Leviathan, de Scott Westerfeld

 

Vous l’ignoriez peut-être : en 1914, une Guerre Mondiale a eu lieu, mettant aux prises des adversaires redoutables : les darwinistes (Anglais, Français), généticiens créateurs de monstres issus d’animaux modifiés et de l’autre, les clankers (Allemands, Autrichiens), mécaniciens hors pair, fabricants de robots.
Parfaitement. Et dans Leviathan, de Scott Westerfeld, vous pourrez suivre les aventures militaro-amoureuse de l’héritier de l’empire austro hongrois, le prince Aleksander, dont les parents ont été assassinés (à Sarajevo) et d’une jeune fille, pilote de I’Air Service, l’armée de l’air britannique.
Je vous révèle le début : le prince Aleksander, dont la vie est menacée depuis l’assassinat de ses parents, fuit en Suisse à bord d’un robot bipède blindé. Pendant ce temps là, la jeune Écossaise Deryn Sharp, orpheline et pilote, déguisée en garçon, fait partie de l’équipage du Léviathan, une baleine géante gonflée à l’hydrogène, qui transporte un chargement biologique, classé secret défense. Ils font route vers l’Empire ottoman, mais les Allemands les attaquent et le Léviathan s’écrase dans les Alpes, en Suisse, tout près de l’endroit où se cache Aleksander. Evidemment, ils vont se rencontrer….
On pense à Jules Verne en lisant ce roman, mais en mieux ; on pense aussi à des mangas japonais et, curieusement, à Little Nemo in Slumberland, en plus belliqueux et moins onirique. Scott Westerfeld mêle habilement l’histoire et la SF, dans une cascade de rebondissements dans ce roman pour ado, brillamment illustré par Keith Thompson. Si vous avez un cadeau à faire pour Noël à un ado amateur de SF, offrez-lui Léviathan.

A propos de design, de Le Corbusier et de Double Faute, de Lionel Shriver

Tabouret Le Corbusier

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La fondation Le Corbusier vient de confier à Cassina, la réédition de plusieurs meubles créés par lui dans les années 50, dont deux me scotchent littéralement sur place. Deux meubles du reste assez semblables, le tabouret Cabanon et le tabouret maison du Brésil.
Pourquoi sont-ils à ce point sidérants ? En raison de leur simplicité et de leur practicité. Bon, je veux bien aussi concéder qu’ils sont bien finis, ce qui est la moindre des choses, au prix où l’on peut se les procurer chez Cassina : 630 euros.
On peut les utiliser comme tabouret, comme tables basses, et très probablement aussi, en les positionnant de côté, comme bibliothèque. Et s’ils me sidèrent, c’est qu’il y a quelques années, après moults déménagements qui nous avaient obligé à nous séparer de nos meubles, abimés, trop encombrants, nous avions récupérés des caisses à vins pour nous en faire une bibliothèque : hélas, elles n’ont pas résisté non plus. Depuis, je cherche des caisses à vins pour m’en servir encore de la même façon, mais l’époque de la caisse de vins en bois est révolue : on livre le vin dans des paquets de cartons, impossible de récupérer autre chose dans les magasins.
Quoiqu’il en soit, ces caisses rectangulaires et visuellement limpides, même s’il convient de les appeler tabouret, sont merveilleuse : reposantes, zen, elles nous disent (quand on les regarde, pas quand on les achète) que la simplicité et la sobriété sont le premier degré de l’élégance.
Elles peuvent s’agencer et se composer comme on le désire, on peut les basculer sur le côtés, les utiliser comme de petites tables ou bien, renversées, les utiliser pour ranger des BD, des journaux, ou des jouets d’enfants.
Mais peut-être aussi que de tels meubles exigeraient trop de nous ? Qu’ils nous obligeraient à une constante créativité, que nous devrions, pour leur donner vie, faire constamment preuve d’imagination de dynamisme et du sens de la mise en scène de notre propre vie, comme on le fait sur Facebook, où nos statuts n’énumèrent que nos bonheurs, les uns après les autres ? Si je pose cette question, c’est que ces magnifiques meubles m’ont immédiatement fait penser à un roman lu récemment, Double Faute, de Lionel Shriver, roman qui fait l’analyse impitoyable, méticuleuse quoique parfois un peu monocorde, façon Desperate Housewiwes, de l’évolution de l’amour au sein d’un couple (mais que je recommande, car il est fort loin des mièvreries habituelles sur le sujet).

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Dans ce roman, les deux héros se rendent chez les parents d’Eric, l’un des membres du couple. Voici comment l’épouse d’Eric, Wlliy, décrit le salon, meublé par sa belle-mère qui dirige une galerie d’art :
“Les sièges duveteux étaient modulaires, (…). Des rectangles, des cônes, des pyramides et des cylindres dans des couleurs primaires, avec des bandes Velcro permettant de les assembler comme bon vous semblait, dans toutes les configurations possibles.”
Lors de cette première visite, les parents d’Eric sont en grande forme, parents heureux de quatre fils promis à des avenirs forcément brillants. Mais un an ou deux après, les fils brillants n’ont pas été à la hauteur des rêves des parents, de ce fait plutôt déprimés. Voici alors comment apparait le salon à Willy :
Les sièges modulaires s’étaient défaits tout seuls, les bande Velcro étant fatiguées. Il fallait reconstruire des cubes dont les couleurs d’origine avaient pâli. Ils n’amusaient plus personne et depuis la dernière visite de Willy, leur arrangement n’avait pas varié. En d’autres temps, les Oberdorf auraient parlé de remplacer ces gadgets d’avant-garde par de vrais meubles.
Et c’est en pensant à ce texte – qui me rappelle des moments similaires, quand des aspirants au design laissent un désordre populacier aliéner leurs ambitions – que je me pose la question : ces magnifiques tabourets Le Corbusier sont-ils des gadgets ou de vrais meubles ?

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Françoise et le boeuf en gelée

Flannie, je m’interroge : le boeuf en gelée de Françoise changera-t-il notre vie ? Ah ça, comment savoir si la magie opérera ?   En attendant, en exclusivité pour vous, voici Françoise, l’incontournable, et son boeuf en gelée.

Françoise et le boeuf mode, ça se trouve au début de “A l’ombre des jeunes filles en fleurs” – un titre qui vaut la première phrase du roman, ou quasi. Vous le trouvez en ligne.
Les parents du narrateur ont eu l’idée d’inviter un monsieur très comme il faut, un peu pontifiant -ils pontifient un peu tous durant ce repas, on se croirait chez ma grand mère – à  dîner. Naturellement, la mère du narrateur ne cuisine pas : c’est Françoise qui s’y colle. Heureusement. La maman du narrateur s’y entendait probablement merveilleusement à venir border son garçon le soir, mais on sent Françoise plus pro sur le boeuf en gelée.

Pour ce dîner, Françoise, nous dit le narrateur, est habitée par “la brûlante certitude des grands créateurs” ; le narrateur admet qu’elle se laissait un peu aller, culinairement parlant, mais la perspective de recevoir M. de Norpois l’a galvanisée : or, quand on est galvanisée à l’idée de faire un plat,  on commence par faire les courses, comme moi et le Chef quand on a envie de se cuisiner un truc.
Voici Françoise galvanisée, arpentant d’un pas martial les allées des Halles de Paris (les vieilles) : “comme elle attachait une importance extrême à la qualité intrinsèque des matériaux qui devaient entrer dans la fabrication de son oeuvre, elle allait elle-même aux Halles se faire donner les plus beaux carrés de romsteck, de jarret de boeuf, de pied de veau, comme Michel-Ange passant huit mois dans les montagnes de Carrare à choisir les blocs de marbre les plus parfaits pour le monument de Jules II.” La comparaison entre Michel-Ange et Françoise indique très clairement que Françoise, à l’instar du grand homme, est une artiste (c’est pas Robuchon qui dira le contraire). Et puis, question “qualité intrinsèque des matériaux”, Françoise et Jamie Oliver sont, spirituellement parlant, bras dessus bras dessous quand ils font les courses ; c’est que Proust (alors qu’il n’a jamais vu une émission de Jean-Luc Petit-Renaud) sait déjà que le bonheur du repas commence avec la recherche des ingrédients : c’est que la cuisine est un cheminement matériel ET spirituel.
Comme Françoise ne fait pas les choses à moitié, elle a expédié le petit personnel à la boulangerie d’à côté, et fait cuire son propre jambon d’York (blanc) dans le four du boulanger. On n’y va pas par quatre chemins à l’époque. Ce genre de détail me donne toujours l’impression d’être dans une émission de télé culinaire ; ou bien je me représente  Françoise comme une puissance de la nature, à qui tout le quartier n’aurait garde de  refuser un service. La confection du repas suit des lignes de forces sociales en même temps que matérielles.
Et le mal que s’est donné Françoise est bien récompensé : l’illustre invité félicite, avec une morgue élégante et vieux jeu, de l’excellence du fameux boeuf : il n’y a plus moyen de manger ça dans les restaurants, constate-t-il désabusé, comme n’importe quel convive actuel (toufoulkan) – ou alors comme un Espagnol, un Italien ou un Tunisien, déplorant qu’on ne puisse nulle part trouver la pasta, le couscous ou le cocido de sa maman (rayer la mention inutile).
Et puis, le repas fini, les parents du narrateur se pressent autour de Françoise : ô Françoise, comment se fait-il que votre boeuf en gelée soit si exceptionnel ? Et voilà Françoise qui nous fait sa modeste, et c’est délicieux :
«Je ne sais pas d’où ce que ça devient», répondit Françoise (qui n’établissait pas une démarcation bien nette entre le verbe venir, au moins pris dans certaines acceptions et le verbe devenir). Elle disait vrai du reste, en partie, et n’était pas beaucoup plus capable — ou désireuse — de dévoiler le mystère qui faisait la supériorité de ses gelées ou de ses crèmes, qu’une grande élégante pour ses toilettes, ou une grande cantatrice pour son chant. Leurs explications ne nous disent pas grand chose; il en était de même des recettes de notre cuisinière. «Ils font cuire trop à la va-vite, répondit-elle en parlant des grands restaurateurs, et puis pas tout ensemble. Il faut que le boeuf, il devienne comme une éponge, alors il boit tout le jus jusqu’au fond.”
Françoise est comme la mère d’une de mes amies, qui nous avait régalé d’un couscous algérien extraordinaire, et qui faisait, de la même façon, sa coquette devant notre insistance, à moi et mon amie, pour lui arracher les détails de la recette : mais elle ne savait pas, mais il fallait juste mettre la viande et les légumes, ou peut-être était-ce l’ordre, mais voilà, il ne fallait pas s’en faire tout une montagne.
Est-ce qu’on n’en connait pas tous, des Françoise ? Des dames qui font les courses comme on part en campagne, réquisitionnent tout leur entourage qui n’ose pas l’ouvrir, et puis finalement fait la moue et bat des cils quand on lui demande ses secrets de fabrication ?

(Et c’est comme ça que j’ai fait du boeuf mode la semaine dernière, pour me préparer à la réalisation du boeuf en gelée cette semaine)

Sauvons les monstres ! de Morgan, Sinden et Macdonald

 

Pour Petit Garçon, c’est clair : la Société protectrice des monstre est SON roman. Il avait adoré le tome 1, il a adoré le tome 2, Sauvons les Monstres.
Cette fois, c’est un  monstre marin qui arrive à la société protectrice des Monstres. Et à nouveau, Ulf, le gentil loup garou, prend les choses en main. Sauf que le méchant baron Marackai, flanqué de ses deux acolytes stupides, ne compte pas laisser en paix ce monstre, qu’il prévu de déguster…. Ulf va tenter de l’en empêcher.

Et là, je vous pose à vous, parents, LA question qui tue : réussira-t-il ?
On ne sait pas.
Suspens.
Bref, c’est bientôt Noël et je recommande plus que chaudement cette série de chez Pocket jeunesse, pour 9 – 12 ans amateur de Monstres. Résultats garantis. De mon côté, j’attends le troisième….

Le royaume de Ga’hoole, de Kathryn Lasky

Le royaume de Ga'hoole, Kathryn Lasky

Le royaume de Ga’hoole, de Kathryn Lasky – roman pour jeunes adolescents – Fanette – BNWZ

Kathryn Lasky, avec sa série en 15 tomes, “le Royaume de Ga’hoole“, propose un roman pour enfant littéralement charmant : je veux dire par là qu’on se laisse avec un grand plaisir, prendre au charme de cette histoire délicieuse et mignonne comme tout, qui pourtant nous promène dans un univers différent du nôtre mais dans lequel les héros devront faire preuve de courage et de fidélité à travers mille épreuves.

C’est l’une des dernières lectures des enfants, et je me suis penchée dessus par désoeuvrement : je n’ai pas été déçue.
Dans ce très sympathique roman pour enfants, les héros sont des chouettes et autres rapaces nocturnes.

Mais, ce détail mis à part, il s’agit d’une épopée, pleine de drames, de rebondissements et d’espoir : alors que de terribles chouettes, mues par le désir de prendre le contrôle du royaume des chouettes, ont crée une organisation monstrueuse qui enlève les jeunes ooisillons pour les transformer en une armée d’oiseaux au cerveau lavé, dociles aux volontés de leur chef, deux adorables et courageux petits oiseaux réussissent à s’échapper pour entreprendre une véritable odyssée, à la recherche du royaume de Ga’hoole, dans lequel vit un ordre de chevaliers, de braves héros chouettes, dont le monde a besoin.
Si je devais décrire ce roman, je dirais qu’il est doux comme les plumes d’un oisillon, et tout aussi attendrissant. Par ailleurs, l’univers dans lequel les héros évoluent est agréablement végétal : arbres, forêts, désert, tout cela vu d’en haut, puisqu’on est dans un univers d’oiseaux.
Par ailleurs, on nage en pleine épopée :  les héros sont courageux, les traîtres punis, certains personnages sont ambigus, ce qui limite l’effet un peu infantilisant de la dialectique bon/méchant, l’histoire est rafraîchissante (est-ce le sentiment de voler dans les airs qui donne cette impression ?) et à mettre d’urgence entre toutes les mains d’enfants, surtout de 8 à 11 ans. Naturellement tous les adultes sensibles au merveilleux épique peuvent lire également cette épopée chaleureuse et revigorante. Sans compter que le film, réalisé par Zack Snyder (300 et Watchmen) est sorti (si je ne m’abuse). Donc, cet hiver, à noël, n´hésitez pas : Le royaume de Ga’hoole !

Le royaume de Ga’hoole, de Kathryn Lasky – roman pour jeunes adolescents – Fanette – BNWZ

Les étranges talents de Flavia de Luce, d’Alan Bradley

Les étranges talents de Flavia de Luce

For-mi-da-ble ! Absolument formidable ! Un roman frais, pimpant, guilleret, drôle, futé, malin, tonique….En plus, lisible de 10 à 80 ans ! Bon, d’accord, peut-être plus de 10 à 20, mais qui ne rêve pas de retrouver ses 20 ans une petite heure ?
Voyons tout d’abord de quoi il retourne : 1950, campagne anglaise, manoir, colonel à la retraite. Le genre de basique qui (me) fait fuir, sauf si relevé à une sauce quelconque (mais qui a tué Harry? par exemple). Or, à tout cela, rajoutons la benjamine du colonel de Luce, Flavia. Une pestouille de 11 ans, férue de chimie, fouineuse en diable et cauchemard de ses deux grandes soeurs. Dans ce cadre sympathique, voilà qu’un drame se noue : un oiseau mort est retrouvé devant la porte de la cuisine, avec un timbre en travers du bec ; un cadavre surgit dans les concombres, et le colonel de Luce semble bien bizarrement affecté par tout ça. Serait-ce lui le coupable ? Sa fille a une doute et mème l’enquête.
L’intrigue, quoique fantasque, est solide et les évènements et indices sortent les uns à la suite des autres dans le style des polars anglais façon Agatha Christie. Dans le même temps, les démélés et crêpages de chignon des soeurs de Luce fournissent des pauses souriantes et bienvenues, qui tout à la fois aèrent et servent l’intrigue. Les personnages sont tous originaux, tracés avec une fantaisie qui rappelle Nancy Mitford ou P.G. Wodehouse. Et pendant tout ce temps, l’intrigue nous entraîne dans ses plaisants méandres, sans complexité, mais avec  enjouement.
Bref, rien à redire, sauf que c’est un excellent divertissement, à mettre d’urgence entre le plus grand nombre de mains possible.

Seul à savoir, de Patrick Bauwen

Seul à savoir, de Patrick Bauwen

Un thriller ! Et français de surcroit, c’est intéressant, non ? Voilà une bonne raison de lire ce roman qui sort en septembre.
Et la surprise est bonne. Moi qui aime les thrillers, je n’ai pas été déçue. Si vous ouvrez ce livre, attendez vous à passer un excellent moment, sauf si vous détestez les thrillers, bien entendu.
Le pitch :
Alors qu’elle est étudiante en médecine, Marion March tombe follement amoureuse du Dr Nathan Chess, spécialiste de la chirurgie des mains. Mais du jour au lendemain, il disparaît sans laisser de traces.
Quinze ans plus tard, Marion, devenue journaliste, pense toujours à Nathan. Et puis voilà, tout d’un coup, que sur facebook, un internaute, « Le Troyen », demande à être son ami. Mais le Troyen entoure Marion de ses filets et exige d’elle son aide, sans quoi “des gens mourront”. Marion, terrifiée, et désireuse de sauver et retrouver l’homme de sa vie, décide d’obéir aux instructions du Troyen, et part aux Etats-Unis. Un véritable jeu de piste s’engage alors…
Ce que ce pitch ne dit pas, c’est la structure très maîtrisée de ce roman au style direct et tonique (on n’est pas là devant un artiste de la langue, mais face à un malin du scénario) qui vous prend au piège, dans la tradition des meilleurs thrillers. Les informations sont savamment amenées, de façon à nous en dire assez, mais pas trop. En outre, Facebook joue un rôle clef dans ce roman, ce qui lui donne un caractère moderne non négligeable. Des romans intégrant Facebook, vous en avez lui beaucoup ?
Un thriller à lire, donc, absolument, à offrir, à recommander, en urgence.