Délice simple, ou simple délice ?

Il s’agit de ça :

Et ne cherchez pas quel mystère complexe se cache dedans, disons le tout de go : il s’agit d’une tranche de pain, recouverte d’une fine couche d’huile d’olive et de tomate mixée. Sel, poivre, assaisonnement comme vous en avez envie.

C’est ce genre de tartine que vous pouvez consommer à toute heure du jour en Espagne.

Plus ordinaire, il n’y a pas. Encore faut-il avoir l’idée de mixer les tomates. Ça n’est pas si courant en France. Là réside l’originalité de la chose.

Plus ordinaire, il n’y a pas, et pourtant c’est délicieux, à condition d’avoir le goût des choses simples avec du goût. Pour optimiser le goût, il est judicieux de faire griller (ou de réchauffer au four s’il est de la veille) du pain : ainsi, lorsque l’on va déposer l’huile d’olive sur le pain, les arômes s’exaleront avec plus d’intensité.

Plus ordinaire, il n’y a pas, c’est pourquoi je le mets en photo et le signale : en simple apéritif, avec un verre de vin blanc, c’est un petit plaisir sans chichi, pas assez connu des Français, ce me semble…

Plus ordinaire il n’y a pas, c’est pourquoi j’y reviens toujours, plusieurs fois par semaine, au petit déjeuner…

De ma fenêtre : brouillard

Voilà le spectacle qui m’a accueilli au réveil :

 

 

Nous avons eu un vivifiant froid sec et ensoleillé  jusqu’à samedi dernier, puis un exécrable douceur humide le reste du temps, jusqu’à hier, pas trop froid, soleil, pas trop humide.

Et ce matin, voilà.

 

La météo me fait de plus en plus d’effet. En l’occurrence, cette météo -là me donne envie de rester chez moi, et pourtant, il faut que j’aille au Prado ce soir. Enfin, il faut…

Aranjuez (mon amour) I

Comment avons-nous atterri à Aranjuez ?

Par hasard, j’ai honte de le dire ; comme quoi, je sous estime encore la capacité de l’Espagne à m’enthousiasmer (ou ma capacité à me laisser charmer par l’Espagne). J’avais annoncé pourtant, avec agressivité, mon ferme désir de ne pas passer le week end avachi devant la télé ; les bienfaits conjugués, pour l’esprit et le corps, de la marche et de la culture ; l’homme pense avec ses pieds, avais-je répété, citant Alexandre Vialatte ; nous irions à Avila – pour faire culturel et, du même coup,  plaisir au Petit Garçon qui a visité la ville (avec sa profe de religion – oui, il a une profe de religion, et elle l’aime bien – et Avila est une ville à murallas, et j’ai un faible pour les murallas).

Las, au jour dit, la météo sur Avila s’avéra calamiteuse. Bon. Décidée à augmenter, coûte que coûte, le capital culturel de toute la famille, je google-mapais le sud de Madrid, sachant que Tolède, c’est fait (mais on y retournera).  Aranjuez, vis-je. Tout ce que je connaissais d’Aranjuez, c’était le concerto et la marque de guitare.

– On va à Aranjuez, annonçai-je fermement au trio masculin avachi dans les canapés.

Les jeunes, résignés, ne pipèrent mot ; le Chef s’intéressa : “Qu’est-ce qu’il y a, à Aranjuez ?

Moi : Je ne sais pas, mais c’est Aranjuez, il doit y avoir un truc.

– Tu peux regarder ?

Le Chef a besoin de se mettre un truc sous la dent. Hop, Google, Wikip, ah, palacio real, patrimonio nacional, sitios reales. De retour dans le salon :

– Il y a un Palais qui a l’air superbe.

– Mais, observa l’Ado, on a déjà fait celui de Madrid.

– Eh bien, rétorqua  le Chef, motivé, on fera celui de Aranjuez.

Je tentai d’encourager l’Ado :

– Le Guide vert dit que c’est bien.

L’Ado me jeta un regard torve.

– On est obligé ? vérifia le Petit Garçon.

– Oui, dit le Chef. On est obligé. On va aller visiter un horrible palais et ensuite on se baladera dans un horrible jardin plein d’arbres répugnants. Depuis le temps, tu devrais nous connaître.

– On est obligé, conclut l’Ado.

Et c’est ainsi, le coeur joyeux, que nous partîmes pour Aranjuez.

Aranjuez BNWZ

PS : La prochaine fois, je mets le concerto de guitare, mais là, je ne me crois pas capable de résister à cette vidéo de Richard Antony. Allez, on se laisse faire, c’est que du bonheur.

Chez moi, dit la petite fille

Ce matin, à Madrid, carrera de San Jeronimo – rue qui fait suite à la plaza de las Cortes et mène de la Plaza de Neptuno à Sol.

Je croise une double poussette dans laquelle deux enfants d’environ trois ans sont assis, exprimant une décontraction et un bien être qui donne envie d’être à leur place. Il me semblent un peu grands pour aller dans une poussette, mais autres lieux, autres moeurs.

La petite fille porte une robe blanche à discrètes fleurs bleues, dont la ceinture est un ruban bleu satiné, le même que celui qui est noué – noué, ce n’est pas un effet – dans ses cheveux. Aux pieds, ce sont des babies telles que j’en portais au même âge (et non des babies décorées et fun comme on fait en France), et des socquettes blanches, sans dentelles en haut. Je suis prête à parier qu’elles étaient en fil d’écosse.

Le petit garçon portait, quant à lui, des culottes courtes bleu marine et une chemise blanche, des chaussettes plus hautes que celles de la petite fille, et des chaussures bleu marine lacées.

Ils se tenaient la main et regardaient au loin d’un air rêveur.

Ils étaient tout droits sortis de ce poème de René de Obaldia, dans Innocentines :

Chez moi

Chez moi, dit la petite fille
On élève un éléphant.
Le dimanche son œil brille
Quand papa le peint en blanc

Chez moi, dit le petit garçon
On élève une tortue.
Elle chante des chansons
En latin et en laitue.

Chez moi, dit la petite fille
Notre vaisselle est en or.
Quand on mange des lentilles
On croit manger un trésor.

Chez moi, dit le petit garçon
Nous avons une soupière
Qui vient tout droit de Soissons
Quand Clovis était notaire.

Chez moi, dit la petite fille
Ma grand-mère a cent mille ans.
Elle joue encore aux billes
Tout en se curant les dents.

Chez moi, dit le petit garçon
Mon grand-père a une barbe
Pleine pleine de pinsons
Qui empeste la rhubarbe.

Chez moi, dit la petite fille
Il y a trois cheminées
Et lorsque le feu pétille
On a chaud de trois côtés.

Chez moi, dit le petit garçon
Passe un train tous les minuits.
Au réveil mon caleçon
Est tout barbouillé de suie.

Chez moi, dit la petite fille
Le pape vient se confesser.
Il boit de la camomille
Une fois qu’on l’a fessé.

Chez moi, dit le petit garçon
Vit un Empereur chinois.
Il dort sur un paillasson
Aussi bien qu’un Iroquois.

Iroquois ! dit la petite fille
Tu veux te moquer de moi !
Si je trouve mon aiguille
Je vais te piquer le doigt !

Ce que c’est d’être une fille !
Répond le petit garçon.
Tu es bête comme une anguille
Bête comme un saucisson.

C’est moi qu’ai pris la Bastille
Quand t’étais dans les oignons.
Mais à une telle quille
Je n’en dirai pas plus long !

René de Obaldia (Innocentines”)

Ce matin, à Madrid, carrera de San Jeronimo – rue qui fait suite à la plaza de las Cortes et mène de la Plaza de Neptuno à Sol.
Je croise une double poussette dans laquelle deux enfants d’environ trois ans sont assis, exprimant une décontraction et un bien être qui donne envie d’être à leur place. Il me semblent un peu grands pour aller dans une poussette, mais autres lieux, autres moeurs.
La petite fille porte une robe blanche à discrètes fleurs bleues, dont la ceinture est un ruban bleu satiné, le même que celui qu’elle a dans les cheveux – elle n’a dans les cheveux, je précise, ni chouchou ni barrette, mais un ruban, un vrai, noué. Aux pieds, ce sont des babies telles que j’en portais au même âge (et non des babies décorées et fun comme on fait en France), et des socquettes blanches, sans dentelles en haut. Je suis prête à parier qu’elles étaient en fil d’écosse.
Le petit garçon portait, quant à lui, des culottes courtes bleu marine et une chemise blanche, des chaussettes plus hautes que celles de la petite fille, et des chaussures bleu marine lacées.
Ils se tenaient la main et regardaient au loin d’un air rêveur.
En fait, je les ai vu et j’ai pensé, immédiatement, à ce poème de René de Obaldia, Innocentines :
Chez moi

Chez moi, dit la petite fille
On élève un éléphant.
Le dimanche son œil brille
Quand papa le peint en blanc

Chez moi, dit le petit garçon
On élève une tortue.
Elle chante des chansons
En latin et en laitue.

Chez moi, dit la petite fille
Notre vaisselle est en or.
Quand on mange des lentilles
On croit manger un trésor.

Chez moi, dit le petit garçon
Nous avons une soupière
Qui vient tout droit de Soissons
Quand Clovis était notaire.

Chez moi, dit la petite fille
Ma grand-mère a cent mille ans.
Elle joue encore aux billes
Tout en se curant les dents.

Chez moi, dit le petit garçon
Mon grand-père a une barbe
Pleine pleine de pinsons
Qui empeste la rhubarbe.

Chez moi, dit la petite fille
Il y a trois cheminées
Et lorsque le feu pétille
On a chaud de trois côtés.

Chez moi, dit le petit garçon
Passe un train tous les minuits.
Au réveil mon caleçon
Est tout barbouillé de suie.

Chez moi, dit la petite fille
Le pape vient se confesser.
Il boit de la camomille
Une fois qu’on l’a fessé.

Chez moi, dit le petit garçon
Vit un Empereur chinois.
Il dort sur un paillasson
Aussi bien qu’un Iroquois.

Iroquois ! dit la petite fille
Tu veux te moquer de moi !
Si je trouve mon aiguille
Je vais te piquer le doigt !

Ce que c’est d’être une fille !
Répond le petit garçon.
Tu es bête comme une anguille
Bête comme un saucisson.

C’est moi qu’ai pris la Bastille
Quand t’étais dans les oignons.
Mais à une telle quille
Je n’en dirai pas plus long !

René de Obaldia (Innocentines”)

Le Campo del Moro

Postulat de base : Madrid c’est bien, mangez-en.
Madrid, c’est une ville super chouette. Presque mieux que Paris. Bon, Paris c’est Paris (et Paris sera toujours Paris, on le sait), mais il fait chaud, il y a plein de gens, en plus ils sont français, et s’il ne fait pas chaud, il fait froid – ou il pleut. On ne te donne rien à grignoter dans les bars si tu bois un verre, et c’est cher. Les serveurs sont désagréables. Faut connaître. Enfin, j’aime Paris quand même, hein, chaque fois que j’émerge du métro (plutôt rarement, ces dernières années), j’ai les larmes au yeux, c’est mécanique. C’est la nostalgie. La moindre photo de Paris me rend toute chose.
Mais voilà, Paris, je n’y suis pas, rendons nous à l’évidence. Je suis à Madrid.

Madrid, c’est comme Paris, mais en plus espagnol.
Et l’un des trucs bien qu’il y a à Madrid, ce sont les parcs. Madrid est une ville pleine de parcs. Et dernièrement, suite à la venue d’une copine à Madrid (Note : elle est repartie en disant que j’avais raison et que c’était génial ; je tente de convertir toutes mes copines et ça se passe plutôt bien, je dois dire) nous sommes allées dans un parc. Par accident, en fait, on s’est retrouvé quelque part et j’ai vu de loin les grilles d’un parc, je me suis demandé ce que c’était, qu’est-ce, lui ai-je dit, mais eh oh quoi tu connais pas, m’a-t-elle répondu, oh ben je ne peux pas tout savoir, hein, et c’était le Campo del Moro, soit le parc qui se trouve en contrebas du Palais Royal. .

Mais je ne m’attendais pas à ce que le Campo del Moro soit là, et pourtant si.
Ce parc, quand nous y sommes allées (fissa, car notre but ultime était autre), se trouvait pratiquement désert ; on a eu comme l’impression de se promener dans les allées d’un parc de conte de fées privé – impression que l’on n’a pas du tout au Retiro, par exemple, où il faut venir super tôt et en semaine (et pas l’été) pour avoir cette sensation.
On a eu du mal à le quitter, et je suis promis d’y retourner. Dame, c’est pas tous les jours que des roturières comme nous peuvent se croire Princesses en leur jardin, et se demander quelle fée va surgir de derrière un arbre…

Donc, lorsque tu passes la porte, tu vois ça.

Puis tu descends un petit escalier tout enfoui dans les arbres zet les buissons. Tu ne vois pas de fées, elles partent en t’entendant arriver et dire avec ta copine : “Ooooooooohhhhh c’est booooooo” et ça les gave, mais la prochaine fois je vais doucement et je guette, promis.

Des sortilèges ont transformé des gens en pierre il y a très longtemps, mais on les voit entre les arbres.

La maison de la mystérieuse gardienne des lieux…

Les escaliers pour aller au Palais, envahis par les herbes… Bon, en fait, il y a une chaîne, on ne peut pas passer. Enfin, on peut l’enjamber.

Voilà…

Note : oui, Campo del Moro, ça veut dire Champ du Maure, et j’ai prévu un post pour parler de ça… Mais je suis un peu, hum, paresseuse.