cette coutume s’est progressivement étendue à la France entière, et je parierais volontiers que le zèle des maîtresses d’école maternelle pour animer l’année avec des festivités cycliques n’y est pas étranger (je ne blague pas).

Et où voulais-je en venir ?

A l’origine, il s’agissait juste de chercher d’où venaient les crêpes, suite à l’achat d’une machine à crêpes, vu que nous sommes des furieux des crêpes à la maison. Affirmons-le sans crainte : la machine à crêpes, c’est chouette. Ça fait une semaine qu’on mange des crêpes tous les jours. Convivial et autrement plus sympa que de passer une heure toute seule dans la cuisine à préparer les crêpes d’avance.

Note : la crêpe n’est pas espagnole. J’ai eu du mal à trouver ma crêpière. En revanche, je l’ai trouvé dans un magasin qui vient de se faire racheter par une enseigne française d’électro ménager, célèbre pour son service après vente. J’ai demandé au vendeur s’ils allaient aussi mettre en place un service après vente. Enthousiaste, il m’a répondu : “La vente ne s’arrête pas à la porte. Une fois que le client est parti, c’est là que la relation commence“.

En quittant le magasin, le Chef m’a murmuré : “Eh bien, ça sent la semaine de formation, hein ?”

Voilà où me mènent les crêpes.

BNWZ

Quelques ressources bilbiographiques :

La Vendée historique, 1906, p. 56, disponible via Gallica)

Claude Gaignelet, A plus haut sens.

Le monde du carnaval, Daniel Fabre, Annales, Economies, Sociétés, Civilisations, 1976.

Ressources web de qualités diverses (mais corroborées par les ouvrages ci dessus, plus ou moins):

Le Pétassou de Trèves.

Une histoire de l’Ours Martin-Blaise.

Saint Blaise et le pet de l’ours.

La Chandeleur.

Bleiz- Blaise.

Saint Blaise et le pet de l’ours (un autre).

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Saint Nicolas

Aujourd’hui, c’est culturel. Ce post se penchera sur l’histoire de Saint Nicolas.

Qui est Saint Nicolas ?

Il s’agit de Nicolas de Myre, ou Nicolas de Bari. Il a vécu dans la partie orientale de l’Empire Romain, actuelle Turquie, entre 250 et 270, et fut évêque de Myre, comme son oncle, les charges ecclésiastiques étant généralement transmissibles, à cette époque.

Comment un homme ayant vécu au IIIème siècle après JC dans l’Empire romain d’orient a pu devenir le Saint Patron de la Lorraine, un saint célébré en Europe de l’Est et le héros d’une chanson pour enfants française ?

Nicolas a bien sûr été enterré à Myre, puisqu’il en était évêque, mais ses ossements furent volés en 1087 par des marchands italiens qui les emportèrent à Bari en Italie. Le vol de reliques était une activité lucrative au Moyen-Âge, sainte époque durant laquelle on ne faisait pas clairement le distingo entre marchands et voleurs (je dis ça, je dis rien). Pourquoi volait-on les reliques ? Parce qu’on leur reconnaissait des usages variés mais pratiques : elles guérissaient, exhaussaient les voeux et pouvaient faire l’objet de pélérinage, l’équivalent médiéval du festival culturel de notre époque : une source de juteux revenus financiers (ça n’est du reste pas fini : Lourdes est l’une des premières villes de France par sa capacité d’accueil hotelier).

Il faut savoir que le transfert des reliques portait souvent le nom de “translation de reliques”,  euphémisme courtois destiné à préserver les susceptibilités religieuses. Hou que c’est mal. Presque comme de piquer l’Obélisque aux Egyptiens. Par ailleurs, Myre venait d’être conquise par les Turcs : il était donc urgentissime d’enlever les reliques d’un saint chrétien à la mainmise turque seljoukide en plus d’être musulmane (des chrétiens grecs attachés aux reliques, pas question de s’en soucier : pensez, d’affreux schismatiques).

Oui, mais là, la relique est à Bari en Italie, me direz-vous. Rien à voir avec la Lorraine.

D’accord. Mais attendez, j’ai pas fini. C’est qu’un bout de relique du saint (l’index, crois-je savoir) a été transporté de Bari en Lorraine, à la fin du XIème siècle, on en est sûr, rapportée par un chevalier lorrain de passage à Bari. Donc, le culte de Saint Nicolas s’est développé en Lorraine en même temps qu’à Bari.

Et pourquoi les cadeaux et les pièces en chocolats ?

Une des nombreuses légendes de Saint Nicolas raconte qu’il donna une dot, donc de l’argent, pour marier une jeune fille pauvre qui n’eut pas trouvé de mari sans l’aide de Nicolas. Cette légende est à l’origine du concept de “cadeaux” faits par le saint, concept progressivement et habilement exploité ultérieurement, mais je n’irai pas plus loin aujourd’hui….

Et la légende des petits enfants qui s’en allaient glaner aux champs, elle vient de Myre ou de Bari ?

On ne sait pas trop. Mais l’histoire de la légende des petits enfants est très intéressante.
Ce miracle est raconté très succintement (sans aucun détails type saloir) par le trouvère Wace ; puis dans un petit recueil de mystères (vie de saints avec miracles) du XIIIème siècle, de l’abbaye Saint Benoit sur Loire , ensuite la légende est évoquée dans un sermon attribué à Saint Bonaventure (XIIIème siècle aussi) et enfin par un vitrail à Bourges.

Toutes ces occurences sont du XIIIème siècle au plus tard et elles dégagent très globalement le récit suivant : dans un lieu non précisé, trois étudiants (escholiers au Moyen Age, puis écoliers, donc enfants) en route pour Athènes (ou voyageant sans plus de précision) sont assassinés, pour leur argent, (et, dans le sermon de Bonaventure, mis au saloir ensuite) par l’aubergiste chez qui ils ont passé la nuit ; Nicolas survient chez l’aubergiste la nuit suivante et exige de celui-ci de la “chair fraîche” ; celui-ci se repentit devant la clairvoyance du saint, qui par ailleurs, ressuscite les trois étudiants.

Il s’agit donc probablement d’une légende orientale, à laquelle des détails anecdotiques occidentaux se sont surajoutés. Cette légende, remise au goût du jour dans ” Les Chansons et Légendes du Valois“, publiées en 1854, par Gérard de Nerval, romantique préoccupé par l’origine des traditions (comme les frères Grimm, patients collecteurs de légendes) a connu depuis lors un vif succès populaire, et est à l’origine de la chanson que nous connaissons.

Mais ce qui est intéressant, c’est le glissement de sens  opéré au XIXème siècle, ou bien au XVIIIème.

Dans les textes du XIIIème siècle, les “enfants” sont des étudiants. Or, pendant l’Antiquité ou au Moyen Age, les étudiants faisaient généralement partie de groupes sociaux favorisés ; pour avoir les moyens de faire des études, il était recommandé de ne pas être fils de paysan pauvre ; il existe un très grand nombre d’exception à cette règle, bien entendu ; mais ça n’en est pas moins une vérité générale. Donc, les étudiants sont intéressants dans la légende parce qu’ils sont voyageurs, mais c’est tout.

Dans la chanson recueillie par Nerval, il ne s’agit plus d’étudiants mais d’enfants (donc des êtres plus fragiles) partis glaner aux champs. Or, le fait qu’ils soient partis glaner les situe dans une catégorie bien particulière de la population : le droit de glanage (ramassage des épis de blé tombé sur le sol durant la moisson) concerne avant tout les pauvres : veuves, pauvres, orphelins, handicapés. Comme le droit de vaine pâture, c’est un usage coûtumier qui laisse aux plus pauvres d’un groupe un peu de la richesse des autres membres du groupe. Evidemment, ce droit a varié au fil des lieux et des temps, mais c’est l’idée.

La chanson du XIXème siècle intensifie donc l’effet dramatique : dans la légende initiale, l’aubergiste était mu par la cupidité, un sentiment facile à comprendre ; dans la chanson, le boucher est mu par des sentiments plus obscurs : il s’attaque à des enfants pauvres et sans défense – quel intérêt peuvent-ils avoir pour lui ? (on tremble en y pensant) Le boucher se rapproche du personnage de l’Ogre ou du roi des Aulnes de Goethe (qui s’en prennent aussi aux enfants) et la Légende acquiert donc un caractère particulièrement horrible, voire, pour peu qu’on suive l’actu, malsain.

Voilà, c’est la fin de notre post spécial Culture et traditions.

A propos de design, de Le Corbusier et de Double Faute, de Lionel Shriver

Tabouret Le Corbusier

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La fondation Le Corbusier vient de confier à Cassina, la réédition de plusieurs meubles créés par lui dans les années 50, dont deux me scotchent littéralement sur place. Deux meubles du reste assez semblables, le tabouret Cabanon et le tabouret maison du Brésil.
Pourquoi sont-ils à ce point sidérants ? En raison de leur simplicité et de leur practicité. Bon, je veux bien aussi concéder qu’ils sont bien finis, ce qui est la moindre des choses, au prix où l’on peut se les procurer chez Cassina : 630 euros.
On peut les utiliser comme tabouret, comme tables basses, et très probablement aussi, en les positionnant de côté, comme bibliothèque. Et s’ils me sidèrent, c’est qu’il y a quelques années, après moults déménagements qui nous avaient obligé à nous séparer de nos meubles, abimés, trop encombrants, nous avions récupérés des caisses à vins pour nous en faire une bibliothèque : hélas, elles n’ont pas résisté non plus. Depuis, je cherche des caisses à vins pour m’en servir encore de la même façon, mais l’époque de la caisse de vins en bois est révolue : on livre le vin dans des paquets de cartons, impossible de récupérer autre chose dans les magasins.
Quoiqu’il en soit, ces caisses rectangulaires et visuellement limpides, même s’il convient de les appeler tabouret, sont merveilleuse : reposantes, zen, elles nous disent (quand on les regarde, pas quand on les achète) que la simplicité et la sobriété sont le premier degré de l’élégance.
Elles peuvent s’agencer et se composer comme on le désire, on peut les basculer sur le côtés, les utiliser comme de petites tables ou bien, renversées, les utiliser pour ranger des BD, des journaux, ou des jouets d’enfants.
Mais peut-être aussi que de tels meubles exigeraient trop de nous ? Qu’ils nous obligeraient à une constante créativité, que nous devrions, pour leur donner vie, faire constamment preuve d’imagination de dynamisme et du sens de la mise en scène de notre propre vie, comme on le fait sur Facebook, où nos statuts n’énumèrent que nos bonheurs, les uns après les autres ? Si je pose cette question, c’est que ces magnifiques meubles m’ont immédiatement fait penser à un roman lu récemment, Double Faute, de Lionel Shriver, roman qui fait l’analyse impitoyable, méticuleuse quoique parfois un peu monocorde, façon Desperate Housewiwes, de l’évolution de l’amour au sein d’un couple (mais que je recommande, car il est fort loin des mièvreries habituelles sur le sujet).

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Dans ce roman, les deux héros se rendent chez les parents d’Eric, l’un des membres du couple. Voici comment l’épouse d’Eric, Wlliy, décrit le salon, meublé par sa belle-mère qui dirige une galerie d’art :
“Les sièges duveteux étaient modulaires, (…). Des rectangles, des cônes, des pyramides et des cylindres dans des couleurs primaires, avec des bandes Velcro permettant de les assembler comme bon vous semblait, dans toutes les configurations possibles.”
Lors de cette première visite, les parents d’Eric sont en grande forme, parents heureux de quatre fils promis à des avenirs forcément brillants. Mais un an ou deux après, les fils brillants n’ont pas été à la hauteur des rêves des parents, de ce fait plutôt déprimés. Voici alors comment apparait le salon à Willy :
Les sièges modulaires s’étaient défaits tout seuls, les bande Velcro étant fatiguées. Il fallait reconstruire des cubes dont les couleurs d’origine avaient pâli. Ils n’amusaient plus personne et depuis la dernière visite de Willy, leur arrangement n’avait pas varié. En d’autres temps, les Oberdorf auraient parlé de remplacer ces gadgets d’avant-garde par de vrais meubles.
Et c’est en pensant à ce texte – qui me rappelle des moments similaires, quand des aspirants au design laissent un désordre populacier aliéner leurs ambitions – que je me pose la question : ces magnifiques tabourets Le Corbusier sont-ils des gadgets ou de vrais meubles ?

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Françoise et le boeuf en gelée

Flannie, je m’interroge : le boeuf en gelée de Françoise changera-t-il notre vie ? Ah ça, comment savoir si la magie opérera ?   En attendant, en exclusivité pour vous, voici Françoise, l’incontournable, et son boeuf en gelée.

Françoise et le boeuf mode, ça se trouve au début de “A l’ombre des jeunes filles en fleurs” – un titre qui vaut la première phrase du roman, ou quasi. Vous le trouvez en ligne.
Les parents du narrateur ont eu l’idée d’inviter un monsieur très comme il faut, un peu pontifiant -ils pontifient un peu tous durant ce repas, on se croirait chez ma grand mère – à  dîner. Naturellement, la mère du narrateur ne cuisine pas : c’est Françoise qui s’y colle. Heureusement. La maman du narrateur s’y entendait probablement merveilleusement à venir border son garçon le soir, mais on sent Françoise plus pro sur le boeuf en gelée.

Pour ce dîner, Françoise, nous dit le narrateur, est habitée par “la brûlante certitude des grands créateurs” ; le narrateur admet qu’elle se laissait un peu aller, culinairement parlant, mais la perspective de recevoir M. de Norpois l’a galvanisée : or, quand on est galvanisée à l’idée de faire un plat,  on commence par faire les courses, comme moi et le Chef quand on a envie de se cuisiner un truc.
Voici Françoise galvanisée, arpentant d’un pas martial les allées des Halles de Paris (les vieilles) : “comme elle attachait une importance extrême à la qualité intrinsèque des matériaux qui devaient entrer dans la fabrication de son oeuvre, elle allait elle-même aux Halles se faire donner les plus beaux carrés de romsteck, de jarret de boeuf, de pied de veau, comme Michel-Ange passant huit mois dans les montagnes de Carrare à choisir les blocs de marbre les plus parfaits pour le monument de Jules II.” La comparaison entre Michel-Ange et Françoise indique très clairement que Françoise, à l’instar du grand homme, est une artiste (c’est pas Robuchon qui dira le contraire). Et puis, question “qualité intrinsèque des matériaux”, Françoise et Jamie Oliver sont, spirituellement parlant, bras dessus bras dessous quand ils font les courses ; c’est que Proust (alors qu’il n’a jamais vu une émission de Jean-Luc Petit-Renaud) sait déjà que le bonheur du repas commence avec la recherche des ingrédients : c’est que la cuisine est un cheminement matériel ET spirituel.
Comme Françoise ne fait pas les choses à moitié, elle a expédié le petit personnel à la boulangerie d’à côté, et fait cuire son propre jambon d’York (blanc) dans le four du boulanger. On n’y va pas par quatre chemins à l’époque. Ce genre de détail me donne toujours l’impression d’être dans une émission de télé culinaire ; ou bien je me représente  Françoise comme une puissance de la nature, à qui tout le quartier n’aurait garde de  refuser un service. La confection du repas suit des lignes de forces sociales en même temps que matérielles.
Et le mal que s’est donné Françoise est bien récompensé : l’illustre invité félicite, avec une morgue élégante et vieux jeu, de l’excellence du fameux boeuf : il n’y a plus moyen de manger ça dans les restaurants, constate-t-il désabusé, comme n’importe quel convive actuel (toufoulkan) – ou alors comme un Espagnol, un Italien ou un Tunisien, déplorant qu’on ne puisse nulle part trouver la pasta, le couscous ou le cocido de sa maman (rayer la mention inutile).
Et puis, le repas fini, les parents du narrateur se pressent autour de Françoise : ô Françoise, comment se fait-il que votre boeuf en gelée soit si exceptionnel ? Et voilà Françoise qui nous fait sa modeste, et c’est délicieux :
«Je ne sais pas d’où ce que ça devient», répondit Françoise (qui n’établissait pas une démarcation bien nette entre le verbe venir, au moins pris dans certaines acceptions et le verbe devenir). Elle disait vrai du reste, en partie, et n’était pas beaucoup plus capable — ou désireuse — de dévoiler le mystère qui faisait la supériorité de ses gelées ou de ses crèmes, qu’une grande élégante pour ses toilettes, ou une grande cantatrice pour son chant. Leurs explications ne nous disent pas grand chose; il en était de même des recettes de notre cuisinière. «Ils font cuire trop à la va-vite, répondit-elle en parlant des grands restaurateurs, et puis pas tout ensemble. Il faut que le boeuf, il devienne comme une éponge, alors il boit tout le jus jusqu’au fond.”
Françoise est comme la mère d’une de mes amies, qui nous avait régalé d’un couscous algérien extraordinaire, et qui faisait, de la même façon, sa coquette devant notre insistance, à moi et mon amie, pour lui arracher les détails de la recette : mais elle ne savait pas, mais il fallait juste mettre la viande et les légumes, ou peut-être était-ce l’ordre, mais voilà, il ne fallait pas s’en faire tout une montagne.
Est-ce qu’on n’en connait pas tous, des Françoise ? Des dames qui font les courses comme on part en campagne, réquisitionnent tout leur entourage qui n’ose pas l’ouvrir, et puis finalement fait la moue et bat des cils quand on lui demande ses secrets de fabrication ?

(Et c’est comme ça que j’ai fait du boeuf mode la semaine dernière, pour me préparer à la réalisation du boeuf en gelée cette semaine)